Un bilan militaire prometteur, dans le sahel, quelques mois après Pau

Il y a 6 mois se tenait le Sommet de Pau dans une ambiance de doute et un moral au plus bas. Une série d’attaques très meurtrières sur les forces du G5 Sahel, et la mort de 13 soldats français, remettait en cause la légitimité de l’opération Barkhane. Destiné à confirmer l’action de la France tout en réformant les objectifs : Pau sembla avoir tenu ses promesses.

Le Sommet de Pau n’a pas modifié les objectifs de Barkhane. Cette dernière devant s’assurer de tenir le terrain face aux katibas djihadistes et accompagner les armées et Etat Sahélien vers l’autonomie afin de tenir en échec la stratégie subversive des terroristes représentés par l’Etat Islamique (EIGS) et Al Qaida (RVIM). Toutefois face à la fébrilité manifeste des armées sahéliennes, et aux djihadistes montant en puissance tant en qualité qu’en quantité, le Sommet de Pau déboucha sur une clarification de ses objectifs tant civils que militaires. Pour ces derniers ils comprenaient la concentration géographique des opérations, la montés en force des armée sahélienne et l’accroissement de l’investissement international (Task Force Takouba, la « Coalition pour le Sahel », etc.). La mise en place du recentrage stratégique compris, dans les mois qui suivirent, des modalités diverses mais tournées vers le même but : reprendre l’avantage.

Forces françaises et sahéliennes côtes à côtes vers la victoire…

Le trait le plus marquant de cette « réforme » permise par Pau est la consolidation du Partenariat Militaire Opérationnel (PMO). Ce dernier comporte trois volets. Le premier concerne l’amélioration des capacités d’Etat-Major de la Force Conjointe du G5 Sahel (FC-G5S). La mise en place de cet Etat-Major ces dernier mois à notablement fait progresser les capacités de fusion et de partage du renseignement au sein de la FC-G5S et surtout la coordination de cette dernière avec l’armée Française. Le second volet porte sur le combat, en accélérant, via la FC-G5S ou en unités nationales, le raccordement de troupes sahéliennes au sein des Sous-Groupements Tactiques Désert (SGTD) de Barkhane ou bien en autonomie (accompagnés éventuellement d’officiers de liaison). C’est ainsi qu’on a vu des unités maliennes ou nigérianes participer avec succès à des opérations majeurs (Monclar, Sama…). Le dernier volet concerne l’entrainement et l’amélioration des capacités de « Maintien en Condition Opérationnelle » (MCO – tout ce qui concerne l’entretien et la réparation du matériel et des véhicules ou des blindés). C’est peut-être ici que les progrès sont le plus visibles car l’armée française, ou bien la mission EUTM (Union Européenne) a su commencer à inculquer des techniques et des capacités de combat dignes d’armées moderne, quand bien même le chemin sera probablement encore long ! C’est ainsi qu’on a pu voir des troupes nigériennes demander, et coordonner, un appui aérien pour repousser avec succès (et avec les Mirages 2000) une attaque djihadiste ; ou bien observer les Guetteurs Aériens Tactiques Avancés (GATA) maliens conduire des frappes aériennes aux côté des troupes française. Ces capacités rentrent dans le domaine de l’« aéro-combat » pour reprendre le jargon militaire. C’est un marqueur réel d’efficacité pour une armée ! Enfin, on peut citer pêle-mêle des entrainements au sauvetage au combat ou bien la constitution de troupes versés spécifiquement dans le combat anti-terroriste (Unités Spéciales Antiterroristes-USAT). De son côté la France a augmenté son dispositif de 600 hommes pour lui faire avoisiner un total de 5000 combattants.

… et la victoire est au rendez-vous

Aujourd’hui, six mois après Pau, on peut noter des résultats positifs voire encourageants. La France a su assurer une meilleure coordination avec ses partenaires sahéliens et européens (Anglais, Danois, Estoniens…). La coalition pour le Sahel semble devenir une réalité. Toutefois c’est dans la rationalisation de sa stratégie que la France semble avoir opérer une conversion importante tout en y intégrant les armées sahéliennes, renforçant dés lors leur autonomie et leur expérience. A présent le dispositif Barkhane, la FC-G5Sahel et la Minusma imposent une pression très importante sur les Groupes Armés Terroristes (GAT). Ces derniers, biens qu’insaisissables, cachés ou fondus dans la population (via l’instrumentalisation de certaines ethnies), ont été soumis à un rythme effréné d’opérations et constamment surveillés (et neutralisé) par le vol des drones français (MQ9-Reaper). Dès lors, désorganisés dans leurs trafics (source importante de revenus), leurs réseaux logistiques et voyant leurs dépôts être saisis ou détruits perdent le terrain qu’ils avaient pu gagner il y a quelques mois. Si ces derniers avaient pu prendre un temps l’initiative il y a quelques mois, il n’en demeure pas moins qu’ils ne disposent pas des capacités de renseignements d’un état et doivent donc cibler leurs objectifs en fonction des opportunités. En leur imposant leur rythme et en concentrant leurs forces, les armées combinées de la France et du Sahel ont su leur dénier leur ancien avantage de surprise et d’initiative.

En définitive il ne s’agit pas de brosser un portrait onirique de la situation qui reste tendue. Et qui le demeurera tant que les Etats Sahéliens n’auront pas totalement repris en main l’administration et la gestion économique et sociale de leur territoire. Par ailleurs l’autonomisation effective des forces du G5 reste encore lointaine. Oui la guerre n’est pas gagnée, loin s’en faut, mais les succès engrangés, le moral renouvelé et l’inversion du rapport de force en faveur des coalisés laissent penser que la direction prise est la bonne, et plaide pour la poursuite, voire plus encore, des dispositions prises en janvier 2020 à Pau.

 

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