«ça se passe ici»: Gal Salif Traoré à côté de la plaque

Samedi 19 octobre, l’émission  »Ça se passe ici » était consacrée à un thème on ne plus d’actualité, surtout à un sujet de grande préoccupation nationale, la Sécurité. Précisément, il s’agissait de définir le rôle des populations dans la sécurisation du pays.

 

Marc Coulibaly, l’animateur de l’émission avait réuni sur son plateau des interlocuteurs très indiqués, notamment le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Général de Division Salif Traoré, Pr. Mamadou Samaké et Dr. Mariam Djibrilla Maïga, les deux derniers en qualité de représentants de la Société civile.

Le ministre de la Sécurité, bien dans son rôle, s’est attaché à mettre en exergue les mesures et les moyens mis en œuvre par l’Etat pour que les Maliens dorment tranquillement, avec, sans doute, l’assurance que rien de fâcheux ne peut leur arriver.

Le discours tenu par le Chef du Département de la Sécurité, décliné sur le mode bouddhique, en référence aux instructions du Maître IBK (qui a pensé à tout avant tout le monde), avait certainement de quoi rassurer une large frange de nos compatriotes, qui continuent de croire en la parole du pouvoir du jour.

Il faut dire que Salif Traoré, servi par une bonne bouille d’enfant bien élevé (façon Face d’ange), à qui l’on confierait bien volontiers un bien précieux, a cette posture convenant aux dispositions psycho-morales actuelles de la majorité des Maliens.

Quel fut l’argumentaire développé en l’occurrence par l’ancien gouverneur-très apprécié-de Kayes ?

Cela a commencé par une lapalissade, du genre  » rien ne peut se faire sans la sécurité« . Après avoir asséné que « la Sécurité n’est pas la seule affaire des porteurs d’uniforme « , il a enchainé sur  » chacun, à son niveau, doit veiller à garantir la sécurité « .

Le ministre de la Sécurité, toujours bien inspiré, a tenu à souligner que son département a mis en place des mesures visant à asseoir une bonne collaboration entre les populations et les Forces de l’ordre. Et de décréter que  » nous devons ensemble nous donner la main pour relever le défi de la sécurité « .

Parmi les mesures instituées pour favoriser la coopération avec le public, il a rappelé que le ministère a organisé des Journées Portes Ouvertes à l’occasion des fêtes anniversaires de Forces de l’Ordre. Le principal message découlant de ces tentatives de brassage entre les deux entités est que l’Information est très importante pour relever le défi sécuritaire.

Ce que le ministre a ainsi traduit:  » nous devons tous jouer notre rôle d’information et de vigilance. Nous avons mis en place un mécanisme d’information à travers des numéros verts que tout le monde peut utiliser. «

Les propos, jusqu’alors accommodants, lénifiants, prirent, à la fin, une tournure inattendue et, peut être, révélatrice de l’opinion profonde du ministre à l’égard de ses compatriotes :  » nous demandons à la population de participer à sa propre sécurité au lieu de critiquer constamment. «

Même en édulcorant ses observations par «  car, l’œuvre humaine n’est pas satisfaisante « , Salif Traoré ne dissipe pas la désagréable sensation d’un grief qui viserait à rendre les populations responsables du piétinement du système sécuritaire, financé à coups de milliards de francs CFA et par de larges ponctions sur le Budget national, lui-même alimenté par les impôts desdites populations.

Le Général de Division, à cette occasion, a affiché un sens plutôt court de la stratégie communicationnelle.

En effet, en venant à cette émission en tant que principal invité, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile s’astreignait à un devoir de communication suscité par les nombreuses failles relevées dans la politique et les mécanismes de sécurité.

A cet égard, il devait d’abord faire montre de contrition, en assumant pleinement les dérapages consécutifs au grand amateurisme et à la désinvolture de nos Forces de sécurité.

Comme son mentor, passé maitre dans l’art du Ponce pilatisme, Salif Traoré a cru se dédouaner à bon compte en partageant les responsabilités d’un système foireux de sécurité avec des populations qui en sont, de toute évidence, les principales victimes.

Pour un problème aussi sensible, nécessitant l’écoute des intéressés, l’opération de communication (dont l’objectif aurait consisté à susciter la confiance et à impulser une réelle collaboration des Maliens), certainement commanditée par le Patron de la sécurité, est visiblement passée à côté de la cible, en omettant de soulever la question de la confiance.

En effet, l’émission, en faisant l’économie d’un  »micro trottoir », a été amputée d’un élément primordial, qui aurait profondément et utilement éclairé la problématique de la sécurité dans notre pays : le manque de confiance des Maliens en leurs forces de sécurité.

Le ministre ne pouvait pas ne pas être conscient de l’importance de cet aspect du problème. Il laisse même l’impression d’avoir choisi de l’occulter, en fixant l’attention sur la nécessaire collaboration du public.

Or, comment susciter le réflexe de contribution à l’efficacité d’un système qui s’est largement décrédibilisé par des actes d’une profonde gravité, tels le vol et le commerce d’armes par les éléments des forces de sécurité, la très probable complicité entre ces dernières et le monde de la pègre, fréquemment illustrée par la relaxe de malfrats notoires les jours suivant leur arrestation pour des délits avérés !

L’indéniable défiance des populations à l’égard des éléments de la Police et de la Gendarmerie a eu pour effet une formidable prolifération des armes à feu au sein de nos grandes villes.

L’on pourrait parier, sans grand risque, que la quasi-totalité des automobilistes gardent, au moins, un pistolet dans leur boîte à gants, traduisant ainsi une nette propension à l’autodéfense.

Cette tendance, actuellement à un point culminant, constitue déjà une preuve irréfutable de l’échec d’une politique de sécurité soutenue par des financements faramineux et surtout vendue par le régime comme la panacée à tous les problèmes d’insécurité, pourtant dramatiquement vécus, depuis des années, par les Maliens.

Le Général Salif Traoré, par une communication tronquée, a frappé un grand coup d’épée dans l’eau.

Décidément, le naturel de la mauvaise gouvernance colle à la peau du Pouvoir IBK…

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Source: l’Indépendant

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