Entre Nous : Nina : la solution est politique !

Le vendredi 19 février 2021, le Consulat général du Mali à Paris a été la cible d’actes de violences par une soixantaine de personnes protestant contre l’accès difficile à la carte NINA. Mise à sac de la baie vitrée, de la porte d’entrée principale, de deux fenêtres, de véhicules, de deux caméras de vidéosurveillance,  du Hall principal et de la salle des machines, trois blessés légers parmi les vigiles…tel est le bilan de leur manifestation. Une vingtaine de personnes ont été interpellées sur place par les forces de l’ordre et conduites au commissariat de Bagnolet.

 

Ce qui s’est passé au Consulat général du Mali à Paris est vraiment regrettable. Les actes posés ternissent davantage l’image de notre pays à travers le monde, même s’il fallait craindre qu’ils fussent prévisibles d’une manière ou d’une autre. Car c’est si, depuis des années, ces personnes crient dans le vide, de plus en plus nombreuses qu’elles sont à perdre leurs emplois ou leur carte de séjour, à devenir des clandestins, à dormir sous des ponts ou dans les toilettes publiques…Après avoir survécu, pour la plupart, à l’Odyssée de la traversée du Sahara et de la Méditerranée ! Tout cela à cause de la Carte NINA sous le prétexte qu’ils ont réduit leurs âges ou changé de noms. Une Carte NINA dont l’établissement reste problématique depuis le départ,  les autorités peinant à satisfaire les Maliens !

Mais, contrairement au Collectif «Mains propres» qui a sonné l’alerté et, mieux, fait des propositions pertinentes au gouvernement de la République du Mali, personne n’a apparemment cure du calvaire vécu par nos jeunes compatriotes émigrés. ‘’Violences invisibles’’ de la part d’un Etat qui leur doit pourtant protection et assistance en toute circonstance ! Ces Maliens qui sont plutôt victimes de son incurie à tenir la dragée haute à ses partenaires européens sur la question. Les hésitations du gouvernement n’ont-elles pas contribué à compliquer davantage une situation qui aurait pu être réglée sans trop de bruit ?

La solution n’est pas technique. Mais politique ! Purement politique. Les enjeux sont énormes pour le Mali. Des jeunes qui retournent de l’aventure avec des idées selon lesquelles ils ont été abandonnés par l’Etat deviennent des proies faciles pour les groupes extrémistes. Il y a urgence à agir. Et à aller rapidement au-delà des mesurettes annoncées par le Premier ministre devant le Conseil national de Transition.

Les arguments de poids ne manquent pas pour le gouvernement du Mali dont le discours est plutôt lénifiant lorsqu’il s’agit des milliards que ces Maliens envoient à leurs familles au pays ! Car il est indéniable que les Maliens de l’extérieur jouent un rôle très important en termes de contribution au développement et de stabilité sociale. En 2012, quand les partenaires techniques et financiers avaient tourné le dos à cause du coup d’Etat militaire du capitaine Amadou Haya Sanogo, les migrants sont venus à la rescousse à hauteur de 367,4 milliards de nos francs alors que l’aide publique au développement était de moins de… 2 milliards :1,79 milliard FCFA ! D’ailleurs, confirme le Rapport national sur le développement humain de 2016 «Migration, Développement humain et Lutte contre la pauvreté au Mali», les transferts de fonds de nos migrants étaient nettement supérieurs aux aides publiques au développement. Cela de 2010 à 2013. Car, pendant cette période, les émigrés maliens ont envoyé au pays 1.350,1 milliards de FCFA quand les aides publiques au développement totalisaient 610,91 milliards

Avec 900 millions de dollars, soit 450 milliards de FCFA en 2018, le Mali, selon la Banque mondiale, occupait la 9è place des pays recevant le plus de fonds de ses émigrés et la 3è place des pays francophones derrière le Sénégal et la République démocratique du Congo. En 2017, les transferts de fonds des émigrés maliens avaient atteint 1,059 milliards de dollars, soit 529. 500. 000. 000 de F CFA.

Les spécialistes sont unanimes que ces données ne comportent pas toutes les sommes envoyées à cause des circuits informels difficiles à tracer !

Par Chiaka Doumbia

Source : Le Challenger

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