Raisins de la colère (11) | La mort rodait

La mort avait frappé par deux fois dans les milieux des filles de joie en l’intervalle de trois semaines. Les deux belles créatures étaient le soir de leur meurtre en compagnie de galants clients. Mais les clients savent vite oublier. Une fille de perdue, dix de trouvées. Ces filles, personne ne les regrette, hormis ceux qui gagnent leur pain de leurs activités.

Dans la situation où elle était, elle n’avait pas le droit de s’opposer au contrat d’amoureux désireux de tirer son coup avant de s’éclipser pour longtemps ou poser durablement ses valises. Tout était une question de surface financière.

Il eût un éclat de rires d’Anne en ruminant ce souvenir. Lassine était ravi, qu’il avait besoin de recruter une réceptionniste, seulement dans deux mois, avec des appointements de 80.000 F CFA. A ce fixe, il fallait ajouter des heures supplémentaires du samedi et éventuellement de dimanche. Une croissance avidité d’argent faisait entrouvrir sa bouche pour laisser échapper « en attendant je ne vais pas vivre d’eau fraîche. » Le ton était ferme. Lassine l’entraînait au dehors, puis prenait la direction de son verger isolé, à quelques encablures  de la route de Ségou où ils passaient le reste de la soirée.

Ni Lassine ni Seydou n’avaient jamais aimé Anne. Ils avaient besoin de coucher avec elle, c’est tout. On ne pouvait pas aimer une femme pareille. On a seulement besoin d’elle physiquement.

Veule, repue, Anne avait un mal immense à rassembler ses idées. Cependant plus elle retrouvait son esprit, plus elle comprenait que son existence était fait d’alternance de regrets et de désirs. La mort avait frappé par deux fois dans les milieux  des filles de joie en l’intervalle de trois semaines. Une jeune femme, toujours gaie et souriante, pleine de vie, était retrouvée morte dans un ravin, non loin du bar dancing.  On ne l’avait pas réservée la fin douce. Des traces de strangulation visibles au cou laissent deviner qu’une corde avait été utilisée à cette fin. La seconde victime avait rendu l’âme dans des conditions similaires et seulement à quelques mètres du lieu où le premier corps sans vie était retrouvé. Les deux belles créatures étaient le soir de leur meurtre en compagnie de galants clients. Mais les clients appartiennent à cette race d’hommes qui sait vite oublier. Une fille de perdue, dix de trouvées. Ils n’allaient guerre prendre leur deuil. Ces filles, personne ne les regrette, hormis ceux qui gagnent leur pain de leurs activités. De tels crimes pouvaient restés impunis ? Les enquêtes menées n’avaient rien donné, autrement dit le tueur était toujours dans la nature, prêt à frapper encore.

Elle avait eu vent des deux meurtres par téléphone avec stupéfaction. Elle revoyait ses copines se déhancher au son de la musique, trinquant à leur santé. La mort rodait. A qui le tour ? Son anxiété n’avait pas faibli plusieurs jours après. Elle comprenait comme jamais elle ne l’avait ressenti avec une telle intensité jusqu’à cette minute, qu’elle pourrait être la prochaine victime. Que pouvait-elle faire maintenant ? Elle aurait voulu quitter sa contrée tout de suite dans le dessein de trouver un métier respectable. Redevenir hôtesse-volante ? Cette idée lui rappelait toute la difficulté à en vivre, à l’instar des beignets qui n’assuraient aucune élégance, aucun confort.

Désir et haine se côtoient

Source: L’INFORMATEUR
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