Patriotisme : quand la leçon vient du Faso !

En résistant, d’une part aux putschistes et, en rejetant, d’autre part, à l’unanimité,  les propositions fallacieuses de la CEDEAO, qui offrait l’amnistie au tristement célèbre Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP), la classe politique et la société civile burkinabè donnent, une fois de plus, une belle leçon de patriotisme à  leurs frères maliens, plus préoccupés par leur bien-être personnel que par celui de leur peuple.

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« Rien ne pourra se faire, qui ne prendra  en compte l’intérêt du peuple burkinabé ». Fatigué et les traits tirés par plusieurs  jours de détention par les putschistes, Michel Kafando, président de la transition burkinabè, reste droit dans ses bottes. D’abord, face aux putschistes qui entendaient remettre les compagnons de route de Blaise Compaoré en selle. Ensuite, face aux médiateurs de la CEDEAO, qui proposaient l’amnistie aux putschistes du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP).

 

Les Burkinabè ont choisi de mourir debout…..

 

Destituée  par un coup d’Etat, perpétré par le RSP avec à sa tête le général Gilbert Diendéré, chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, le président déchu, l’équipe de la transition est de retour. C’était à l’issue d’une brève cérémonie, le 23 septembre dernier. « Je puis vous assurer que nous sommes déterminés à poursuivre cette exaltante mission que les Burkinabè nous ont confiée », indique Michel Kafando, dans une salle archi-comble. Avec aux premiers rangs, les représentants de la CEDEAO, venus jouer les médiateurs.

A l’annonce du coup d’Etat, le 17 septembre à la télévision nationale, les associations de jeunes, de femmes, les organisations de la société civile, les leaders politiques et les syndicats, toutes tendances confondues, se sont mobilisés comme un seul homme pour barrer la route aux putschistes. Du coup, les syndicats décrètent une grève illimitée sur toute l’étendue du territoire national. Du moins, jusqu’à ce que les « imposteurs », comme ils les appellent, remettent le pouvoir à l’équipe de transition, dûment, mise en place. Regroupés dans un front commun, les leaders politiques parlent d’une même voix. Après avoir condamné le putsch, ils appellent leurs militants à descendre dans la rue.

Réputé comme le fer de lance de la révolution populaire, qui a chassé le président Blaise Compaoré du pouvoir, le mouvement « Balai citoyen » a, de nouveau, battu le rappel de ses troupes pour faire échec au coup d’Etat.

Mieux armé, mieux formé et  mieux traité, le Régiment de Sécurité Présidentielle est considéré comme une « armée » au sein de l’armée burkinabè. Tristement célèbre par sa cruauté, il n’a pu venir à bout de la résistance populaire.

 

Les Maliens préfèrent vivre à genou..

 

Au lendemain du coup d’Etat du 22 mars 2012, mené par le capitaine  Amadou Aya Sanogo qui a renversé le président ATT en fin de mandat, plusieurs leaders politiques, des leaders de la société civile, des leaders de jeunes, de femmes et de syndicats… se sont mis à la disposition des putschistes. S’y ajoutent des magistrats, des journalistes, voire des leaders religieux. Histoire d’être dans les bonnes grâces du pouvoir.

Certains leaders politiques, aujourd’hui au pouvoir, s’étaient même autoproclamés « conseillers spéciaux » du capitaine Sanogo. Certains magistrats et journalistes, aussi.

Si, au Burkina Faso, les populations sont descendues dans la rue, au péril de leur vie pour défendre la démocratie et l’Etat de droit, au Mali, les leaders politiques et religieux, les associations de jeunes, des femmes, les leaders de la société civile…. Se couchent devant de jeunes officiers, à peine plus  âgés que leurs petits-enfants. Et comme le ridicule ne tue plus dans  notre pays, certains chefs de partis politiques avaient déménagé au camp Soundiata de Kati, quartier général des putschistes. Là où les Burkinabè ont su taire leurs divergences pour faire face, comme un seul homme, les Maliens, eux, ont fait montre d’une indifférence de clochard.

« Le peuple burkinabè est un peuple majeur, un peuple qui a fait preuve d’une grande maturité  politique », se réjouit le président Thomas Yayi boni, président du Bénin et non moins médiateur de la CEDEAO dans cette crise.

Chef de file du parti de l’opposition UNIR /PS, Me Bénewendé Sankara se dit « fier d’être burkinabè ». Avant de poursuivre : « L’exemple,  que le Burkina Faso vient d’offrir à la face du monde, est un exemple inédit. C’est un exemple unique. Je pense que dans c’est dans l’unité, au-delà de tous les  clivages, que nous avons à gagner, à triompher ensemble ».

Au Mali, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous ! « Bouffe et tais-toi ! Et s’il en reste, la nation pourrait en bénéficier », entend-on dans l’administration publique où, la corruption et  le détournement du dénier public sont devenus  la règle. Et l’intégrité morale et intellectuelle, l’exception.

Mais quel exemple, nous,  Maliens pouvons donner aux autres d’Afrique ? Au reste du monde, au lendemain de la révolution de mars 1991, qui a renversé le régime dictatorial du général Moussa Traoré ? A l’issue d’une transition, réputée comme la mieux réussie d’Afrique, la classe politique a renoué avec  ses vieux démons : banalisation des plus grands vices, corruption, népotisme, détournements impunis des biens publics, insécurité, chômage des jeunes……

Avec l’élection d’IBK, en août 2013, avec un score à la soviétique de 77,3 %, les Maliens croyaient avoir jeté aux oubliettes ces fléaux qui hypothèquent l’avenir de notre pays. Erreur. Deux ans après, les Maliens ont compris : le changement tant attendu n’est pas pour demain. Surtout, après les scandales qui ont émaillé ses 25 mois de « règne » : le marché de l’avion présidentiel, des équipements militaires, de l’engrais frelaté…..

Selon le récent rapport du Vérificateur général, près de 153 milliards CFA auraient été passés à la casserole. Si les auteurs de ces scandales sont connus, ils se la coulent douce au volant de luxueuses bagnoles. Ou à l’ombre de châteaux, bâtis sur des terrains arrachés à de pauvres citoyens.

 

Redonner au peuple malien sa fierté d’antan

 

Contrairement aux Maliens, capables de céder leur pays au premier venu pour une bouchée de pain,  le peuple burkinabè, lui, a fait  montre d’une détermination sans faille, face aux putschistes. Qui ont fini par rétablir la transition au pouvoir.

« Mon plus grand tort a été de faire ce putsch….. Nous  avons su que le peuple n’était pas favorable à cela, c’est pour cela que nous avons abandonné », confesse le général Gilbert Diendéré, leader des putschistes. Mais le  peuple burkinabè n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Face à la proposition des médiateurs de la CEDEAO d’amnistier le général Diendéré et ses compagnons du  Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) la société civile   est formelle : pas question, avant que justice soit rendue aux victimes.

« Le grand bien qu’il (ndlr : Diendéré) puisse faire au peuple burkinabè, c’est de se rendre à la justice. Tant que cela ne serait pas fait, le peuple burkinabè ne croira pas un seul mot de ce qu’il dit ».

Au Mali, nous autorités se seraient empressées d’amnistier les «  criminels ». Purement et simplement. Comme ce fût le cas avec le MNLA, le HCUA ou le groupe terroriste Ansar Dine… qui ont assassiné des civils innocents, violé des femmes sous le regard impuissant de leur mari ou de leurs enfants, détruit des monuments historiques et des infrastructures publiques au nord de notre pays.

Avec une classe politique corrompue jusqu’à la moelle, une jeunesse fataliste et résignée, et une société civile aux abois,  le Mali est, aujourd’hui, tombé bas. Très bas. Trop bas. Par la faute de nos dirigeants, plus préoccupés par leur bien-être personnel, que celui de leur peuple ou de leur pays. Par la faute de notre classe politique, incapable de donner une formation politique à ses militants. Formation  pour laquelle, des dizaines de milliards CFA sont attribués, chaque année, aux partis politiques.  Hier, fiers  d’être les descendants de Soundiata Keïta, de Firhoun, d’Askia Mohamed, de Tiéba et de Babemba Traoré, de Banzani……  les Maliens sont, aujourd’hui,  tombés bien bas. Très bas. Trop bas.    Un sursaut d’orgueil s’impose. Et à tous les niveaux. Afin que le Mali et les Maliens retrouvent leur fierté d’antan.

Oumar Babi

 

Source:  Canard Déchainé

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