Sur la question des migrants, la droite française lâche Merkel

L’appel de la chancelière allemande à accueillir les réfugiés n’a pas trouvé d’écho dans la droite française et la pousse dans ses retranchements.

angela merkel francois hollande president allemand franceDans le chaos politique et humanitaire qui accompagne la crise des réfugiés, la plus grave depuis la seconde guerre mondiale, une voix s’est faite plus forte ces derniers jours : celle d’Angela Merkel. La chancelière allemande appelle les pays européens à la solidarité alors que son pays s’attend à recevoir 800.000 demandes d’asile cette année. L’Allemagne a pris la décision de ne plus renvoyer chez eux les demandeurs d’asile. 

Les droits civils universels ont été jusqu’à présent étroitement liés à l’Europe et à son histoire, en tant que principe fondateur de l’Union européenne. Si l’Europe échoue sur la crise des réfugiés, ce lien avec les droits civils universels sera cassé, il sera détruit”.

Un appel au nom des valeurs européennes qui ne trouve pas d’écho au sein de la droite française et la pousse dans ses retranchements. Elle qui, d’ordinaire, ne manque pas d’afficher sa proximité avec la droite allemande. Un coin que n’a pas manqué d’enfoncer Manuel Valls lors de son discours à La Rochelle :

J’appelle la droite à faire preuve de cohérence: un jour, elle rejoint Angela Merkel et nous donne des leçons! Un autre, elle nous propose une politique complètement contradictoire”.

10% de désaccords

Réponse au lendemain de l’université d’été du PS par la voix de la porte -parole Lydia Guirous lors du point presse hebdomadaire du parti Les Républicains : “Ce n’est pas parce qu’Angela Merkel a changé de ligne, que ça va changer notre vision et notre traitement de cette crise.”

Alors, fini l’accord parfait, terminés les éloges sur la politique menée outre-Rhin, évanoui le rêve d’un couple franco-allemand à l’unisson ? “Nous avons 90% de points d’accord ,ce n’est pas dramatique !”, tempère le député Benoist Apparu. Un peu plus tôt dans la journée, son mentor, Alain Juppé, invité sur France Inter, a veillé à ne pas se fâcher avec la chancelière mais n’a pas dit autre chose :

Est-ce qu’on peut se contenter de ce message humanitaire qui consiste à dire l’Europe est prête à accueillir ceux qui souffrent ? Je ne le pense pas.”

Pour les caciques de la droite, si Angela Merkel tient ce discours d’accueil, c’est qu’elle peut se le permettre. L’Allemagne est “un pays qui vieillit, dont la population active diminue et qui a besoin de cette main d’œuvre d’immigration économique. Nous sommes un pays jeune, avec deux fois plus de chômage que l’Allemagne, nous avons un chômage des jeunes qui est endémique, nous n’avons pas besoin d’immigration économique”, a par exemple martelé Valérie Pecresse.

Des enjeux économiques et de “l’enrobage”

L’appel de Merkel serait, selon eux, motivé par des questions économiques. Les idéaux européens, la solidarité ? “De l’enrobage”, répond un député.

Tenir de tels propos reviendrait à créer un “appel d’air”, a même expliqué Alain Juppé. “De 60.000 demandes d’asile, on passerait à 120.000 , 150.000…”, abonde Apparu.

“Parce que nous sommes viscéralement attachés au droit d’asile, ceux qui fuient la guerre, les persécutions, la torture, les dictatures, doivent être accueillis”, a déclaré Manuel Valls. Une déclaration taxée “d’irresponsable” par Xavier Bertrand, en campagne dans le Nord-Pas-de- Calais pour les régionales face à la présidente du FN, Marine Le Pen. “Je préférais quand Manuel Valls s’inspirait de Michel Rocard et pas de François Hollande”, a-t-il ajouté en référence à la formule restée célèbre : “la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde”.

“Il ne s’agit pas de dire que l’on ouvre grand nos frontières. Il s’agit juste de dire que tous ceux que nous n’avons pas convaincu de rester chez eux et qui sont là car ils n’avaient pas d’autres choix, l’humanité exige que nous les accueillions dignement”, a affirmé Bruno Le Maire sur RTL tout en rappelant son opposition aux quotas de migrants, option soutenue parAngela Merkel.  “On ne va pas se positionner par rapport à Merkel, ce ne sont pas les mêmes migrations”, estime un proche de Bruno Le Maire.

Formulée par la Commission européenne, cette proposition de répartir les réfugiés à travers l’Europe avait d’ailleurs donné lieu à une métaphore très polémique de Nicolas Sarkozy. Lors d’un meeting au mois de juin, l’ancien président avait comparé l’afflux de migrants à “une fuite d’eau”. Depuis l’aggravation de la situation, le président des Républicains est resté très discret sur le sujet.

Débat sémantique

Beaucoup à droite se retranchent derrière le flou qui règne sur la définition de “migrants” et distinguent “réfugiés” et “migrants économiques”. Impossible de savoir sur les 60.000 demandes attendues cette année combien appartiennent à chacune de ces catégories. Toutefois, selon les chiffres de l’OFPRA, le nombre de demandes émanant de réfugiés syriens a augmenté de 136% entre 2013 et 2014.

“La confusion entre le mot ‘migrant’ qui renvoie à toutes les migrations quelle que soit leur nature, qu’il s’agisse de migrations politiques, qu’il s’agisse de migrations économiques, et le mot ‘réfugié’, qui renvoie à l’immigration politique, à la suite de persécutions, ou de guerres, cette confusion est dangereuse”, a mis en garde Nathalie Koscuisko-Morizet.

Quoiqu’il en soit, “c’est difficile pour un homme politique de droite d’avoir un discours équilibré sur le sujet. Ils sont souvent tétanisés”, admet l’un d’entre eux.

“Il faut fermer les frontières”

D’autant que les avis divergent sur les questions d’immigration de la remise en cause du droit du sol à la suspension de Schengen. Dernière illustration en date : les déclarations fracassantes de Lydia Guirous, porte-parole du parti et protégée de Nicolas Sarkozy. Elle a lancé sans sourciller qu’il fallait “fermer les frontières, arrêter Schengen, arrêter la libre circulation et aider ces pays à se développer, avoir une véritable lutte contre ces réseaux de trafiquants d’êtres humains et lutter avec une coalition internationale et des troupes au sol contre Daech et contre toutes les organisations terroristes, que ce soit en Afrique ou au Moyen-Orient”.

Quelques instants avant que son acolyte, Sébastien Huygues, lui aussi porte-parole, corrige : “Quand on dit les fermer (les frontières), c’est que les règles pour entrer soient appliquées, que les gens ne rentrent pas clandestinement d’une manière massive, c’est ça que nous entendons”.

source : nouvelobs

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