Série d’attentats : L’armée est-elle vraiment prête, M. le Président ?

Ces dernières semaines ont été marquées par une série d’attentats un peu partout au Mali : les forces armées et de sécurité ainsi que des civils en ont payé un lourd tribut. On ne cessera de prier pour le repos de l’âme des victimes et de rendre hommage aux valeureux combattants qui risquent au quotidien leur vie en voulant assurer la sécurité des autres. Ceci dit, on ne saurait ignorer une question lancinante, à savoir : Qu’attendent les autorités pour doter les forces armées et de sécurité d’équipements adéquats ?

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Précisément on a du mal à comprendre que malgré la situation ambiante, on ne parle jamais d’hélicoptères de combat mis à la disposition des combattants qui leur permettraient de rallier en temps réel les sites de combat et de poursuivre éventuellement les terroristes. Là est la vraie question, non pas dans les formules creuses de «condamnation» des actes terroristes, devenue un triste et inutile refrain.

Par ailleurs, sans offenser les chefs militaires, la façon dont certains attentats ont été commis ces derniers temps laisse penser que les militaires en poste ont pu être surpris par les attaques terroristes. C’est d’ailleurs ce que laisse sous-entendre un passage des propos du président IBK lors de sa visite à des blessés lorsqu’il demande, en substance, aux chefs militaires de veiller au contrôle de leurs troupes avant d’ajouter que ‘’l’armée est prête’’.

Difficile de comprendre, qu’après maintenant plusieurs années de guerre, des camps militaires se laissent surprendre encore par des attaques terroristes. Sur un autre plan, il est difficile de comprendre l’apport de la France et de la Minusma dans la lutte contre le terrorisme. La France, tout comme la Minusma, s’était dans un premier temps engagée à combattre le terrorisme aux côtés de nos forces armées. À défaut d’aider nos forces armées à reconquérir l’ensemble du territoire, Kidal précisément.

La multiplication des attentats, ces derniers temps, montre que la lutte contre le terrorisme n’est pas leur priorité. À moins qu’il n’y ait une priorisation des actes de terrorisme. Le cas de la France est difficilement compréhensible, elle qui a contraint notre pays à signer l’Accord de paix en invoquant notamment la nécessité de faire face à une plus grande menace : le terrorisme. Aussi, dans les circonstances actuelles, et comme toujours d’ailleurs, il est difficile de dissocier les uns des autres. Comme l’atteste d’ailleurs la recrudescence des attaques même après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

Quant à la Minusma, sa non implication dans la lutte contre le terrorisme est un échec de la diplomatie malienne. Celle-ci aurait dû exiger cela comme une condition de la prolongation du mandat de la mission. Au lieu de cela, la Minusma se la coule douce, se contentant d’assurer le suivi de la mise en œuvre de l’Accord. Un suivi qui, déjà, bat de l’aile rien que dans la mise en place du Comité de suivi. En somme, par rapport à la lutte contre le terrorisme, la Minusma n’est finalement présente que pour ‘’ condamner’’ les attaques et autres actes répréhensibles. Sommes-nous en sécurité à Bamako ? La réponse est non.

Par exemple, un kamikaze a toute la latitude d’entrer pratiquement où il voudrait et de commettre son forfait. Il suffit de prendre l’exemple sur quelques endroits vitaux pour se rendre compte de la légèreté avec laquelle ils sont gardés. Que ce soit la cité ministérielle où se trouve presque tout le gouvernement, les sites et infrastructures stratégiques (ponts, barrages, stations de pompage d’eau, dépôts de carburant) ou encore les camps militaires (Base aérienne et autres) on y entre et sort sans grand peine. Sur les axes routiers, il n’y a aucun contrôle rigoureux, les agents plutôt préoccupés par le bakchich qu’ils pourraient soutirer aux pauvres passagers, parfois parce qu’ils n’ont pas de carte d’identité. Une pièce que les autorités elles-mêmes n’arrivent pas à mettre à disposition. Faudrait-il attendre qu’il y ait encore de nombreuses victimes pour prendre de véritables mesures sécuritaires ? Nous pensons qu’il est grand temps (mieux vaut tard que jamais) qu’on se départe de cette légèreté qui nous caractérise tous finalement : tout le monde fait semblant. Comme disait à juste titre une tête bien pensante : «L’Etat fait semblant de payer des salaires, les fonctionnaires font semblant de travailler». Le propos n’est que plus vrai aujourd’hui quoique prononcé depuis le régime du général Moussa Traoré.

Quid du voile intégral ?

Et puisqu’on parle de sécurité, il ne doit plus y avoir de questions-tabou. C’est pourquoi, comme cela a commencé dans certains pays, à défaut d’interdire l’usage du voile intégral, il importe d’ores et déjà de poser le problème, de débattre de la question. Car, il ne faut pas se voiler la face, le pays est devenu une cible privilégiée, la proie des Jihadistes et des extrémistes de tous bords. Alors, si l’on ne prend pas maintenant le taureau par les cornes, le réveil risque d’être brutal. Le ‘’ réveil’’, car nous ne donnons pas encore l’impression d’avoir tiré les enseignements de ce qui nous arrive depuis janvier 2012.

Et les radios privées satellites des jihadistes ?

Là aussi, il faut en parler, car cela existe aussi. Il suffit de suivre les discours tenus sur certaines stations privées de la capitale pour se rendre compte de leur obédience extrémiste. Des animateurs culotés ne se gênent même pas à promouvoir le jihad, le justifiant comme un précepte du Saint Coran. Ils essaient de passer par des tournures, des subtilités, se croyant plus malins que les autres. Mais le message est fondamentalement le même : c’est un soutien sans équivoque aux extrémistes islamistes. On se souvient encore qu’en pleine occupation du Nord, certaines radios de la place offraient leurs antennes aux terroristes. Au nom de la liberté d’expression. Une liberté d’expression qui pourrait nous perdre tous. Vivement donc l’avènement de la Haute Autorité de la Communication(HAC) qui vient de voir le jour et qui devra s’assumer en la matière.

La REDACTION

source : Le Point

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