Chronique du vendredi : Face au Fmi, face à la nation

LE FMI DEPOSE DONC SES VALISES. Cette fois-ci pas, il ne vient pas nous décerner  la palme de la bonne gouvernance comme très souvent par le passé. Bretton Woods garde l’œil certes sur le fameux Tof, -le Tableau des Opérations Financières ainsi que sur les indicateurs macroéconomiques qu’impactent les décisions- de gouvernance. Mais ce sont les circonstances de l’achat du Boeing 737 présidentiel et celles du marché par entente directe de près de soixante-dix milliards de nos francs à un opérateur privé qui constituent les mobiles de ce séjour des gendarmes de Washington dans notre capitale. Un séjour important ? C’est peu dire !  En ce moment  l’aide budgétaire accordée à notre pays par le Fmi, l’Ida et l’Union européenne est suspendue. Sa reprise, c’est logique, dépend des conclusions des audits en cours desdits marchés. Or c’est la connaissance la plus partagée : nous sommes en traditionnelle période de soudure financière où l’aide budgétaire constitue un appoint salutaire pour les dépenses publiques, malgré les tendances de performance de nos services de taxes et de douanes depuis bientôt trois décennies.

adam thiam

C’EST LA DEUXIEME SUSPENSION D’AIDE DEPUIS 1992. La première a été subie sous les deux années d’exercices budgétaires où la coopération financière fut suspendue en raison du coup d’Etat de Amadou Aya Sanogo. Et l’interruption en cours concerne plus de 80 milliards de nos francs. Dans un pays où les besoins sont criards, allant des salles de classe aux médicaments essentiels, c’est donc une véritable manne qui échappe au Mali, si elle n’est pas rétablie. Et si elle n’est pas rétablie, il y aura encore plus d’argent dont nous serons privés dans les mois à venir. Alors, les enjeux du malheureux incident sont importants pour la fluidité de notre Trésor public. Il n’y a pas encore de rupture dans le paiement des salaires. Du reste, même sous la Transition où l’aide était suspendue il n’y en a pas eu. Mais un budget c’est aussi et surtout l’investissement. A cet égard, le statu quo pénalise indiscutablement la nation. Les besoins du Mali en nécessité de reconstruction sont exponentiels et un froid avec un validateur aussi stratégique que le Fmi n’arrange rien. Ensuite, le mécanisme de l’aide budgétaire est en soi un indicateur de la confiance de nos partenaires dans la gestion publique. Une confiance durablement remise en cause ? Allons-nous vers une rupture de la coopération financière avec les parties qui s’alignent sur le Fmi ( en fait, la quasi-totalité des pays et institutions qui nous assistent ? La réponse est non à moins d’un inexplicable dérapage du processus de négociation ou d’une couleuvre trop grosse pour être avalée concernant lesdites affaires. Mais il faudra que le Mali se montre persuasif et remise l’argument de la souveraineté nationale qui constitue jusque-là sa ligne de défense. Il faudra ensuite jeter du lest sur la procédure de passation des marchés, y compris ceux de la Défense pour que la clause du secret-défense ne conduise pas au contournement permanent de l’efficience, prise ici dans le sens de résultat efficace au meilleur coût possible.

SUBIR DONC ? Peu importe la manière doit tout ceci est formulé ou perçu. Le fait est que ce ne sont pas nos partenaires mais notre peuple qui gagne à l’efficience. L’équation qui en résulte étant moins de pertes de ressources, plus de besoins sociaux couverts et l’avenue tant attendue vers l’émergence. Car l’émergence n’est pas une invocation mais une convocation. Elle est à notre portée parce qu’ici des empires se sont succédé, glorieux et civilisateurs. Nous devons et pouvons résister au cercle vicieux. Mais c’est Ibrahim Boubacar Keita en premier qui doit tracter cette volonté de « présence au monde » pour reprendre une formule qu’il affectionne. Jamais le pays n’avait été autant boulimique de renaissance que quand ce président royalement élu venait aux affaires, il y a un an. Mais rarement, d’Alger à Washington, des raidissements des pourparlers inter-maliens au séjour dans notre capitale d’une mission d’exhumation, l’actualité aura imposé une  épreuve aussi douloureuse pour la fierté et l’orgueil de ce pays dont nous sommes tous et envers lequel nous avons une égale responsabilité de sollicitude.

Adam Thiam

SOURCE: Le Républicain  du   12 sept 2014.
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