Radicalisation des jeunes : la rédemption est-elle possible ?

Les attentats terroristes, qu’ils se produisent en France, ou dans la sous-région ouest-africaine, révèlent un phénomène inquiétant : ce sont de jeunes voire très jeunes gens qui en sont les auteurs.

jihadistes senegalais combattant libyen etat islamique

Hama Cissé, comptable à la retraite, est un ancien élu de Ténenkou, dans la région de Mopti, une localité qu’il a dirigée pendant 10 ans (1999-2009). Lorsqu’elle est tombée sous le joug djihadiste pendant l’occupation des régions du nord en 2012, c’est donc avec désolation qu’il a vu les fils du terroir s’enrôler dans les mouvements islamistes. Une fois la ville libérée, « certains sont revenus, ils sont rentrés dans leurs familles. On les connait, et comme ils n’ont pas commis d’exactions, personne ne leur dit rien », explique-t-il. Les autres, ceux qui ont définitivement tourné le dos à leur communauté, « il n’est pas question de les laisser se perdre ». C’est fort de cette conviction qu’avec d’autres personnalités de la région de Mopti, élus, religieux, leaders communautaires, dont il « préfère ne pas citer les noms pour des raisons de sécurité », qu’il a entrepris il y a des mois de ramener « ceux qui ont regretté et qui veulent revenir ». Première victoire pour cette initiative : 200 jeunes radicalisés, la plupart affiliés au Mouvement de libération du Macina d’Amadou Kouffa, ont accepté de déposer les armes et de saisir l’opportunité de réinsertion qui leur était ainsi offerte.
La radicalisation est en général perçue comme une forme de compensation sociale et affective, qui émerge en réaction à une violence subie ou perçue comme telle. Dans le cas de l’islamisme, elle se lit comme une forme aboutie d’engagement violent, sur fond de frustration économique, sociale ou politique. Dans ce contexte, le discours religieux devient fortement intégrateur, articulé autour de valeurs et de références communes, absolues. Loin d’être circonscrit au Mali, ce phénomène y a ses spécificités et, selon Brema Ely Dicko, socio-anthroplogue, il convient de faire la part des choses. « La plupart des jeunes dits radicalisés au Mali ne sont pas dans la même logique que les jeunes Occidentaux qui partent de chez eux pour faire le djihad en Syrie ou en Irak. Ce sont surtout les considérations économiques qui poussent nos jeunes dans les rangs des mouvements armés. À l’arrivée du MUJAO par exemple, les jeunes se sont fait embaucher pour 100 000 à 150 000 francs CFA. Parce qu’ils n’avaient pas d’autres alternatives ». Quant à Hama Cissé, il affirme que « celui qui prend les armes, quelque soit sa motivation, est un rebelle », et ne veut pas faire de distinctions entre ceux qui rejoignent les groupes islamistes par conviction et ceux qui y vont pour l’argent, ni même ceux qui ont, à un moment donné, trempé dans les trafics. Sans oublier ceux qui ont été enrôlés de force, parfois à un très jeune âge, et qui ont grandi en maniant les armes. Ce sont « nos enfants. S’ils veulent revenir, on les accueille, il faut leur parler, leur donner des idées».

machine arrière, « pour la paix ».
Comprendre et agir

Le mouvement Sabati 2012, regroupement d’associations musulmanes et de la société civile, s’est lui aussi investi dans le combat contre le radicalisme religieux. Il a organisé un colloque national sur le sujet à Bamako, du 27 au 29 février 2016. L’objectif de la rencontre, qui a bénéficié du soutien du ministère des Affaires religieuses et du Culte, était de déterminer les causes de ce phénomène et de dégager les pistes pour qu’au sein même de la structure religieuse, des actions soient entreprises pour le combattre. Moussa Boubacar Bah, président de Sabati 2012, assurait à cette occasion que les lieux de culte religieux ont toujours servi de rempart contre le radicalisme religieux armé. Pour l’imam Dicko, également intervenant lors du colloque, « le radicalisme intervient quand il y a une crise de confiance entre les gens ». La question de la gouvernance est en effet au cœur des causes du phénomène, qu’il touche les jeunes ou les moins jeunes. « Les jeunes ont une dent contre l’État. Beaucoup d’entre eux n’ont pas de perspectives, que ce soit les citadins ou ceux vivant dans les campagnes. Ils sont donc vulnérables face à certains discours, et surtout les plus extrémistes », explique Brema Ely Dicko. Selon lui, la radicalisation, plus ancienne qu’on ne le pense, remonterait aux années 80, quand les difficultés économiques se sont accrues. Incapable de faire face aux besoins des populations, L’État a laissé le champ libre à différents acteurs, dont les ONG islamistes, ou même des groupes armés tels que le GSPC devenu AQMI, qui ont mené des actions humanitaires à l’endroit des plus fragiles. Des dons qui s’accompagnaient le plus souvent d’invitation à pratiquer un islam plus rigoriste. Ceci ne correspond pas tout à fait au cas malien, nuance-t-on au ministère des Affaires religieuses et du Culte. « Les jeunes qui commettent des actes terroristes ne sont pas des Maliens, car notre islam ne s’accommode pas de pratiques violentes, il est tolérant », soutient le ministre Diallo. AQMI en revendiquant les attentats à l’hôtel Radisson Blu à Bamako avait pourtant bien présenté les deux jeunes assaillants comme des Maliens.

L’éducation comme solution

Aucun chiffre n’étant disponible sur le nombre de jeunes maliens membres des groupes armés, il est difficile d’appréhender l’ampleur de la tâche. « Ces jeunes sont connus, au moins par les familles, les communautés. Ce sont à elles, à nous les parents de nous engager pour qu’ils sortent de ce piège. Toutes les bonnes volontés doivent participer à ce combat », explique encore M. Cissé. Cette démarche pédagogique est la voie choisie également par les autorités à travers le ministère des Affaires religieuses. La formation des leaders religieux et surtout des imams, est déjà une priorité, « car le problème vient de l’interprétation des textes ». L’autre piste pour freiner le phénomène est l’enseignement de la religion dès l’école fondamentale, afin d’ancrer les valeurs de tolérance et de paix dans les esprits les plus jeunes. La solution serait donc dans le dialogue, la sensibilisation et non la coercition, comme on le voit dans certains pays, européens notamment, où les postulants au djihad sont arrêtés et incarcérés. « Il faut offrir des perspectives à ces jeunes. L’accord de paix nous donne une bonne base pour notre argumentaire quand nous les rencontrons. Il contient des raisons pour ces jeunes de croire en leur pays, en leur région, et de comprendre que la solution ne se trouve pas dans les armes. Ainsi, s’il y a intégration ou d’autres projets, ils savent qu’ils vont avoir du travail, c’est tout ce qu’ils demandent », conclut Hama Cissé. Qui ajoute que pour le moment, « on travaille discrètement, on rencontre les jeunes, dont certains sont en brousse, vers la frontière mauritanienne, en ville, dans la région de Mopti ». Il en appelle à l’État qui doit protéger ceux qui ont accepté de faire

Par Célia d’ALMEIDA

Source: Autre presse

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