Situation à Kidal : Le Gatia et la CMA pactisent pour gérer la ville

L’accord d’Anefis fait acte de document principal pour la sortie de crise. Les groupes armés (Gatia et CMA) jureront-ils désormais que sur l’accord d’Anefis signé le 16 octobre 2015 ? Tout porte à le croire, tant le contenu du communiqué conjoint Plateforme/CMA, en date du 06 février à Kidal, est sans équivoque.

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Suite à l’irruption d’éléments lourdement armés de la Plateforme le 02 février 2016 dans la ville de Kidal, les représentants des deux groupes armés (Gatia et CMA) se sont réunis, le 06 février 2016 à Kidal, bien entendu, sans une fois de plus, l’Etat malien. La rencontre qui a permis d’éviter le pire, a accouché d’un communiqué conjoint Plateforme/Cma qui soulève interrogations et inquiétudes.  Le Gatia et la CMA qui se sont affrontés dans plusieurs localités du grand nord, ont semble t-il, depuis la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation, décidé de faire la paix entre eux. Cela s’est traduit sur le terrain, par le silence des armes et l’organisation de patrouilles mixtes. Après la rencontre historique d’Anefis, localité au sud de Kidal, celle de Kidal du 06 février, est un autre grand pas vers la paix entre les deux ennemis jurés. El Hadji Gamou et ses hommes dans les rues de Kidal, qui l’aurait cru !

Réelle avancée pour la paix et la réconciliation ou, doit-on craindre cette réunification des frères ennemis de la capitale de l’Adrar des Ifoghass ?

De toute évidence, les partisans de la paix y croient, mais les plus sceptiques ne cachent pas leur pessimisme à la lecture de ce communiqué conjoint Plateforme/CMA. Et cela pour plusieurs raisons. La première, c’est l’absence totale de l’Etat du Mali à ces dites rencontres et dans ces localités qui échappent totalement à l’autorité centrale. Deuxièmement, les deux groupes s’entendent pour gérer la ville de Kidal et n’évoquent aucune disposition pour le retour de l’autorité légitime sur le terrain. Troisièmement, le point 6 du communiqué conjoint Plateforme/CMA du 06 février 2016 est à couper le sommeil à une marmotte. Jugez-en vous-mêmes : « Les deux parties réaffirment leur indéfectible attachement à l’Accord d’Anefis qui est, aujourd’hui, le principal accord, gage d’un retour à une paix et à une stabilité durables », peut-on lire. Et comme pour réaffirmer tout leur attachement à cet accord d’Anefis, les deux parties, au point 4 du communiqué disent ceci : « Partout où les deux parties sont conjointement présentes, elles travailleront collégialement pour renforcer d’avantage le processus de paix enclenché depuisla rencontre historique d’Anefis ». C’est donc clair, l’accord d’Anefis est le principal accord, gage d’un retour à une paix et à stabilité durables.

Que dit cet accord d’Anefis ?

Les groupes armés avaient décidé d’enterrer la hache de guerre, à travers la signature d’un pacte d’honneur de cessez-le-feu  et de paix. Et cela, après une série de tractations tribales qui a duré presqu’un mois (du 27 septembre au 16 octobre 2015).

Ledit accord prévoyait la cessation des hostilités, la mise en place de neuf commissions intercommunautaires, l’élaboration de la feuille de route, la mise en place d’une commission militaire pour les arrangements sécuritaires et la libre circulation des personnes et des biens, la mise en place d’une commission politique pour le suivi des tâches programmées dans la feuille de route, la mise en place d’une commission d’organisation pour les caravanes de sensibilisation et d’information dans toutes les régions du Nord et enfin la mise en place d’une commission d’organisation de la cérémonie finale à Kidal. Pourquoi, cet accord qui a été signé en l’absence de l’Etat du Mali est si cher aux groupes armés comme la prunelle de leurs yeux ? Quels objectifs vise t-il au point de surclasser l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, signé à Bamako ? Que vaut donc l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger ? Voilà autant d’interrogations qui taraudent l’esprit des Maliens et dont les plus hautes autorités doivent prendre la pleine mesure.

  Daouda T. Konaté          

 

Source : Le Challenger

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