Rapport de la MINUSMA sur les événements de mai 2014 à Kidal : Le MNLA et alliés ont « délibérément et sommairement exécuté » des civils

En exclusivité,Maliweb.info s’est procuré le rapport de la division des droits de l’homme de la MINUSMA sur les événements de mai 2014 à Kidal. L’enquête établit que les éléments rebelles ont « délibérément et sommairement exécuté » les administrateurs et d’autres civils qui se trouvaient dans le Gouvernorat de la région. Les événements tragiques de mai 2014 n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Mais d’ores et déjà, le mystère est levé sur quelques responsabilités. Les mouvements regroupés aujourd’hui au sein de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) ont commis de graves violations des droits de l’homme lors de ces événements.

 pm moussa mara chef gouvernement premier ministre parti yelema visite nord mali kidal tombouctou gao« Parmi les violations et abus commis – conjointement ou isolément – par le MNLA, le HCUA et le MAA figurent les exécutions sommaires de huit civils, dont six membres de l’administration malienne, le recrutement et l’utilisation d’enfants, des arrestations et détentions illégales, des traitements cruels, inhumains ou dégradants et des vols et destruction de bien », indique le rapport. 

Par ailleurs, l’armée est également accablée d’avoir usé d’armes lourdes de façon disproportionnée et indiscriminée dans la ville de Kidal en direction de zones habitées par des civils.

« En utilisant des armes qui dans une zone urbaine sont de nature à frapper indistinctement des objectifs militaires et des civils, ainsi que leurs biens, les FAMa ont commis une attaque sans discrimination, contraire au principe de distinction ».

Pour rappel, il s’agit des incidents et affrontements survenus entre le 16 et le 21 mai 2014 à l’occasion de la visite controversée du premier ministre de l’époque, Moussa Mara, à Kidal. Plus d’un an après les faits, la MINUSMA regrette dans le rapport que « quasiment aucune mesure n’a été prise ou rendue publique par les autorités maliennes et les groupes armés pour identifier les auteurs de ces violations et abus et les tenir responsables de leurs actes ».

Les faits

Le premier ministre devait se rendre à Kidal le 16 mai 2014. Mais une manifestation ayant regroupé environ 200 personnes composées essentiellement de femmes et d’enfants sympathisants du MNLA a forcé le report de sa venue au lendemain.

Une visite déconseillée par la MINUSMA.

« En raison des tensions existantes, la MINUSMA avait conseillé au premier ministre de ne pas se rendre à Kidal, avant que le gouvernement ait envoyé une mission technique de préparation », note-t-on dans le rapport.

Déterminé, Moussa Mara a maintenu sa visite, et a pu, effectivement mais difficilement, atterrir à Kidal, le 17 mai aux environs de midi en compagnie de quatre ministres. La délégation ministérielle a pu s’entretenir avec les administrateurs de l’Etat au Gouvernorat de la région.

Mais après départ du premier ministre, des ministres et du Chef d’Etat major général des armées, des combats violents ont opposé les rebelles et les militaires restés pour protéger le Gouvernorat dans lequel se trouvaient les administrateurs et d’autres civils.

Les affrontements se solderont par la défaite et la retraite des soldats maliens qui abandonnèrent les civils sur place. Les combattants rebelles investiront ensuite les lieux. Et c’est là que le massacre commence.

Les crimes odieux du MNLA contre des civils

Selon le MNLA, les fonctionnaires retrouvés morts au Gouvernorat ont été tous tués lors des combats avec l’armée. L’enquête est sans équivoque à ce sujet.

Les témoignages recueillis par la division des droits de l’homme de la MINUSMA décrivent des scènes qui font froid dans le dos. Les assaillants, une fois pénétrés dans l’enceinte du Gouvernorat tiraient vraisemblablement sur tout se bouge Ainsi, affirment les témoins, ils ont de sang-froid tiré sur trois personnes alors que celles-ci essayaient de s’échapper, criblé de trois balles dans le dos une autre qui tentait de trouver refuge dans un bureau…

« Un sous-préfet était assis devant une porte lorsqu’un des hommes armés – clairement mineur, selon ses propos – s’est approché de lui. Le garçon a d’abord tiré sur son pied droit. Alors qu’il tentait de se réfugier dans l’un des bureaux, le garçon a tiré une autre balle qui l’a touché au flanc droit, avant de partir ».

Il est par ailleurs établi que les rebelles ont également tiré à bout portant sur trois préfets, un sous-préfets, un secrétaire et un préfet adjoint, habillés en tenue officielle, qui étaient couchés sur le sol. Quatre seront tués. Le corps d’un autre préfet sera retrouvé plus tard.

« Malgré le déplacement des corps et au vol et destruction du mobilier par la CMA, l’équipe d’enquête a constaté des traces de sang au sol (aucune sur les murs) et cinq impacts de balles au sol, tirées vers le bas et de portée courte. Ces éléments semblent corroborer les déclarations des survivants selon lesquelles les victimes étaient bien couchées au moment où elles ont été tuées ou blessées ».

Au total, l’enquête révèle qu’au cours de l’assaut, huit civils ont été tués, dont six membres du personnel administratif, et cinq ont été grièvement blessés. A noter que le rapport précise également qu’aucune des victimes n’était armée, ni ne présentait une menace directe ou indirecte pour les rebelles.

« Les assaillants ont donc délibérément et sommairement exécuté quatre des victimes (les victimes se trouvant dans le salon du gouverneur) ou ont ciblé des civils ou personnes ne participant pas aux hostilités (les victimes tentant de s’enfuir du Gouvernorat), en violation du principe de distinction », tranche le rapport.

Possible participation de djihadistes

Il faut rappeler qu’au moment des faits, le MAA a, dans un communiqué, indiqué que ses combattants n’ont pas participé à l’attaque du Gouvernorat. Le HCUA réfutera aussi sa participation lors de l’enquête de la division des droits de l’homme de la MINUSMA.

Le MNLA aurait-il agi seul ? Rien n’est moins sûr. D’autant plus que des témoignages recueillis par les enquêteurs laissent entrevoir que des terroristes auraient participé à l’opération.

« Je pense que les assaillants étaient issus de plusieurs groupes armés car ils avaient des drapeaux noirs avec des écritures saintes et des drapeaux blancs avec un carré contenant des écritures saintes…Aussi ce qui m’a étonné était que certains avaient de longues barbes, portaient un gilet et ressemblaient à des djihadistes » (propos d’un des trois témoins qui ont évoqué la possible présence de terroristes).

Suite à la prise du Gouvernorat par les rebelles, l’armée malienne lança le 21 mai 2014 une offensive en vue de récupérer les positions perdues. Mais très vite, elle sera défaite. Au moins 26 soldats sont morts à cette occasion, selon le rapport d’enquête de la division des droits de l’homme de la MINUSMA.

Comme explication à cette cinglante débâcle de l’armée, il a été rapporté dans la presse que des terroristes auraient participé dans les combats aux cotés des mouvements de la CMA.

La thèse que défend la MINUSMA dans le rapport est plutôt la suivante : « Cette victoire rapide des groupes armés pourrait peut-être s’expliquer par le nombre important d’éléments du MNLA, HCUA et MAA qui se trouvaient alors en ville pour assister au congrès de l’Azawad ».

 

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