Exploitation minière : Les dessous d’un scandale

Sources importantes de revenus pour l’économie nationale, les mines ne se développent pas sans dommages graves pour l’environnement. L’or, métal précieux, est universellement prisé à tel point que l’imaginaire populaire au Mali lui attribue des propriétés diaboliques. Le sous-sol de la première région en contient beaucoup. Depuis plus d’une vingtaine d’années, cette partie du pays est ainsi investie par des multinationales spécialisées dans l’exploration, l’extraction et la commercialisation de l’or. Mais cette activité ne s’opère pas sans dommages pour l’environnement. C’est pour mesurer cet impact spécifique que le ministre Ousmane Ag Rhissa, accompagné des autorités politiques et administratives des cercles de Kayes et Kéniéba, a visité les sites miniers de Sadiola, Yatela, Loulo, Gounkoto et Tabakoto.sadiola mines or exploitation

A Sadiola et Yatela, c’est la société Anglogold Ashanti qui opère sur un permis d’exploitation de plus de 240 km2. Le directeur général de la société d’exploitation des mines d’or de Sadiola (SEMOS) et de Yatela sa, André Strydom, après une brève présentation de son entreprise et de ses activités, a conduit la délégation sur le terrain. La carrière d’extraction du minerai, l’usine de traitement et les montagnes de terrils issus du traitement du minerai tout comme le bassin à boue de cyanure, ont été inspectés par la délégation. Une rencontre avec les cadres de la société, a ensuite permis d’aborder plusieurs questions sur la dégradation de l’environnement. Les conseillers techniques du département, Niarga Keïta et Baïcoro Fofana, respectivement chargé de la législation forestière et de la protection de la faune et de la flore, ont relevé beaucoup d’agressions sur l’environnement, malgré les efforts déployés par la société pour minimiser les impacts. Les feux de brousse, les mutilations d’arbres et l’absence de moucherons et autres insectes (indicateur de dégradation de la biodiversité) ont été constatés.

Les techniciens du département ont fait remarquer que les services des Eaux et Forêts ne sont pas impliqués dans les activités de reboisement et de réhabilitation des espaces dégradés. Idem pour les services locaux du contrôle des pollutions et des nuisances. L’inquiétude est grosse sur la gestion de la boue de cyanure, un produit hautement toxique qui entre dans le traitement du minerai.  Sur ce point, le responsable de la gestion environnementale des deux sociétés, Amadou Djadjé Macalou, a expliqué que des mesures sont prises pour gérer les risques. La question de la conformité des normes maliennes en terme de protection de l’environnement, la prise en compte des aspects assainissement dans les activités minières et la gestion des carrières et des bassins à boue de cyanure à la fin des mines figurent parmi les préoccupations principales débattues.

 

UN COULOIR DE MIGRATION POUR LA FAUNE. Dans leur apport au développement communautaire, SEMOS et Yatela sa, ont lancé un Programme d’appui au développement intégré (PADI) qui réalise des infrastructures de base (écoles, centre de santé, magasin de céréales, etc.). Désormais, ce programme va intégrer un volet environnemental qui prévoit, par exemple, la réalisation de barrages pour contenir la faune qui s’est aujourd’hui réfugiée dans cette zone. Il faut à cet effet, créer un couloir de migration de la faune pour sa survie, a recommandé Baïcoro Fofana. Sur les sites, l’assainissement des villages riverains est déséquilibré par rapport aux camps, a relevé Boubacar Diakité, conseiller technique de l’assainissement au département. Si la propreté du cadre de vie est assurée dans les camps, les tas d’ordures envahissent les villages.

Le problème de l’infiltration des eaux contenues dans les étangs à boue dont la surface peut atteindre 2 km2, la remise en l’état des terres destinées à l’agriculture à la fin de la vie des mines et le contrôle bactériologique des eaux ont été évoqués. Dans sa synthèse, le ministre a insisté sur le renforcement de la coopération entre le département à travers ses services techniques et les sociétés minières, la mise en état des routes et voies d’accès dont la poussière est source de pollution et de nuisance. Il a demandé à la société de fournir de l’eau potable aux populations riveraines. Ousmane Ag Rhissa a regretté la dimension inacceptable prise dans l’orpaillage traditionnel par l’emploi de produits chimiques et son corolaire de pollution et de déséquilibre social sur les sites. Il a demandé l’organisation d’une rencontre entre le département et les responsables chargés de l’environnement des mines pour une meilleure coordination des actions.

A Loulo et Gonkoto, deux permis miniers d’une superficie de 372 km2 appartenant à la société Randgold, le constat n’est pas très reluisant sur le plan environnemental en dépit de la fierté légitime inspirée par le fait que la société minière de Loulo (SOMILO) est la première du genre exclusivement dirigée par des nationaux. Malgré les efforts déployés dans la protection de l’environnement, le ministre a retenu les mêmes insuffisances de collaboration entre les services du département et la mine. Il a invité la société à s’ouvrir et impliquer les services des eaux et forêts et de l’assainissement dans ses activités de protection de l’environnement.

La visite du site d’orpaillage de Sansamba dans la commune rurale de Sitakili, sur le permis minier de Somilo, a constitué un autre point noir de la tournée ministérielle. Installé sur les berges du fleuve Falémé, frontière naturelle entre le Mali et Sénégal, ce site abrite plus de 4000 âmes qui vivent dans des conditions sanitaires et sécuritaires inadmissibles. La partie malienne du fleuve est complètement obstruée par les rejets de boue des machines artisanales de broyage du minerai. Les produits chimiques employés par les orpailleurs polluent l’eau du fleuve. Cette situation d’illégalité n’empêchent pas les municipalités et les autres services de contrôle de percevoir des taxes sur les activités des orpailleurs, confient certains d’entre eux.

 

80 TITRES MINIERS. La grande satisfaction est venue de Segala mining company (SEMICO) de Tabakoto, dans la commune urbaine de Kéniéba. Après la présentation des activités de la société en matière de protection de l’environnement, la délégation a apprécié l’effort dans la préservation de la faune et de la flore. Ce qui a valu à la société les félicitations de l’ensemble des spécialistes du département. Selon Dieudonné Dembélé, le directeur de l’environnement de la mine, la société produit chaque année un rapport spécial sur la réhabilitation des sites (reboisement, restauration de la végétation, etc.). Concernant la biodiversité, c’est le seul site où on peut voir des écureuils, des singes et des insectes.

Globalement, la protection de l’environnement et l’assainissement restent les parents pauvres des projets de développement des mines. Ces dernières ont été invitées à appuyer l’administration en renforçant les capacités des services techniques et l’administration locale (équipements des préfectures et sous préfectures, etc.).

Aujourd’hui, dans la région de Kayes, c’est la ruée vers l’or. Parallèlement aux multinationales régulièrement installées, les sites d’orpaillage traditionnel se comptent par dizaines. Les premières sont comme un Etat dans un Etat, avec tous les moyens techniques et humains possibles. Par exemple, chaque jour, plus d’un milliard Fcfa est injecté sur place. A Loulo, la consommation journalière d’hydrocarbures est estimée à 200 000 litres de gas-oil. Les déchets domestiques produits quotidiennement atteignent des dizaines de milliers de mètres cubes. Dans le cercle de Kéniéba, il existe 80 titres miniers. Ils ont tous été attribués sur des réserves de faune et des domaines classés.

Ces attributions sont faites très souvent sans coordination avec les services techniques de l’environnement dont les avis devraient pourtant être déterminants. « D’après ce qu’on a vu, on ne peut plus rester les bras croisés », a commenté Ousmane Ag Rhissa. Des centaines de kilomètres carrés de forêts sont rasés pour creuser des carrières de plus de 200 mètres de profondeur souvent, sur plusieurs kilomètres de diamètre. L’orpaillage traditionnel qui se transforme peu à peu en véritable industrie, apporte son lot de destruction avec les feux de brousse, la pollution et diverses menaces sur la faune et la flore. C’est pourquoi, il faut agir vite sinon il sera trop tard.

C. A. DIA

Source: L’Essor

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