Entreprise : DES FACTEURS POUR ATTIRER L’INVESTISSEMENT

La simplicité du cadre règlementaire et financier, le profil du personnel, la stabilité de l’environnement des affaires constituent des opportunités pour l’investissement local et étranger

Mamadou Tiéni Konaté president Collège transitoire Chambre Commerce industrie ccim febak Youssouf Bathily Moctar Théra

Si l’accès au financement et la diversification des secteurs productifs sont considérés comme des catalyseurs d’une croissance durable, stable et inclusive, il existe d’autres facteurs non négligeables tels la simplicité du cadre règlementaire et financier, le profil du personnel, la stabilité de l’environnement des affaires. Qui, s’ils épousent les objectifs stratégiques de développement d’un pays, peuvent être des opportunités à l’investissement local et étranger. La responsabilité de la conjugaison de ces moyens incombe et au gouvernement et au secteur. Tel est le point de vue d’experts en finances et de cadres d’entreprises internationales et nationales. Ils s’exprimaient à la faveur du Forum économique de Bamako, tenu le 13 janvier dernier à l’hôtel de l’Amitié sous la coprésidence du conseil national du patronat du Mali et du Mouvement des entreprises de France.
Le président du directoire de CFAO, Richard Bielle est l’un de  ceux qui soutiennent cet argumentaire. Pour lui, les grands projets d’investissement doivent être des déclencheurs pour la création de Petites et moyennes entreprises (PME) locales compétitives. L’objectif étant le remplacement progressif des importations par les productions locales qui créent de la richesse et de l’emploi au profit des populations locales. L’atteinte de cet impératif, juge-t-il, entrainera des exigences nouvelles. Qui permettront la structuration en amont des filières prioritaires et porteuses de croissance comme l’agroalimentaire afin de répondre aux cahiers de charge fixés par les investisseurs. Les PME deviennent ainsi plus performantes avant de franchir le cap ouvrant l’accès à l’exportation des productions des entreprises locales.
L’aspiration à l’exportation des productions locales est un vœu légitime, dira le vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), Mamadou Tiéni Konaté. A cet effet, il importe de renforcer les capacités et les compétences des personnels des entreprises maliennes afin qu’ils produisent les prestations nécessaires dont ont besoin leurs employeurs. «Des entreprises que j’ai accompagnées dans ce secteur étaient confrontées à ce problème de personnel qualifié », illustrera-t-il. Aussi, les entreprises ne sont pas outillées pour les objectifs de marché. C’est fort de tous ces constats qu’il invite les autorités administratives et les partenaires techniques et financiers comme la Banque mondiale à privilégier la formation professionnelle. Toute chose qui permettra aux entreprises aspirant à la diversification et au développement de chaînes de valeur de disposer de personnels nécessaires et à niveau.
Les entreprises sont dépourvues de moyens nécessaires au financement des formations professionnelles indispensables à la mise à niveau des personnels, a justifié l’ex président par intérim de CCIM.
Pour attirer l’attention sur l’urgence de cet appui, M. Konaté a cité un entrepreneur malien qui opère dans la découpe de la viande rouge avant de la commercialiser. Car, précise le représentant de la CCIM, la production de la viande en carcasse est peu rentable.
Le paradoxe, pour lui, est que le vendeur de viande ne dispose pas de personnel qualifié nécessaire pour affiner la découpe de manière à faire plus de value, pour satisfaire la demande hôtelière locale et étrangère. « Il est obligé de faire la mise à niveau des tout-venant. Ce qui réduit sa production», a déploré
M. Konaté. Président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), Jean-Marie Ackah plaide pour l’émergence d’entreprises locales qui joueront un rôle d’entrainement des autres entreprises vers la compétitivité. Dans l’accomplissement de cette mission laborieuse, les organisations patronales et professionnelles doivent initier des stratégies afin d’apporter davantage de services à leurs membres. Et l’un des moyens, selon lui, est de promouvoir l’émergence de champions d’entreprises locales performantes qui atteindront une certaine taille financière. A leur tour, ces « champions » sous-traiteront nécessairement les marchés avec les entreprises locales, selon M. Ackah. Qui a illustré sa réflexion par un exemple personnel. « Nous avons une activité commerciale qui nécessite la production d’un million de poulets par mois. En amont de cette activité, nous avons créé la chaîne de valeur composée d’éleveurs locaux qui nous approvisionnent. Tout en bénéficiant de notre encadrement dans un cadre contractuel », a t-il
indiqué.
Parlant du rôle du gouvernement, M. Konaté a expliqué que l’exécutif doit identifier les filières complétives et conformes aux objectifs stratégiques de développement. «Le gouvernement doit aussi favoriser la réalisation d’infrastructures de bases en termes de transport, de logistique et d’énergie surtout », a ajouté le représentant de la CCIM. Il a insisté : «Aucune entreprise n’est viable sans l’accès à l’énergie à un coût compétitif qui est le facteur le plus déterminant ».
Pour Richard Bielle, les gouvernements doivent stabiliser les textes qui règlementent l’environnement fiscal et financier. Comme c’est le cas au Maroc, où il dit avoir constaté une très grande stabilité du cadre de l’environnement qui est simple et facilite la tâche aux investisseurs.
« Quand on fait des projets lourds avec une chaîne de valeurs plus intégrée, on a souvent besoin d’une visibilité longue. Car, le retour des investissements et la durée des financements sont souvent trop longs», argumente l’ancien directeur en charge des activités opérationnelles «Automotive» du groupe.
Tout en reconnaissant au gouvernement la propriété des réformes, le vice-président du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), Moussa Alassane Diallo précise que le secteur privé en est l’acteur et l’animateur. Il doit, à ce titre, avoir une grande capacité d’analyse, de proposition. «Au niveau des cadres de concertation existant entre le secteur public et le privé, celui-ci doit être à hauteur de responsabilité pour peser sur les décisions », a interpellé le président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers.
Dans tous les cas, les spécialistes conviennent que  les PME ont besoin, pour leur émergence, de simplicité et de sureté dans leurs relations avec le gouvernement. Les taxes doivent rester statique durant de longues périodes. Elles ne doivent pas changer du jour au lendemain. L’application des lois doit être, selon eux, de la plus grande transparence possible.
«Les PME françaises ont besoin de simplicité dans l’accès au pays où elles investissent. Quand il me faut dix jours pour obtenir le visa, j’irai dans un pays où je paierai mon visa à 50 dollars au niveau de l’aéroport. Ces petites choses, en s’accumulant, peuvent être un frein ou une opportunité», a soutenu un cadre d’entreprise française.

C. M. TRAORE

 

Source: essor

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *