Sécurité et sûreté maritimes : L’AFRIQUE SE DOTE D’UNE CHARTE

Elle permettra aux pays du continent de mutualiser leurs instruments juridiques et de renforcer leurs moyens de contrôle et de surveillance sur leurs espaces maritimes, tout en favorisant la pleine exploitation des ressources maritimes

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Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine réunis samedi dernier à Lomé ont signé la Charte africaine sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement. Le texte a été lu par le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou N’Guesso. Une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement africains, dont le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, ont pris part au sommet extraordinaire,  dont les travaux ont eu lieu à l’hôtel Radisson Blu 2 Février de Lomé.
La délégation du président Ibrahim Boubacar Keïta comprenait trois ministres : Mme Traoré Seynabou Diop (Equipement, Transports et Désenclavement), le général Salif Traoré (Sécurité et Protection civile), Hamadou Konaté (Solidarité et Action humanitaire).
La délégation présidentielle a pris ses quartiers à l’hôtel Radisson Blu 2 Février, où le président de la République a reçu le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian. Rien n’a filtré de cet entretien, mais, l’on peut aisément deviner que les deux personnalités ont évoqué la question sécuritaire au Sahel en général, et au Mali en particulier, notamment dans la partie septentrionale de notre pays.
A Lomé, il  a donc été question de sécurité et de sûreté maritimes sur les mers et les océans et de développement. Le citoyen ordinaire pourrait s’étonner du fait que le Mali qui n’a pas de débouché maritime soit présent à ce rendez-vous africain. En fait, il faut comprendre que les pays de l’hinterland de la sous-région (Burkina Faso, Mali, Niger) n’ont certes pas de débouchés maritimes, mais importent ou exportent toutes leurs marchandises à travers les différents ports ouest-africains. Or, il se trouve que le trafic maritime est soumis à plusieurs types de menaces qui entravent les échanges commerciaux à l’échelle du continent et avec d’autres parties du monde.
Ainsi, la présidente de la Commission de l’Union africaine, Dr NKosazana Dlamini Zuma a reconnu que l’espace maritime est un bien commun à tous pour le commerce et la sécurité. La sécurité dans le secteur est très importante étant donné que c’est par la mer que se font plusieurs échanges commerciaux. Il y a des criminels et des pirates qui utilisent malheureusement les océans à des fins et des trafics illicites, notamment le commerce de la drogue, des armes et le trafic humain. D’où l’urgence d’avoir une stratégie commune pour protéger nos mers et océans, a-t-elle souligné.
Quelques chiffres permettent de comprendre l’enjeu et de cerner le phénomène et la nécessité de protéger les mers et les océans en les rendant plus sûrs et sécurisés. En effet, selon les spécialistes, l’eau représente 70% de la superficie du monde, mais seulement 0,6% de cette partie est protégée, 60% de la population mondiale vit près de la mer, 90% des échanges internationaux et 65% de l’approvisionnement énergétique sont transportés par la mer.
Par ailleurs, 50% de l’oxygène que nous respirons proviennent des océans, 1/5 des attaques pirates se passent dans le Golfe de Guinée, 90% des importations et exportations en Afrique transitent par la mer. Notre pays est concerné à plus d’un titre par ces menaces qui pèsent sur les échanges commerciaux, car la quasi-totalité de  nos exportations et importations transitent par les ports maritimes de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, qui représentent plus de 80% de nos activités.  Les autres ports que nous utilisons dans une moindre mesure sont ceux de Conakry, Nouakchott, Lomé, Cotonou et Téma.

La ratification en ligne de mire. Selon les initiateurs de la conférence de Lomé, le continent africain est confronté à l’insécurité en mer, les espaces maritimes et les côtes étant  devenus le théâtre d’une recrudescence d’activités illicites qui constituent une menace tant pour la sécurité des populations que pour le développement des Etats. Les actes de piraterie, de pêche illicite, de trafics de drogues, d’êtres humains et d’armes sont des crimes commis par des organisations mafieuses. L’Afrique doit donc assumer sa part de responsabilité face à de telles menaces afin de sécuriser les mers et les océans qui l’entourent et qui sont de véritables vecteurs de développement. Les mers et les océans sont des espaces privilégiés de création de richesses grâce à la diversité des activités génératrices de revenus qu’ils engendrent et favorisent la promotion des flux commerciaux internationaux.
La Charte de Lomé permettra aux pays africains de mutualiser leurs instruments juridiques et de renforcer leurs moyens de contrôle et de surveillance sur leurs espaces maritimes, tout en favorisant  la pleine exploitation des ressources maritimes, facteurs déterminants de l’éclosion de l’économie bleue, source innovante de prospérité partagée.
Le président togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, a expliqué qu’aux termes de la Stratégie maritime intégrée de l’Afrique à l’horizon 2050, de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et des Objectifs de développement durable des Nations unies, les Etats africains se trouvent face à un impératif de traduire les engagements souscrits en résultats concrets dans le cadre d’actions collectives, courageuses et pleinement assumées.
Le président en exercice de l’Union africaine, le chef de l’Etat tchadien, Idriss Deby Itno, a félicité ses pairs pour la signature et les a invités à accélérer sa ratification. Il a exhorté ses homologues à s’engager pour enrichir et améliorer le texte et invité les Africains à n’abandonner sous aucun prétexte, notre espace maritime à des terroristes, brigands et autres trafiquants criminels faisant de ces endroits un lieu de prédation et d’insécurité.

M. COULIBALY

Source : Essor

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