Histoire d’une élection

Dans le cadre de l’élection de renouvellement du bureau du CNPM du 26 septembre 2020 dernier, Diadié dit Amadou Sankaré, troisième Vice-Président, délégué depuis 5 ans, décide de se représenter contre son Président Mamadou Sinsy Coulibaly. A priori, ceci relève de l’ordre normal des choses dans un contexte démocratique. Malheureusement, telle n’a pas été la perception pour tous. Le Président sortant, influencé probablement par un réflexe de transmission dynastique du pouvoir, semble avoir pris cet acte de candidature comme un affront personnel.

 

C’est le point de départ d’un bras de fer qui a trouvé finalement son épilogue au niveau de la justice.

Pourquoi une candidature lève-t-elle autant  de boucliers ? La Présidence d’un syndicat fusse-t-elle du patronat est-elle dans les circonstances normales un poste qui ne se prête pas à l’alternance ?

Le Patronat du Mali, contrairement à beaucoup d’autres organisations syndicales, avait échappé jusqu’ici à ce syndrome de l’air des temps. Le précédent Président (2010-2015) avait après un mandat pleinement rempli, élégamment cédé la place à l’actuel Président sortant en lui apportant tout son soutien.

C’est en effet en juillet 2020 lors d’une assemblée générale ordinaire du bureau du CNPM, que le 26 septembre 2020 a été retenue comme date de l’élection. Cette date bien que tardive pour une fin de mandat fixée au 10 octobre, rentrait dans le délai statutaire et avait été décidée au cours d’une assemblée convoquée par le Président en personne en respectant toutes les dispositions règlementaires.

Mais la surprise est venue du fait que cette année, il y a eu deux candidats. Une situation inhabituelle au CNPM habitué à une seule liste consensuelle. Au lieu de privilégier un compromis, on a assisté progressivement à l’instauration d’une ambiance d’hostilité.

Les problèmes ont véritablement commencé après le dépôt des deux listes de 20 membres chacune.

Le secrétaire général, qui juridiquement n’est qu’un employé du CNPM, s’est malheureusement et progressivement installé dans un rôle d’arbitre et cela en exécutant des instructions données par le Président sortant. Il faut rappeler à cet effet que l’organe désigné dans les statuts du CNPM comme garant du respect de toutes les dispositions règlementaires, est le Comité statutaire composé de sept (7) membres élus au même titre que le Bureau.

C’est ainsi que quelques jours avant la date de l’assemblée élective, le secrétaire général a adressé une première lettre aux deux candidats, pour selon lui, attirer l’attention des candidats sur les doublons.

Ce qui a donné lieu à des échanges de lettres entre l’un des candidats et lui sur l’existence d’impact de ces doublons sur ces élections selon les règlements ainsi que les compétences du Secrétaire général dans de telles situations.

Sans aucun avis du Comité statutaire, le Secrétaire général adresse aux deux candidats, une lettre de report des élections à 48 heures de sa tenue et alors même que certains délégués de l’intérieur avaient déjà effectué le déplacement à Bamako.

Cette lettre qui peut être considérée comme maladroite car n’émanant d’aucune assemblée générale statutaire, mettait non seulement les membres du bureau devant le fait accomplit mais prouvait à suffisance le manque de considération pour le comité statutaire.

Rappelons que pour tout manquement observé dans le processus, la logique voudrait que le problème soit soumis au préalable à une entité compétente à cet effet, soit sur une base réglementaire, soit judiciaire. Cette entité pouvait être d’abord le bureau du patronat qui est souverain. Elle peut également être le comité statutaire et in fine la justice.

Mais le Secrétaire général, sur instruction du Président sortant, a décidé de reporter une élection à seulement 2 jours de sa tenue, au grand dam et des membres du bureau et du comité statutaire.

En reportant cette assemblée élective sans en avoir le pouvoir et en voulant convoquer une nouvelle assemblée générale ordinaire le 29 septembre pour fixer une nouvelle date, le Président sortant a ainsi donné une illustration de ses propres contradictions : J’ai le pouvoir d’annuler tout seul l’élection du 26 mais j’ai besoin des membres du bureau pour décider d’une nouvelle date pour le 8 octobre.

Cette volonté de report au 8 octobre, au-delà de violer les statuts, a fait planer certains doutes sur les intentions réelles du Président sortant : ne serait-ce pas un moyen de dilatoire pour maintenir un vide jusqu’à la fin du mandat en vue d’obtenir une reconduction du bureau par prorogation ?

L’élection du 26 septembre s’est finalement déroulée avec l’approbation  du comité statutaire. Le fait d’avoir tenu l’élection à l’extérieur des bâtiments du CNPM est le seul fait du secrétaire général qui a délibérément fermé les portes aux autres membres du CNPM (dont 107 des 155 dûment mandatés), confirmant ainsi l’esprit qui prévaut, à savoir que le CNPM se résume au Président et au secrétariat général.

Quant à l’élection du 8 octobre, au-delà de violer les statuts, elle est venu reconfirmer encore le manque de considération du Président sortant pour les différents organes et instances devant régir la vie du CNPM.

Il a manqué de considération pour les membres de son bureau, il a manqué de respect pour le comité statutaire qu’il résume selon lui à un rôle consultatif. Et enfin, très sûr de lui et de son pouvoir, il a décidé de ne même pas attaquer en justice l’élection du 26 septembre,

Le bicéphalisme voulu qui en a résulté a naturellement conduit à une décision de justice, le candidat élu le 26 septembre ayant pris le soin de recourir à elle pour rentrer dans ses droits (surtout que son élection n’a été contestée par personne).

En conclusion, il faut retenir qu’en 2020, une organisation telle que le CNPM ne peut plus être gérée comme une entreprise familiale.  Les futurs enjeux et les liens entre les membres se tissent désormais autour de pôles d’intérêts collectifs et non dans des esprits claniques.

Les articles de presse, commentaires sur les réseaux sociaux, diffusions web, etc. ne pourront malheureusement infléchir une décision de justice dans un sens comme dans un autre.

L’histoire retiendra que les précédents présidents successifs depuis la création du CNPM ont tous réussi à maintenir la cohésion au sein de l’institution. Cela va-t-il être le cas pour l’actuel sortant, qui malgré les incidents survenus, peut encore revenir à la raison dans le but de préserver la cohésion ce bel outil au service du secteur privé.

C’est à ce seul prix qu’il pourra réintégrer la belle histoire de cette organisation et de ses leaders aux côtés de ses illustres prédécesseurs.

 

Abdrahamane TOURE.

Economiste  

SourceMalijet

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