Revue du Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté : RETROSPECTIVE, PROSPECTIVE, ACTION

Cette session technique permet à notre pays et ses partenaires de s’assurer que les politiques et stratégies gouvernementales de croissance et de réduction de la pauvreté sont appliquées de manière satisfaisante

 

mamadou igor diarra directeur general banque of africa boa pdg ancien ministre

« La croissance économique est un oiseau très farouche qui s’envole et se cache au moindre danger. Pour nicher et se développer, il a donc besoin de se sentir dans un climat serein et apaisé ». Cette métaphore familière aux économistes, illustre bien la situation économique de notre pays. En effet, la crise politico-institutionnelle et sécuritaire de ces dernières années a sérieusement mis à mal notre économie.
Les événements survenus durant cette période, avec leur lot d’incertitudes et leurs multiples rebondissements, ont totalement bouleversé l’équilibre socio-économique du pays. La sortie de crise s’accompagne aujourd’hui d’une reprise timide. Cependant, certaines questions essentielles et urgentes se posent avec acuité : comment retrouver le chemin de la confiance et de la prospérité ? Quelles sont les priorités ? Comment réunir les moyens financiers et techniques nécessaires à la mise en œuvre des politiques et programmes de développement ?
C’est pour apporter des réponses concertées à ces interrogations que le ministère des Finances et de l’Economie, en collaboration avec les partenaires techniques et financiers, procède depuis hier à la revue 2014 du Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP) pour la période 2012-2017. Les travaux techniques prendront fin mercredi au CICB. La cérémonie d’ouverture était présidée par le secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances, Mme Sidibé Zamilatou Cissé, en présence notamment du représentant du chef de file des partenaires techniques et financiers, Jacques Batut, conseiller de coopération à l’ambassade de France. L’imposante présence des représentants du corps diplomatique et consulaire ainsi que celle des chefs de mission des organismes internationaux témoignaient de l’importance particulière de cette revue qui regroupe aussi les représentants des services techniques nationaux et régionaux, la société civile, le secteur privé et les cadres des services techniques de l’administration.
Au cours de leurs travaux, les participants valideront le rapport de mise en œuvre à mi-parcours du CSCRP 2012-2017, de même que la matrice des indicateurs du cadre stratégique, le bilan de la mise en œuvre du Plan d’actions prioritaires (PAP) et du Plan d’actions gouvernemental (PAG). L’objectif étant de s’assurer que les politiques et stratégies gouvernementales de croissance et de réduction de la pauvreté sont appliquées de manière satisfaisante pour l’atteinte des objectifs de développement.
Cette revue annuelle se base en premier lieu sur une analyse rétrospective, sur la période 2012-2014, des questions relatives à la mise en œuvre des politiques, stratégies et actions prioritaires prévues dans le CSCRP 2012-2017, à l’utilisation des ressources financières et humaines disponibles, à l’atteinte des objectifs ainsi qu’aux problèmes et contraintes. Elle se base également sur une analyse prospective des questions touchant aux changements à apporter aux politiques, stratégies et actions pour une amélioration des résultats, des ressources nécessaires à mobiliser ainsi que des solutions à apporter aux problèmes systémiques et transversaux.
Dans son intervention, le représentant du chef de file des partenaires techniques et financiers, Jacques Batut, rappellera que cette revue est la 11è du genre depuis la mise en place d’un cadre de réduction de la pauvreté au Mali et la 4è depuis la mise en œuvre de ce cadre qui couvre la période 2012-2017. « Institutionnalisée à travers le décret fixant les mécanismes institutionnels de suivi-évaluation du CSCRP et de la table ronde des bailleurs de fonds, à travers un calendrier harmonisé des revues, la revue du CSCRP se veut un moment d’introspection. Loin d’être une formalité, cette rencontre nous offre, particulièrement celle de cette année qui se situe à mi-parcours, l’opportunité d’évaluer le chemin parcouru ensemble et d’échanger sur des recommandations et mesures susceptibles d’améliorer l’action du gouvernement, des élus, de la société civile, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers, dans le combat pour l’amélioration des conditions de vies des Maliens, considérablement dégradées depuis la survenue de la crise politique et sécuritaire », a souligné le diplomate français.

Un contexte particulier et décisif. La présente revue intervient, de son point de vue, dans un contexte décisif pour notre pays marqué par la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger dont la mise en œuvre est une nécessité pour garantir la paix et la sécurité sur le territoire, afin de permettre la réalisation des interventions d’urgence et de développement.
« Le contexte est marqué également par la prorogation du mandat de la MINUSMA jusqu’en juin 2016, par le processus d’élaboration d’un document de référence unique d’ici la fin décembre, visant à établir la cohérence entre le CSCRP, le PAG, le PDARN et le Plan Mali émergent en cours d’élaboration et capitalisant sur les acquis du PRED mais aussi et surtout par la finalisation en cours de la SCAP 2015-2018 et son plan d’actions dont il conviendrait d’accélérer le rythme et la préparation en cours de la mission d’identification et d’évaluation conjoint (MIEC) conformément à l’accord destinée à identifier à travers un processus participatif les besoins des régions Nord », a relevé Jacques Batut en saluant le renforcement du dynamisme du cadre conjoint de dialogue entre le Premier ministre et la Troïka élargie.
Analysant la situation économique du pays, le diplomate français relèvera qu’en termes de résultats économiques, la forte croissance de 7,2% réalisée en 2014 intervient après le ralentissement qu’à connu l’économie malienne suite à la crise politique et sécuritaire. « En effet, passant d’une croissance quasi-nulle en 2012, l’activité économique au Mali a enregistré une faible progression de 1,7% en 2013. Ainsi sur la période 2012-2014, le taux de croissance annuel moyen n’a été que de 3% environ pour une prévision initiale du CSCRP de 5,5%. De plus, la crise politique et sécuritaire que le pays a traversée a engendré une paupérisation accrue des populations maliennes en 2012 et 2013. Toutefois, la vigoureuse reprise de l’activité économique en 2014 devrait se traduire par un repli marginal de l’incidence de la pauvreté de 0,2 point passant ainsi de 47,1% en 2013 à 46,9% en 2014 et un maintien des disparités importantes entres les zones rurales et urbaines », a-t-il détaillé, ajoutant que la non réduction significative de la pauvreté s’explique par des allocations budgétaires insuffisantes au profit des secteurs clés du mieux-être des populations.
Le CSCRP prévoyait d’allouer 8% des dépenses budgétaires au secteur de la santé sur la période 2012-2014, mais l’exécution budgétaire fait apparaître que seulement 5% des dépenses budgétaires de l’Etat ont été décaissés en faveur de la santé. De même, il était prévu d’allouer 12,7% du budget à l’agriculture sur la même période, or seulement 8,9% des dépenses ont été effectivement affectées à ce secteur.

Une meilleure reformulation du CSCRP. Le représentant du chef de file des PTF rappellera ensuite que ce processus de revue, est incontestablement un cadre d’échange participatif utile pour garder une dynamique de gestion axée sur les résultats. « Pourtant, le constat récurrent d’absence d’atteinte des résultats, constitue une préoccupation importante. A ce propos et à titre illustratif, l’examen de l’état de mise en œuvre des 18 recommandations de la revue de l’exercice 2013, fait ressortir que seulement 3 recommandations sont réalisées, 11 en cours de réalisation et 4 non réalisées », a-t-il souligné en conseillant une meilleure intégration et participation du niveau politique ainsi que la définition d’outils permettant d’initier des mesures correctrices par l’ajustement des politiques et programmes publics en fonction des résultats obtenus et au respect du calendrier harmonisé des revues afin d’améliorer le lien entre le cycle budgétaire et la revue du CSCRP.
Le secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances, Mme Sidibé Zamilatou Cissé, confirmera que cette revue annuelle a la particularité d’être une revue à mi-parcours qui se focalisera sur le bilan de mise en œuvre du CSCRP en 2012, 2013, 2014. « Elle a aussi la particularité de préparer la relecture du document du CSCRP qui constitue le cadre unique de référence des politiques et stratégies de développement en vue d’y intégrer le Programme d’action gouvernemental (PAG), les problématiques majeures actuelles ainsi que les leçons tirées de la crise. Cette analyse du bilan nous permettra de tirer les enseignements nécessaires pour une meilleure préparation de la reformulation du CSCRP 2012-2017. Elle est aussi l’occasion de faire une analyse critique du processus et des résultats atteints au niveau macroéconomique et au niveau sectoriel », a-t-elle souligné.
Mme Sidibé Zamilatou Cissé notera que cette session permet aussi d’apprécier, à travers les différents axes du CSCRP et les programmes sectoriels, l’évolution de la pauvreté depuis 2012-2014, d’identifier les principales contraintes et difficultés qui entravent son exécution, de proposer des mesures nécessaires en vue d’en améliorer la performance et, enfin, de dégager des recommandations opérationnelles pour assurer une meilleure relecture du CSCRP 2012-2017. « Ainsi au cours de la session, je vous invite à mettre un accent particulier sur des thématiques aussi importantes que la gestion axée sur les résultats (GAR), la problématique des statistiques, la coordination, l’harmonisation et particulièrement la cohérence des interventions de tous les acteurs dans la mise en œuvre des politiques de développement », a-t-elle souhaité.
Rappelons qu’après cette revue technique, le gouvernement et les partenaires techniques doivent se retrouver vendredi prochain pour la revue politique qui constitue un cadre d’échange interactif sur des thèmes prioritaires du développement de notre pays.

D. DJIRÉ

source : L’Essor

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