Migration : en quête d’El Dorado

L’Afrique de l’ouest est marquée par des dynamiques migratoires. Certains de ces Etats, dont le Mali, constituent des carrefours pour les migrants internationaux. En effet, les mouvements migratoires s’inscrivent dans l’histoire du Mali et jouent un rôle important dans la construction du pays. Pour une population estimée à près de 20 millions d’individus, plus de 4 millions sont établis à l’extérieur. Les candidats potentiels demeurent les jeunes, qui partent à la quête de meilleures conditions de vie.

 

Selon l’historique de la migration malienne, celle-ci aurait commencé depuis la période coloniale et elle a connu plusieurs transformations qui se divisent en trois vagues.

La première se situe entre 1960 à 1968. Cette phase est caractérisée par une certaine restriction de l’émigration par les autorités du régime socialiste du président Modibo Keïta. L’indépendance obtenue, des appels sont lancés aux Maliens afin qu’ils rentrent pour le bâtir la patrie et faire preuve de bonne citoyenneté. L’opposition à l’émigration est totale. Le changement de régime avec le coup d’État de 1968 va relancer le flux migratoire des Maliens vers l’extérieur du pays.

La seconde vague se situe donc entre 1968 à 1991, à la suite des effets conjugués de la sécheresse, de la pauvreté généralisée et de la répression politique du régime militaro-bureaucratique du président Moussa Traoré. Le chômage, qui frappait de plein fouet la jeunesse, notamment des diplômés, alimente l’émigration de nombreuses personnes parmi lesquels  des intellectuels mais aussi des jeunes ruraux sans qualification.

La dernière phase se situe de 1991 à nos jours. La révolution de mars 1991 a permis à l’émigration malienne de franchir une autre étape. Les migrants ont joué un rôle déterminant dans la démocratisation, avant et après la révolution. Ce qui leur a valu un nouveau statut par la création du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur et leur représentativité dans certaines institutions ou instances de décision.

Selon un recensement effectué récemment, plus de 4 millions de Maliens vivent à l’étranger. De nombreux facteurs entrent en ligne décompte sur les causes de la montée croissante des mouvements migratoires des jeunes maliens vers l’extérieur. La migration au Mali est essentiellement déclenchée par des pressions économiques et environnementales et par les incidences des récents conflits dans la région.

Le pays est l’un des plus pauvres au monde avec environ 45 % de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté national. Les niveaux de pauvreté sont particulièrement élevés dans les zones rurales d’où sont originaires la majorité des migrants. Pour ne rien arranger, avec le chômage grandissant, le Mali déverse annuellement sur le marché de l’emploi des milliers de diplômés. Par manque de moyens ou de relations, dans un pays gangréné par la corruption, la plupart n’ont d’autres recours que le chemin de l’aventure.

De plus, dans certaines localités la sécheresse et les conflits armés dans le nord et au centre du pays sont des facteurs majeurs de déplacement de masse. Les sécheresses qui sévissent ces dernières années ont régulièrement provoqué de vastes mouvements de population.

Et alors que l’économie du pays repose essentiellement sur l’agriculture, les changements Lima tiques et leurs effets environnementaux peuvent avoir de profondes répercussions sur les moyens de subsistance, en particulier dans les zones rurales.

En outre, les conflits armés qui ont éclaté dans le Nord du Mali en janvier 2012 et se sont étendus au Centre ont provoqué une crise migratoire d’une portée et d’une ampleur considérables, tant à l’intérieur des frontières qu’à l’extérieur.

Face au phénomène, une politique nationale en matière de population est élaborée par les autorités où le gouvernement opte pour une politique de pilotage et de régulation de la migration axée sur l’information et la sensibilisation des migrants ainsi que des candidats au départ sur les avantages et les inconvénients de la migration.

 

Aly Poudiougou

 Source : Le Témoin

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