Pourparlers d’Alger III : LES PARTIES VONT PASSER AU CRIBLE LA SYNTHÈSE DE LA MÉDIATION

Les différents protagonistes ont quelques semaines pour examiner les propositions des médiateurs et s’accorder sur le contenu d’un préaccord   

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Les travaux des pourparlers d’Alger III qui se sont achevés hier ont permis à l’équipe de la médiation de partager avec les protagonistes (gouvernement et groupes armés) le document de synthèse qu’elle a élaboré et qui s’intitule « Les éléments de propositions pour un accord de paix ». Le document ayant été soumis uniquement à l’appréciation des parties, son contenu reste encore un secret pour les nombreux journalistes qui ont couvert la rencontre.

Dans une interview donnée aux envoyés spéciaux de l’Essor, de l’ORTM et de Tamani Studio, le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale, chef de la délégation gouvernementale, a déclaré que le document de la médiation représentait la synthèse des propositions qui ont été faites par les différents protagonistes. A savoir le gouvernement malien, la Coordination des mouvements de l’Azawad (MNLA, HCUA, MAA tendance radicale) et les Mouvements signataires de la Plate-forme d’Alger (CMFPR 1, CPA, GATIA et MAA tendance modérée).

Abdoulaye Diop a confirmé que les propositions déposées par le gouvernement concernent les questions politiques et institutionnelles, les questions de défense et de sécurité, les questions du développement économique, social et culturel, et les questions humanitaires, de la réconciliation et de justice. « La partie gouvernementale a eu une session de consultation avec la médiation  pour poser un certain nombre de questions, obtenir des clarifications, mais aussi donner notre appréciation générale. Ce document, à notre avis, constitue une bonne base pour évoluer. Nous espérons très prochainement arriver à un préaccord », a dit le ministre Diop avant de remercier l’Algérie et l’équipe de la médiation pour avoir mis ensemble les propositions des différentes parties.

Par ailleurs, le chef de la délégation gouvernementale a porté une appréciation très positive sur la qualité des propositions de la médiation. « C’est un document qui a été fait dans le respect des dispositions de la Feuille de route. Ces dispositions sont absolument pertinentes pour les Maliennes et les Maliens, en particulier celles relatives aux lignes directrices que le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, a dressées pour la conduite des négociations. A savoir le respect de l’intégrité territoriale, de la souveraineté nationale ainsi que du caractère laïc et républicain de l’Etat. Ces données fondamentales sont prises en charge au niveau du document », a-t-il indiqué, précisant que le document sera soumis aux autorités maliennes pour être amélioré.

 

ARRIVER À UN BON ACCORD. Le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale a tenu à préciser que le plus important est que « l’intérêt supérieur du pays est sauvegardé dans le document. Par ailleurs, ce dernier ne consacre nullement la partition du pays, et ne comporte aucune mention ayant trait à la fédération ou à l’autonomie ». « A partir du moment où les principes cardinaux de notre Constitution sont observés, nous sommes disposés à examiner les autres propositions », a-t-il fait savoir.

Par ailleurs, le ministre Diop a noté que les propositions du gouvernement allaient déjà dans le sens de la libre administration des collectivités qui devrait se traduire par le transfert conséquent de prérogatives importantes aux élus locaux. Cette évolution, a-t-il dit, permettra aux collectivités territoriales de se prendre en charge sur les questions de développement. Des investissements conséquents seront aussi réalisés pour rattraper le retard de développement dans certaines localités, mais aussi pour renforcer la diversité du pays, l’unité et le confort nécessaire.

Compte tenu de la situation sécuritaire sur le terrain, le chef de la délégation malienne a estimé qu’il faut aller rapidement à un accord. « Mais, a-t-il précisé, à un bon accord qui répond aux aspirations des Maliens. A un accord qui nous permet aussi de prendre en charge la situation qui est très volatile sur le terrain. Si nous ne faisons pas attention, les groupes terroristes ou les forces néfastes des narcotrafiquants qui sont sur le terrain et qui ne veulent de la paix vont essayer de profiter des lenteurs ici et là pour pouvoir occuper la zone. Et cela, nous ne devons jamais le permettre ».

Abdoulaye Diop fera d’autre part savoir que la prochaine étape des pourparlers consiste à aller vers l’élaboration d’un préaccord sur la base des éléments de propositions contenus dans le document établi par la médiation. « Nous espérons revenir donner en début novembre nos contributions à l’équipe de médiation qui va s’atteler à la conclusion d’un préaccord. Le préaccord lui-même, avant d’être signé, fera aussi l’objet de partage avec les populations de toutes les parties impliquées au processus. A ce moment, nous serons en mesure de partager avec les Maliennes et les Maliens le fruit de ce qui a été négocié. Il faut être sûr que les engagements qui seront pris par le gouvernement iront dans le sens de ce qui est important pour les Maliennes et les Maliens, à savoir de créer le confort nécessaire pour la tranquillité des uns et des autres », a-t-il expliqué. Selon le ministre Diop, le processus ira à son terme dans les semaines à venir en vue de donner un signal fort sur la volonté de toutes les parties maliennes de s’accorder sur la paix pour faire face au danger terroriste et à tous les ennemis de la paix et de la stabilité.

Le porte-parole du MNLA, Moussa Ag Acharatoumane, n’a pas caché son désaccord par rapport au document de la médiation. « A la première lecture, nous nous apercevons que le document ne répond malheureusement pas aux aspirations de nos populations. C’est un document qui ne prend pas en compte l’ensemble de nos préoccupations et doléances », a-t-il fait souligné en faisant notamment référence au projet de fédéralisme. « Pour nous, c’est un document qui reprend mot pour mot les positions du gouvernement malien, c’est-à-dire la régionalisation. Nous pensons qu’en raison de ce qui se passe aujourd’hui sur le terrain, cette proposition n’est pas à la hauteur de la crise qu’on est en train de vivre. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé à l’équipe de la médiation internationale de nous donner un temps pour examiner ce document en profondeur. A la suite de cela, nous reviendrons vers elle », a-t-il dit.

 

DES PROPOSITIONS D’AMENDEMENT. En outre, le porte-parole du MNLA a reproché à la médiation à ne pas tenir compte dans son document non seulement  du projet de fédéralisme, mais aussi de l’appellation de l’entité Azawad. « En matière de sécurité, il n’y a pas non plus d’innovations dans ce document. Nous avons l’impression qu’on est en train de répéter ce qui existe déjà. Nous pensons qu’il est important que l’équipe de la médiation nous donne le temps d’améliorer ce document », a-t-il souligné. Moussa Ag Acharatoumane a estimé que la résolution de la crise du Nord du Mali ne peut se faire ni par la régionalisation, ni par la décentralisation poussée.  « Nous pensons qu’il faut aller plus loin en prenant en compte les réalités du terrain. Le document sur le fédéralisme que nous avons proposé à la médiation répond aux aspirations de nos populations », a-t-il dit. Interrogé sur la difficulté d’une révision de la Constitution pour faire aboutir le projet de fédéralisme, le porte-parole du MNLA a répondu en ces termes : « S’il faut réviser la Constitution pour que le Mali aille de l’avant, je n’y vois pas d’inconvénients. Il faut que les autorités maliennes aient le courage d’expliquer cette nécessité à leur société civile pour pouvoir faire avancer le pays ».

Quant au président des Mouvements signataires de la Plate-forme d’Alger (CMFPR, CPA, GATIA et MAA tendance modérée), Me Harouna Toureh, il s’est dit partiellement satisfait pour de multiples raisons du contenu du document élaboré par la médiation. « Nous avons trouvé dans ce document quelques points de satisfaction. Mais il subsiste encore de notre part de grandes réserves, notamment sur des questions institutionnelles qui doivent déterminer les contours de la nouvelle gouvernance dans les régions du Nord du Mali. Il y a aussi les questions de sécurité qui nous paraissent primordiales à résoudre et sans le traitement desquelles il n’y aura ni paix, ni tranquillité. C’est pourquoi nous avons des propositions d’amendements à faire à la médiation », a-t-il expliqué.

Me Harouna Toureh a précisé que son groupement souhaite que l’armée puisse se déployer sur l’ensemble du territoire national et avec l’aide des mouvements armés en ce qui concerne la partie septentrionale de celui-ci. « Nous attendons de la médiation un accompagnement important pour la mise en œuvre de la période transitoire qui doit commencer immédiatement après la signature d’un accord », a déclaré le président des Mouvements signataires de la plate-forme d’Alger. Selon lui, le mode de gouvernance locale proposé par le gouvernement malien permet par exemple l’élection au suffrage universel direct de l’Assemblée régionale par les populations de la région. Et le président de cette Assemblée régionale sera le premier responsable de l’administration et du développement de la région.

Les différentes parties ont donc quelques semaines pour examiner et expliquer à la base les tenants et les aboutissants du document de la médiation internationale avant de se retrouver à nouveau dans la capitale algérienne. L’étape à venir des négociations offrira l’occasion de confronter des amendements des uns et des autres en vue d’aller à un préaccord de paix.

Envoyé spécial

M. KÉITA

source : essor

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