Mohamed Fall Ould Mohamed concernant les pourparlers d’Alger : «Dans la démarche pédagogique, nous estimons qu’il y a beaucoup d’insuffisances…»

Rencontré par nos soins pour livrer ses impressions sur le projet du pré-accord d’Alger, c’est avec humilité et sagesse que le Secrétaire politique de l’Alliance des communautés arabes au Mali (AL Carama), nous donne sa vision des choses et se prononce sur la manière dont les pourparlers devaient se dérouler.

Mohamed Fall Ould Mohamed al carama  accord pourparl

Œil du Mali : Croyez-vous à l’accord qui sortira des pourparlers d’Alger, devant garantir une paix durable ?

Mohamed Fall Ould Mohamed : Sur la question plus globale du processus, je crois que nous avons écrit un article paru dans un quotidien de la place, il y a de cela un à deux mois. Dans cet article, nous étions assez pessimistes et nous avons dénoncé une situation de répétition. On a eu comme l’impression qu’on pas tiré les enseignements des accords passés et les conditions dans lesquelles  ces accords ont été signés. Et on a dit très clairement qu’on est dans un  processus d’éternel recommencement. Nous pensons très sincèrement qu’il convient que les populations civiles, les vrais représentants des populations puissent être davantage impliqués aux côtés de l’Etat pour obtenir des accords. On est d’autant préoccupé parce qu’il y a un certain nombre de mouvements armés aujourd’hui. Lesquels ne sont  pas des institutions durables. Après l’accord,  ces institutions disparaîtront, ou en tout cas, elles disparaîtront le temps d’une période de suivi qui sera déterminée. Or, les  populations et le Mali doivent vivre au-delà de ces périodes, donc il convient que l’ensemble du processus soit déjà approprié, que  les populations s’approprient du processus, pour qu’on garantisse la durabilité du processus. La paix dont il est question, le vivre-ensemble dont il est question ?  C’est le vivre-ensemble entre les populations ; ce n’est pas le vivre-ensemble entre les mouvements armés et l’armée malienne, ce n’est pas le vivre-ensemble entre les mouvements armés et les populations. Non, ce n’est pas de ça qu’il s’agit. Donc, nous sommes dans la posture que la société civile et les populations ont été insuffisamment associées à tout ce processus. Dans la démarche pédagogique, nous estimons qu’il y a beaucoup d’insuffisances.

Quel est le rôle joué par l’association AL Carama pour un retour définitif de la paix ?

La part de l’association a été déterminante en juin 2012, lorsqu’on l’a créée. Elle a jeté les bases : l’implication objective de la communauté arabe dans un processus de paix durable. Dans ce processus, ça inclut la reconnaissance de  l’intégrité territoriale du Mali et la nécessaire coalition nationale pour sauver l’unité  nationale. Et sauver l’unité nationale suppose un certain nombre de principes, à savoir le principe de bonne gouvernance, une meilleure distribution de développement, une meilleure distribution de la justice. Et nous allons aux côtés des autres organisations de la société civile, nous battre pour améliorer la  gouvernance dans notre pays et faire en sorte que toutes  les populations vivent de leur pleine et entière citoyenneté. C’est ça la  seule garantie de durabilité, quel que soit le processus.

Et l’apport de AL Carama face à la vive tension sur le terrain entre les mouvements  pro et anti Mali à Ber pour le retour la normalité ?

Ce qui nous importe par rapport à ces deux mouvements, c’est de sauver nos populations. C’est la seule chose qui nous préoccupe. Si on avait la certitude que la vie de nos populations allait être préservée et qu’elles ne peuvent pas être victimes des dommages collatéraux entre ces deux mouvements, nous allions être totalement comblés. Malheureusement, nos populations sont victimes  et nous sommes obligés par tous les moyens,  aux côtés de l’Etat, d’engager des processus pour que cessent des exactions sur nos populations. Du reste, on continue à travers la communication, à travers la sensibilisation à expliquer à nos populations, s’il y a un déficit de sécurité venant de l’Etat. C’est bien en raison du contexte que nous traversons,  et qu’on doit s’armer de patience en attendant. Nous souhaitons sincèrement qu’il y ait des signes positifs du Mali, l’ensemble des autres populations du Mali en direction de leurs frères et concitoyens qui sont dans le Sahara et qui subissent ces exactions.

Vos vœux de Nouvel an au Mali?

Je souhaite que 2015 soit l’aboutissement du processus de négociations, et qu’on rentre définitivement dans le processus beaucoup plus complexe et beaucoup plus lent de réconciliation nationale et de reconstruction de l’avenir du Mali.

 

Propos recueillis par Soumaïla T. TRAORE

Source: L’Oeil du Mali

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.