Interconnexion Mali-Côte d’Ivoire : Le courant dope les localités desservies

La mise sous tension du réseau reliant nos deux pays a tiré l’économie locale de sa léthargie. Mais les populations en demandent encore plus.

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C’est le 27 septembre 2012 que l’interconnexion électrique entre le Mali et la Côte d’Ivoire est entrée dans sa phase opérationnelle avec l’arrivée de l’énergie ivoirienne dans trois localités de notre pays. Cela fait un an que les abonnés de la société Energie du Mali (EDM) consomment à Sikasso, Koutiala et Ségou de l’énergie provenant de Côte d’Ivoire. Un an de bonheur pour ces populations pour lesquelles le courant fut, longtemps, presqu’un luxe. « Avant l’arrivée de l’interconnexion, nous vivions au Moyen âge. L’électricité était pour nous une chimère, tant les coupures et les délestages avaient fini par installer un traumatisme dans la population. Aujourd’hui, nous retrouvons la vie. Et qui dit vie, parle forcément de lumière. Nos rues ne font plus peur à nos enfants. La ville a retrouvé une certaine sérénité », témoigne un bénéficiaire.

 

 

La capitale du Kénédougou retrouve donc une certaine vitalité. Première ville alimentée par le projet, Sikasso se métamorphose. Opérateurs économiques et autres entrepreneurs se frottent les mains. Lassina Bagayoko, un menuisier métallique, confirme une nette amélioration dans ses affaires. « Nous étions confrontés à un sérieux problème de courant. Vous savez, notre matière première, c’est le courant sans lequel point de travail pour nous. Il y avait trop de coupures. Il nous arrivait souvent de passer plus d’une journée sans pouvoir rien faire. Ce qui nous causait pas mal de pertes d’argent. Notre clientèle commençait à se plaindre de nous car nous n’étions plus en mesure de livrer les commandes à temps. Dieu merci, les temps ont changé depuis la mise sous tension du réseau. Aujourd’hui, nous sommes satisfaits du projet, tant pour la quantité que pour la qualité du courant fourni », se réjouit notre interlocuteur.

 

 

Le sentiment de satisfaction et de fierté de notre Sikassois est partagé par des Koutialais et des Ségoviens qui ne jurent plus que par le projet d’interconnexion. Si pour Kassim Koureïchi, gérant du « Fortune’s Club », Koutiala fait désormais son entrée dans la cour des villes modernes du pays, Bintou jure que Ségou deviendra, avec l’énergie en abondance, la première économie de notre pays. En effet de Sikasso à Ségou, en passant par Koutiala, le constat est le même : la mise en œuvre du projet d’interconnexion a insufflé une nouvelle dynamique à la vie quotidienne en général et aux activités économiques en particulier dans les localités desservies.

 

 

Certes, le besoin d’éclairage public demeure crucial aussi bien à Sikasso qu’à Koutiala et Ségou, mais l’énergie pour la consommation domestique ou industrielle connait aujourd’hui une amélioration certaine dans les villes traversées par le réseau interconnecté. Aujourd’hui, Sikassois, Koutialais et Ségoviens se félicitent de la relance de la vie économique dans leurs localités. Populations et autorités administratives et locales ou autres responsables d’EDM saluent ce qu’il convient d’appeler un véritable outil de développement. 

 

 

REGAIN DE VITALITE. Pour le conseiller aux affaires économiques et financières du gouverneur de Sikasso, le projet d’interconnexion a apporté de la vitalité dans la ville et ses environs. L’impact est remarquable dans tous les domaines. Que l’on soit commerçant ou promoteur d’unité industrielle, ou même simple usager, les retombées du projet sont bénéfiques, témoigne Mathieu Sanogo. Selon lui, l’impact du projet sera encore plus visible à long terme quand le réseau sera prêt à 100%.

 

 

En effet, quelques petits problèmes persistent sur le réseau qui, faut-il le souligner, est encore dans sa phase d’essai. La partie ivoirienne ne fournit actuellement que 30 mégawatts sur les 80 prévus.

 

 

Cette quantité est repartie sur l’ensemble du réseau de Sikasso jusqu’à Ségou en passant par Koutiala. Il peut aussi avoir des incidents sur le réseau et des perturbations dans la fourniture de l’électricité, explique Ousmane Sall, directeur régional d’EDM à Sikasso.

 

 

L’impact de l’interconnexion est réel sur la représentation d’EDM à Sikasso. Les six groupes de la centrale thermique, en service depuis 1962, ont été redéployés à Mopti et Nioro, suscitant une économie de plusieurs millions par mois pour EDM, souligne Allassane Traoré, désormais ex-chef de la centrale thermique, muté à Balingué depuis.

 

 

A Koutiala, où l’on compte plusieurs unités industrielles, l’interconnexion a fait renaître les activités économiques. Le projet d’interconnexion a été un facteur d’apaisement pour les populations de Koutiala, résume Sékou Coulibaly, le préfet du cercle. Les coupures fréquentes de courant avaient, en effet, provoqué des remous au sein de la population. Une marche avait même été co-organisée par les usagers et la Fédération nationale des producteurs d’huile et d’aliment bétail (FENAPHAB) pour protester contre les délestages. Pour les responsables de la FENAPHAB, la situation était devenue insoutenable. Nombre d’unités industrielles ont subi des pertes énormes, confirme le secrétaire général de l’organisation syndicale, Sidiki Diabaté. « Nous avons traversé des moments difficiles. Nos unités ne tournaient que 6 heures par jour. Imaginez un peu ce que cela signifie comme manque à gagner pour une unité de production. Nous avons frôlé la catastrophe», témoigne Mamadou Koné, le directeur de la compagnie « Badenya ». Même sentiment de satisfaction chez Aboubacar Ouattara, responsable de l’huilerie « ICOBO », pour qui l’interconnexion a été une bouffée d’oxygène pour l’économie de Koutiala en général, et celle des industriels en particulier. C’est aussi le point de vue du maire de Koutiala, Dramane Sountoura, qui soutient en plus que le projet a chassé l’obscurité et du coup l’insécurité dans sa circonscription.

 

 

Dans la cité des Balanzan, on ne dit pas moins de bien de l’interconnexion. Certes Ségou est moins pourvue en unités industrielles que Sikasso et Koutiala. Mais les quelques industriels d’ici apprécient à juste titre les avantages de l’interconnexion énergétique. La directrice générale de Moulin Moderne du Mali (M3), Mme Sanogo Dicko Traoré, note ainsi que l’énergie constitue le socle de toute unité industrielle de production. Contrairement aux années précédentes, 2012 a été bénéfique en terme de production dans son entreprise grâce à la disponibilité du courant, souligne-t-elle. Elle révèle que les coupures de l’année précédant l’interconnexion ont coûté beaucoup d’argent à sa société. « Nous avons ici 4 unités de production pour le riz, le sucre, la farine et l’aliment bétail. Une seule journée d’arrêt d’une de ces unités, c’est 5 millions de Fcfa de perte. Il nous arrivait de tout arrêter, faute de courant. Alors vous comprenez ce que cela représentait », analyse-t-elle.

 

 

L’interconnexion installe une ouverture vers l’industrialisation de Ségou qui est une zone agro-industrielle par excellence. Mais ce potentiel ne pourra être valorisé que lorsqu’il y aura une disponibilité suffisante d’énergie, confie Oumar Baba Coulibaly, le directeur de cabinet du gouverneur de Ségou. Le directeur régional d’EDM, Mohamed Tony, parle plutôt du facteur « accélérateur » que constitue le secteur énergétique. Selon lui, le projet a dopé la demande en électricité. Aujourd’hui, plus de 700 devis payés attendent un branchement, révèle-t-il. 

 

 

REVERS DE LA MEDAILLE. Mais il faut être lucide, la médaille de « Interco » a son revers. Le tracé de la ligne a touché des propriétés privées dans une centaine de villages. Une procédure d’indemnisation et de rétribution a été entamée par l’Etat au profit des populations touchées par le tracé. Le montant global de cette procédure est estimé à 1,4 milliard de Fcfa. Cette démarche reste toujours à l’état de promesse, malgré l’identification des ayants droits.

 

 

L’infrastructure semble aussi victime de son propre succès. L’appétit venant en mangeant, dans les différentes villes traversées par la ligne, les usagers réclament plus. A Sikasso aussi bien qu’à Koutiala ou Ségou, autorités administratives et locales, populations ou industriels souhaitent l’extension du réseau. A cela s’ajoutent les revendications tarifaires. L’Interco devait s’accompagner d’une diminution du tarif de l’électricité, soutient-on dans ces villes.

 

 

A Bamako, la direction générale d’EDM est consciente des attentes des populations. Le projet d’interconnexion découle d’une volonté politique de satisfaire la demande en énergie, souligne le directeur général, Tidiani Keita. Le bien-être par le développement a pour moteur la disponibilité de l’énergie produite et livrée à des coûts abordables. Cette conviction est à la base du projet d’interconnexion dans la sous-région. Mais l’initiative n’est pas pour autant inédite dans notre pays. L’intégration par l’électricité a déjà cours avec le Sénégal et la Mauritanie dans le cadre de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). La ligne qui en découle est appelée « Réseau A ». Le Mali et la Côte d’Ivoire entretenaient depuis les années 90, des relations similaires avec la fourniture de Kadiolo en électricité en moyenne tension provenant de notre voisin du sud.

 

 

La ligne Ferkéssédougou-Sikasso-Koutiala-Ségou, objet du projet d’interconnexion énergétique Mali-Côte d’Ivoire, constitue le « Réseau B ». Le projet s’inscrit dans le cadre de cette politique sous-régionale, explique Tidiani Keita. La ligne s’étire sur une distance de 524 km. Fruit d’un partenariat entre le Mali et l’Inde à travers Exim Bank et la Banque africaine de développement (BOAD), l’interconnexion consiste, côté malien, en la réalisation de postes de transformation à Sikasso et Koutiala et l’extension de celui de Ségou. Le coût global du projet est estimé 80 milliards de Fcfa, avec un apport de la BOAD pour l’extension du réseau en zone Office du Niger pour 11 milliards de Fcfa. « Ce projet va certainement donner un coup de fouet à l’économie nationale en général et locale en particulier. Quand on regarde les zones qu’il traverse, ce sont des endroits aux potentiels économiques énormes tant au plan industriel qu’agropastoral. Tous ces secteurs sur lesquels repose l’économie nationale », analyse Tidiani Keita.

 

 

En ce qui concerne le prix du kilowatt, le directeur général d’EDM lève toute équivoque. L’interconnexion n’a rien à voir avec une quelconque révision de la grille tarifaire qui, du reste, est du ressort de la Commission de régulation de l’énergie et de l’eau (CREE). « De toute façon, on ne peut pas envisager une diminution du tarif qui est et demeure égal sur toute l’étendue du territoire. Jusqu’à présent le thermique occupe une place importante dans la production énergétique. Tant qu’on n’aura pas une autre source d’énergie moins onéreuse, il faut savoir raison garder. C’est pour cela qu’EDM s’engage sur les solutions pour une transition énergétique via les énergies renouvelables. La promotion des centrales hybrides « combinaison du solaire au thermique » participe de cette politique. Après Ouéléssébougou, d’autres projets sont en cours à Bankass, Koro et Tominian », annonce Tidiani Keita en promettant qu’EDM poursuivra la politique des énergies renouvelables.

L. DIARRA

SOURCE: L’Essor
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