La politique versus la religion

Le combat de l’homme est au-delà du naturel. Pour preuve, une nouvelle lutte est engagée et collée au fronton de la religion.  Au Mali, rares sont les politiciens qui peuvent s’affirmer contre un phénomène social détourné de son origine et interprété selon les intérêts.  Aujourd’hui, le danger est grand et la comparaison est houleuse. La politique, pour certains citoyens, est un attelage de mensonges loin de la voie divine. Cette catégorie de personnes est inspirée, instrumentalisée et radicalisée par des fantômes religieux qui courent après leur quotidien.

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Depuis le précipice dans lequel nous nous sommes fait plonger en 2012, à cause de la lâcheté des politiciens investis de la légitimité et de la légalité (il faut le reconnaître), les appétits se sont aiguisés et les leaders religieux ont laissé leur place de médiateurs pour se transformer en grands électeurs.

Aujourd’hui tout est pire au Mali, à commencer par la religion dont les adeptes passent leurs  jours devant le PMU-Mali et leurs nuits dans les bars et les casinos. Le religieux et le politique n’ont même pas pu amener les citoyens et les croyants commerçants à baisser les prix des denrées durant le mois suprême de Ramadan. L’incivisme grandissant, l’anéantissement de la morale et la perversité à une grande échelle dominent une société qu’on qualifiait de modèle politique et religieux.

En 2013, la religion a été commercialisée de façon flagrante. Le Cherif de Nioro Bouilléavait ouvertement demandé à ses fidèles de voter pour Ibrahim Boubacar Kéita. Quant aux locomotives du Haut Conseil Islamique, leurs divergences aidant, avaient eu du mal à mettre en place leur bureau sans le gouvernail de Koulouba. C’est de là que sont partis leurs désirs d’associer à la politique, leur expertise sur la religion. Ousmane Cherif Madani Haidara l’avait avoué : «  c’est dans mon salon qu’il a été décidé de soutenir IBK ». Et cette fameuse campagne dans les mosquées et dans les casernes avait fait monter à plus de 77% le triomphe du candidat IBK.

Pourtant lors de la cérémonie de présentation des vœux en janvier dernier, le chef de l’Etat avait mis en garde contre l’immixtion de la religion dans le champ  politique. Ce qui est étonnant et grave, c’est qu’en longueur de journée, des bâtiments sont transformés en lieu de culte, souvent climatisés et avec des équipements de dernière génération. L’Etat ne sait même pas comment leur financement est acquis. La politique a échoué et ces deux dernières années le prouvent. Les leaders religieux demeurent silencieux pendant que le peuple croupit dans une misère permanente.

Face à la religion, la politique a perdu ses galons et la République risque d’être formatée. Dans l’ombre et dans les coulisses, les politiciens courtisent ces ‘’traitres’’ religieux, qui au lieu de se montrer droits, tentent d’apaiser un peuple au milieu d’une tempête. Certains chefs politiques, durant le mois béni de carême, ont sillonné des localités dont ils ignoraient même l’existence. À la recherche de l’électorat dans les mosquées, ces politiciens prouvent eux-mêmes leurs accointances avec les chefs religieux.  « Nul  ne peut se prévaloir de sa propre turpitude », a-t-on coutume de dire. La religion est aujourd’hui devenue un fonds de commerce et une grande partie du peuple, en majorité des femmes et des enfants, est téléguidée par des mains extérieures.

Ecoutez ces marabouts et prêcheurs qui se démentent journellement sur les ondes de radios. Entre eux, personne n’intervient et le peuple se perd dans leurs publicités pleines d’illusions. Nos leaders religieux, à l’instar de nos hommes politiques, ont presque tous des medias, chargés de faire leur promotion personnelle et celle de leur secte puisqu’il y en a en nombre.

Entre la politique et la religion au Mali, l’opportunisme est prépondérant, l’idéologie n’est pas sincère et la foi frôle la mystification. Entre la religion et la politique, chacun a ses privilèges de pouvoir entrainer les candides dans une conquête personnelle loin des valeurs de la nation.  Pour dire que chez les politiciens autant que chez les leaders religieux, il y a malheureusement une énorme dose d’apatridie que les maliens n’ont pas encore comprise.

Ammi Baba Cissé ABC 

Source : l’indicateur du renouveau

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