Situation explosive à la Gendarmerie de Ouélessébougou samedi dernier : Quand la non réaction de la Gendarmerie provoque la colère de la population

A la suite d’un énième braquage de forains sur la Route Nationale reliant la ville touristique de Sélingué à Ouéléssébougou, la tension est montée d’un cran dans la nuit du samedi 29 août au dimanche 30 août 2015.

agent securite gendarmerie nationale armee soldat militaire cortege presidentiel garde corps motardQu’est ce qui explique donc cette brusque montée d’adrénaline? A Ouélessébougou, où nous nous sommes rendus tôt le dimanche 30 août et le lendemain 31 août, on l’explique par le manque de célérité de la Brigade Territoriale de Gendarmerie de Ouélessébougou, depuis un certain temps, lorsqu’il s’agit de se lancer à la poursuite de bandits braqueurs qui ont fait de la zone un territoire conquis. 

A titre d’exemple, il y a un peu plus d’un mois, des braqueurs avaient déjà opéré sur le même tronçon, et exactement au même endroit, sans être inquiétés. L’attaque de samedi ne pouvait qu’être celle de trop, d’autant que, cette fois-ci, il y avait beaucoup de commerçants de Ouélessébougou, dont certains sont très connus.

Ceux que nous avons approchés chargent à l’unanimité la Gendarmerie, qui brille par son absence ou son éternel retard sur les lieux de braquages. C’est le cas du jeune Amadou Traoré, qui dit avoir perdu 1 700 000 FCFA dans l’affaire. «Le samedi 29 août, alors qu’on revenait de Sélingué, entre Sounsoukoro et Tenkélen, nous avons vu un véhicule 4X4 immobilisé, donnant des signes de détresse.

Dans un premier temps, nous avions pensé qu’il y avait eu un accident. A notre grande surprise, quand nous sommes arrivés, nous avons compris que c’étaient des braqueurs. Immédiatement, ils nous ont obligés à nous mettre à plat ventre. L’un d’entre eux est venu vers moi pour me demander de sortir mon argent. Quand j’ai voulu résister, il m’a donné un coup de crosse de fusil. C’est alors que j’ai cédé.

J’avais sur moi 1 700 000 FCFA. Nous avons fait appel à la Gendarmerie, notamment au CB Dah Diarra. Il nous a fait savoir qu’il avait deux éléments en patrouille au niveau de Tenkélen. Après, on l’a cherché en vain au téléphone», explique notre interlocuteur.

Concernant l’identité des braqueurs, notre interlocuteur précisera qu’ils portaient des uniformes et portaient des fusils d’assaut. Le témoignage d’une autre victime, non moins célèbre commerçant de Ouélessébougou, Adama Soumaoro dit Nafing Tiémoko, blessé d’ailleurs à la tête, vont exactement dans le même sens que celui d’Adama Traoré. Dans son récit, il déplore aussi le manque de promptitude de la Gendarmerie et soutient qu’ils ont été dépouillés de tout.

«J’avais sur moi plus de 10 millions de FCFA. Quand ils ont pris mon argent, celui qui me braquait s’est un peu éloigné. C’est à ce moment que j’ai pris la fuite pour aller à Sousounkoro. La Gendarmerie n’était pas encore arrivée. Pourtant, le CB avait bien été appelé, par mes soins et par le conducteur de camion de 10 tonnes qui avait pu s’échapper en forçant le barrage érigé sur la route» a déclaré ce commerçant, qui précise au passage que cela devait être des gens qui le connaissent bien, puisqu’il a été appelé par son nom par les braqueurs.

C’en était donc trop pour cette population, qui se sent depuis un bon moment abandonnée à son triste sort. C’était aussi le braquage de trop. En effet, depuis 2013, cette zone connait un regain d’insécurité, ayant même occasionné 2 morts, et, à chaque fois, la Gendarmerie brille par son inefficacité.

D’où cet attroupement devant la Brigade, qui va dégénérer, avec un bilan très lourd: deux véhicules personnels, celui du Commandant de Brigade et celui du MDL Chef Samba Kéïta ont été brûlés, quatre ordinateurs, dont un portable, ont disparu, la radio de transmission, un téléviseur et un congélateur ont été entièrement détruits et des dégâts matériels aux locaux de la Brigade Territoriale offrent un spectacle désolant.

Du côté de la Gendarmerie, on réfute les accusations. Le Commandant de Brigade (CB), Dah Diarra, que nous avons joint, a d’abord tenté de nous imposer sa version. «Je vais vous donner la vraie version de ce qui s’est passé» nous a-t-il déclaré. Nous lui avons renvoyé l’ascenseur, en rétorquant que c’était simplement sa version. «Non! la vraie version», poursuivra-t-il, avant d’expliquer que ses élément étaient sur le terrain, qu’il y avait eu un échange de tirs entre les bandits et eux et qu’il y avait même un témoin venu de Bamako qui soutient dans son audition que la Gendarmerie a réagi.

 Dah Diarra précise que, dans la précipitation, il s’est même rendu sur le lieu du braquage en abandonnant sa voiture, avec sa clé dessus, devant la Gendarmerie. Les arguments développés par le CB sont balayés d’un revers de main par des habitants du village de Sounsoukoro, à un kilomètre du lieu du braquage. Ceux-ci expliquent qu’ils n’ont entendu aucun crépitement d’armes.

Parlant de la responsabilité des dégâts à la Brigade, on peut dire que la crise politique à Ouélessébougou est en train de s’inviter dans la situation, puisqu’avant même la conclusion des enquêtes certains voudraient en imputer la responsabilité au député Bourama Tidiane Traoré, dont la tête est mise à prix en cette veille d’élections communales.

Pourtant, c’est lui qui a été le premier à alerter la Direction Générale de la Gendarmerie, selon le récit qu’il nous a livré. A ce niveau, explique-t-il, il lui a été demandé de se rendre à la Gendarmerie de Ouélessébougou avant tout déplacement sur le lieu du braquage.

«C’est comme ça que je me suis retrouvé devant la Brigade. Déjà, il y avait énormément de monde. Je ne pourrai jamais inciter les gens à détruire leur pays. Je n’ai fait que construire, durant toute ma vie. Cela est facilement vérifiable» précise l’Honorable Bourama Tidiane Traoré, avant d’ajouter qu’il regrettait ce qui s’est passé. A suivre.

Yaya Samaké 

Source: 22 Septembre

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