Chaux agricole ou Fara Nogo de Stones : L’épée de Damoclès qui menace le monde agricole malien ?

Depuis plusieurs semaines, une campagne en vue d’une expérimentation intensive de la chaux agricole au Mali bat son plein. A la manœuvre, l’usine Stones, qui n’y va pas de mains mortes. Elle investit tambour battant, à grand frais, dans un lobby auprès des députés, afin de vanter les mérites de ce produit combien craint par l’agriculteur malien.

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S’il est indéniable que la chaux a un effet positif immédiat sur la lutte contre l’acidité et la fertilisation des sols, il reste cependant admis que cet intrant a des effets pernicieux à long terme sur la qualité des sols et la production agricole. Voilà qui fait craindre les agriculteurs maliens.

Visiblement obnubilée par la quête d’un marché faramineux à lui promis au plus haut sommet de l’Etat de plusieurs milliards, l’usine Stones botte en touche toutes les susceptibilités ou arguments en même de faire prévaloir toute réticence vis-à-vis de « son produit ». Une vraie opération de charme auprès du gouvernement malien qui s’apprêterait donc à signer un contrat faramineux avec son fournisseur « chouchou ».

Les réserves émises par des spécialistes

« Si la chaux permet d’optimiser les récoltes à court terme, elle appauvrit également les sols à long terme », nous confie Makan Traoré, ingénieur en technique agricole. Ce spécialiste dément formellement la thèse ostensiblement prêchée par les responsables de Stone selon laquelle la chaux s’utilise tous les ans. « Ce produit ne s’utilise au pire des cas que tous les trois ans en alternance avec un apport d’engrais », indique l’ingénieur qui n’occulte pas les immenses dangers de ce produit sur l’Homme et son environnement. Selon le Dr Abdoulaye Tolofoudie, spécialiste de la chaux, l’effet de ce produit dure 3 à 4 ans dans le sol.

Pour Dramane Coulibaly, membre d’une coopération paysanne, cette « campagne » devait être précédée d’une analyse efficiente et approfondie des sols. Ensuite suivrait une opération de sensibilisation et de formation du monde agricole. Hélas, les intérêts englués dans des dessous de tables semblent l’emporter sur la volonté réelle de booster l’agriculture malienne.

Un enseignement sur les techniques d’utilisation de ce produit s’impose en effet à tous les acteurs. Car un excès de chaux dans le sol, selon les spécialistes, a des répercussions néfastes conduisant à une dégradation accentuée des sols et des cultures.  « Elle développe des pathologie qui s’attaquent aux légumes tout en faisant chuter les rendements », précise l’ingénieur.

Plusieurs observateurs voient en l’attitude de Stone, une volonté prédatrice d’abattre les paysans maliens sur l’autel de ses ambitions pécuniaires. D’où, clame-t-on, les acteurs de la société civile se doivent de se mobiliser contre ce qu’il faut désormais qualifier de menace contre la souveraineté alimentaire.

Le ministre du Développement rural d’alors, Bocary Treta, avait superbement manqué d’éclairer la lanterne du peuple sur ce dossier, lorsqu’il fut interpellé par l’honorable Oumar Mariko sur la passation de marché de 17 000 tonnes de chaux avec la société Stones-SA. Le député demandait à quoi sert cette chaux. Doutant de son efficacité, il ajoutera, ironiquement, « ou si c’est une manière de combler le déficit laissé par les engrais dit hors norme, et qui font débat dans notre pays ». Mariko lui a également demandé si l’utilisation de la chaux a déjà fait l’objet de test. Où et pendant combien de temps ? Il a aussi demandé les résultats de ce test. Tréta a manqué cette occasion se bornant à jaser sur l’acidité des sols au Mali.

Curieusement aujourd’hui, l’usine Stones investit tant d’énergie dans une campagne de communication pour faire avaler un produit sur lequel pèsent de sérieux doutes. Et dans cette action à odeur mercantile, les responsables de Stone ont réussi à s’offrir du lobby des représentants du peuple afin de vanter les mérites de ce produit combien craint par l’agriculteur malien.

Par AlcoDemb

Source: L’INVESTIGATEUR

 

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