Multiplication des attaques terroristes au Mali : quel avenir pour les pourparlers de paix avec le GSIM ?

Ibrahima Harane Diallo est chercheur à l’Observatoire sur la Prévention et la Gestion des Crises et Conflits au Sahel. Face à la multiplication des attaques terroristes au Mali, il s’interroge dans cette tribune, sur le sort réservé aux conclusions des pourparlers de paix entre le gouvernement du Mali et les groupes radicaux violents lors de la Concertation nationale en 2020 et du Dialogue national inclusif en 2019.

Le Mali connait une recrudescence de l’insécurité depuis le début du dernier trimestre. Le mois de juillet a été, particulièrement, marqué par des attaques sanglantes à l’endroit des forces de défense et de sécurité, mais aussi à l’égard de la population civile, notamment, des collaborateurs des forces de défense et de sécurité. Une dizaine d’attaques ont eu en l’espace d’une semaine et faisant près d’une vingtaine de militaires tués et de nombreux blessés. Les plus illustres ont eu lieu, par exemple, contre une installation de la direction du matériel, des hydrocarbures et des transports des armées de la ville garnison de Kati ; du poste de péage de Zantiguila[1] ; de Koloni ou encore de Sevaré.

Ces attaques ont eu lieu bien après d’autres coordonnées contre le camp militaire de Bapho[2] dans la région de Ségou ; de Niono et de Sevaré faisant, également, des pertes en vies humaines et en matériel de guerre. Il est important de noter les dernières attaques contre les forces de défense et de sécurité à Sevaré ; Sokolo et Kalumba le 27 juillet ayant occasionné des pertes énormes du côté des forces armées maliennes.

Deux messages

Des messages importants sont à décoder par cet activisme des groupes radicaux violents avec le référentiel musulman au Mali. Le premier message s’inscrit dans une stratégie de communication de la part de ces radicaux. S’attaquer à une des zones les plus sécurisées du Mali[3], fin juillet, à travers une opération de nature complexe, est une tentative de démonstration de force[4].

Ce message de haut niveau de communication vise d’une part à donner espoir aux hommes qui sont dans leurs rangs et d’autre part à séduire les potentiels adhérents, les indécis. Le deuxième message est orienté, directement, contre le discours de montée en puissance de l’armée malienne. Ces attaques consistent à remettre en cause cette « supposée montée en puissance » des FAMA.

En effet, depuis fin 2021, une nouvelle campagne de communication est entreprise par l’élite militaire au pouvoir sur l’acquisition des nombreux moyens militaires tels que des avions de combats, de transport des troupes ou encore des munitions[5]. En s’attaquant avec une telle puissance de force aux positions militaires, spectaculairement, consiste à créer du doute chez la population et entretenir toujours le sentiment d’insécurité chez elle par la mise en évidence de l’incapacité des FAMA à assurer la sécurité des hommes et des biens.

La raison d’État

C’est au regard de ce contexte d’atrocité en matière d’offensive que de nombreuses questions se posent chez les observateurs des questions sécuritaires et stratégiques en particulier : les pourparlers de paix entre le gouvernement du Mali et les groupes radicaux violents avec le référentiel musulman seraient-ils encore possibles ? Le gouvernement du Mali va-t-il rejeter l’idée du dialogue, dont la concrétisation est assez attendue du peuple malien, émise lors de la Concertation nationale en 2020[6] et du Dialogue national inclusif en 2019[7] ?

À l’analyse, l’écartement de l’idée de la négociation semble être l’hypothèse la plus probable. En effet, les douloureux évènements en cours dans le pays montrent à quel point la fissure est profonde. L’armée malienne s’est, également, inscrite dans une dynamique de confirmation de sa « montée en puissance » qui va davantage se caractériser par des offensives systématiques contre les mouvements armés tandis que ces mouvements armés sont, également, dans une logique de remise en cause de la capacité des forces armées maliennes à tenir.

Il est, toutefois, important de noter qu’en écartant l’idée de la négociation, l’État malien prend le risque de se mettre en déphasage avec une des résolutions du peuple qui revient deux fois dans les concertations nationales. Ainsi l’unique moyen de recours qui reste à sa portée est la raison d’État qui pourrait être évoquée afin de continuer avec la belligérance.

Ibrahima Harane Diallo, Journaliste-Politologue, chercheur à l’Observatoire sur la Prévention et la Gestion des Crises et Conflits au Sahel

 

[1] Localité située à 50 km de Bamako.

[2]Localité située à 15 km de Ségou, la quatrième région du Mali.

[3] Le camp Soundjata Keita de Kati. Ce camp abrite le QG du Président de la transition.

[4] Les actions spectaculaires sont une caractéristique essentielle des actions opérationnelles des groupes islamistes. C’est le même objectif de communication par la démonstration de force qui était visé par Alqaida de Ossama Ben Laden en s’attaquant aux USA en septembre 2001.

[5] Ces moyens militaires ont été acquis grâce à la coopération militaire entre le Mali et la Russie. Selon une interview du Ministre de la défense accordée à la télévision nationale, une partie de ce matériel a été achetée sur financement du budget national et une autre offerte par la Russie à l’armée malienne.

[6] Cette rencontre nationale est une initiative du gouvernement de la transition à l’issu de laquelle une charte nationale a été adoptée.

[7] Ce dialogue a eu lieu sous le magistère du Président Ibrahim Boubacar Keita à l’issu duquel un gouvernement d’union nationale a été formée.

Source: Sahel Tribune

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