Mali : l’armée remise en cause par de nouvelles allégations d’exactions

Selon plusieurs sources locales, des soldats maliens et leurs supplétifs russes ont abattu 35 personnes dont l’imam et plusieurs enfants dans le village de Gouni. Deux semaines auparavant, un village voisin faisait état de viols et de pillages.

Un imam, des enfants et d’autres habitants rassemblés dans une mosquée puis exécutés. Au total, 35 personnes auraient été tuées dimanche 18 septembre dans le centre du Mali, dans une nouvelle opération meurtrière attribuée à l’armée malienne, selon plusieurs sources locales et sécuritaires citées par AFP.

Deux semaines auparavant, le média français révélait déjà des accusations de viols et de pillages de la part des soldats maliens, à quelques kilomètres de là. Pénétrant dans le village abandonné de Nia-Ouro, les soldats accompagnés d’«hommes blancs étrangers» – des mercenaires de Wagner selon les Occidentaux, des instructeurs russes selon la junte malienne – n’y ont trouvé que des vieillards et des femmes. Les miliciens blancs auraient alors ordonné à celles-ci de se déshabiller pour les prendre en photo et les attoucher, allant jusqu’aux viols, selon les témoignages de certaines.

À Gouni, depuis dimanche, des rumeurs circulaient déjà sur les groupes WhatsApp locaux au sujet de nouvelles exactions des Forces armées maliennes (FAMa), photos à l’appui. Samedi, des militaires maliens accompagnés de supplétifs russes avaient subi un revers en affrontant des éléments de la Katiba Macina du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim). Les soldats auraient été contraints de faire demi-tour, et seraient revenus à l’assaut par l’aviation, en bombardant la forêt voisine. Aucune victime n’était déplorée jusque-là, en dehors d’une soixantaine de bétails.

Quelques heures plus tard, des soldats accompagnés de supplétifs russes débarquent dans le village de Gouni, déjà en partie vidé de ses habitants en fuite. Dans la soirée, des chasseurs traditionnels dozos, hommes armés généralement chargés de la sécurité dans les zones reculées, les rejoignent. Ils seraient passés à l’attaque le jour suivant, s’en prenant d’abord à la partie peule du village, Gouni Wouro, avant de se diriger vers Gouni Saré, la partie dogon.

Un accord local entre villageois et djihadistes

Le procédé se répète. En mars dernier, à Moura, toujours au centre du pays, des soldats maliens et étrangers avaient débarqué en hélicoptère en plein jour de marché, et massacraient près de 300 personnes. Quand l’armée malienne se félicitait du succès d’une vaste «opération antiterroriste», l’ONG Human Rights Watch (HRW) pointait de son côté des «exécutions sommaires» sur des civils. L’organisation parlait du «pire épisode d’atrocités» commises depuis le déchaînement des violences au Mali en 2012.

Depuis l’apparition en 2015 du groupe djihadiste de la Katiba Macina, les affrontements se multiplient entre les différentes ethnies présentes au centre du Mali. Son chef, Amadou Koufa, lui-même d’origine peule, recrute notamment parmi cette communauté d’éleveurs nomades, mêlant à la crise djihadiste un aspect ethnique. En mars 2019, dans le village d’Ogossagou, à l’est de Mopti, 160 Peuls étaient massacrés, lors d’une attaque attribuée à des chasseurs dogons.

Cette fois-ci, plusieurs chercheurs évoquent l’existence d’un «accord local» signé à Gouni entre la population et les groupes djihadistes. Face à l’insécurité et à l’impuissance de l’armée malienne, les villageois auraient été contraints de négocier la paix avec les jihadistes, incluant parfois des ONG. «Une fois ces accords établis, ils garantissent aux populations le droit de reprendre leurs activités économiques et permettent la désescalade de la violence», explique sur Twitter le chercheur Yvan Guichaoua, spécialiste des questions de sécurité au Sahel et maître de conférences à la Brussels School of International Studies.

Ces accords asymétriques, dont les conditions restent imprécises, sont payés «au prix fort» par les populations. «Ce sont ces pactes que [les FAMAs et Wagner] veulent casser à tout prix, quitte à considérer les populations comme complices, alors même qu’elles n’avaient guère d’autre choix que de s’y plier», décrypte Yvan Guichaoua. «En commettant des atrocités, (ils) ne brisent pas les pactes de survie mais les renforcent», pointe le chercheur, évoquant des «dizaines de pactes» signés après la tuerie de Moura.

Source: lefigaro.fr

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