Pourparlers d’Alger : Ce sur quoi vont porter les discussions et pourquoi le Mali n’obtiendra rien

Contrairement aux propos rassurants du Haut représentant du Chef de l’Etat pour le Dialogue inclusif, le Mali va – déjà – à ces pourparlers le couteau sous la gorge. Les négociations, on n’en parle pas. La feuille de la route sur laquelle les échanges vont porter est claire. Il s’agit d’une partie du chapitre III de l’accord préliminaire de Ouagadougou à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali.

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C’est mardi que sont arrivés à Alger les membres de la délégation malienne chargés des pourparlers avec les groupes armés. Le ministre des Affaires étrangères est celui qui conduit la délégation en tant que négociateur principal au compte de l’Etat malien. Il est accompagné d’une équipe d’experts, d’autres ministres et du haut représentant du président de la République chargé du dialogue inclusif inter-malien, en la personne de l’ancien Premier ministre Modibo Kéïta.

Il est important de souligner que ce dernier avait, quelques jours auparavant, apporté aux autorités algériennes la feuille de route de ces pourparlers qui serait en discussion en ce moment. Une feuille de route qui porte, en grande partie, sur l’article 20 de l’accord préliminaire de Ouagadougou. Et c’est ce qui fait dire à nombre de maliens que les discussions seront dures et que le Mali pourrait sortir perdant de ces négociations. D’abord, parce que nous sommes en terrain hostile, mais aussi du fait que les passages de cet article sont compliqués à faire comprendre et accepter par les Maliens s’ils ne sont pas bien négociés.

Déjà, pour ce qui concerne les DDR (démobilisation, désarmement et réinsertion). Les rebelles seront difficilement d’accord sur les deux premiers aspects de la question, à savoir la démobilisation et le désarmement. La preuve, ils ont toujours refusé d’être cantonnés. Et ne le feront que contre des garanties sûres. Pour ce qui concerne la réinsertion qui est du ressort et de la responsabilité de l’Etat malien, nos concitoyens accepteront difficilement qu’après toutes les intégrations et réintégrations, qu’on vienne leur en proposer une autre ; que ceux qui ont fait tant de tort aux pays et aux Maliens, reviennent, comme si de rien n’était, dans les rouages de l’administration et de l’armée. Même si les populations l’acceptaient, la cohabitation sera difficile, voire impossible, entre nos militaires et des collègues à eux qui les ont trahis de la manière dont on sait et qui les ont tant humiliés.

Tous les points de cet article 20 pourraient être sources de problème. Pour ce qui concerne l’organisation administrative et institutionnelle du Mali, en particulier, les régions Nord désignés sous le terme Azawad, il s’agira de revoir entièrement la gestion administrative du Nord. Ce qui veut dire que même la nomination des cadres dans ces zones sera revue et les populations auront un droit de regard dessus. Pour ne pas dire que ce sont les ressortissants de la zone qui pourraient avoir la responsabilité de leur gestion. Difficile à faire accepter par les Maliens.

On parle également de la gestion des ressources et richesses nationales, de la stratégie de développement des collectivités, etc…

Des points sur lesquels il va falloir négocier dur, car ceux d’en face savent de quoi il s’agit et pourquoi ils ont accepté d’apposer leurs signatures sur ce document préliminaire.

Moussa Touré

Encadré

Article 20 : A l’issue des élections présidentielles et 60 jours après sa mise en place, le nouveau Gouvernement, en collaboration avec la Commission dialogue et réconciliation entamera, avec l’accompagnement de la communauté internationale, des pourparlers de paix avec toutes les communautés du nord, les signataires ainsi que les groupes armés ayant adhéré au présent accord en vue d’aboutir à l’établissement d’une paix globale et définitive.

 

Ce dialogue inclusif portera entre autres sur les questions suivantes :

–         l’organisation administrative et institutionnelle du Mali, en particulier les régions du Nord du Mali désignés par certains sous le terme Azawad ;

–         la stratégie de développement intégré des collectivités territoriales du Mali ;

–         la gestion des ressources et richesses nationales ;

–         la réorganisation des forces de défense et de sécurité ainsi que le programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion socioéconomique (DDR) des groupes armés du Nord Mali ;

–         l’amélioration de la gouvernance administrative, économique et politique ;

–         le retour des réfugiés et des personnes déplacées et leur réinsertion ;

–         la promotion et la protection des droits de l’Homme au Mali ;

–         la justice et la réconciliation.

SOURCE: Nouvelle Libération  du   18 juil 2014.
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