Le vice-président du MNLA, Mahamadou Djéri Maïga, après la signature de l’accord de paix : «Le Mali a tenté sans succès de se fédérer avec le Sénégal, le Niger, le Burkina. Pourquoi pas avec l’Azawad?»

Dans une récente interview après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, le 20 juin dernier, par les désormais ex-rebelles séparatistes (?) de la CMA, le vice-président du MNLA, Mahamadou Djeri Maïga exprime toujours le vain espoir de voir les visées fédéralistes de ce groupe se concrétiser à travers son prétendu… « terroir de l’Azawad « .   » Le Mali a tenté sans succès de se fédérer avec le Sénégal, avec le Niger et le Burkina, alors pour pas avec nous ? Nous gardons le nom  »Azawad » pour amener les gens à reconnaître qu’il y a eu beaucoup de gâchis et d’erreurs… C’est à l’Azawad de sécuriser l’Azawad « , a-t-il déclaré. Manifestement l’application de l’accord dit de paix et de réconciliation au Mali va poser bien des problèmes.

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Reconnu comme étant influent au sein du MNLA et de la CMA, Mahamadou Djéri Maïga avait, à travers son historique accolade au président de la République, le 20 juin 2015 au CICB, donné l’espoir que la page de la rébellion était en train d’être tournée au Mali. Mais le vice-président du MNLA ne semble pas avoir changé de discours au point que l’on se demande si ceux qu’il est convenu d’appeler  » les frères ex-rebelles «  ont la même compréhension de l’esprit et de la lettre du document de paix qu’ils viennent de signer.

En effet, dans une récente sortie, Mahamadou Djéri Maïga disait ceci, parlant du cadre de définition qui sera mis en place sur ce qu’il appelle  » la problématique de l’Azawad  » : « Nous voulons que l’Azawad devienne une entité territoriale mais ceci ne signifie pas une partition ou une division du Mali. De Douentza à Kidal, nous aurons la zone géographique de l’Azawad et ceci engendrera un Mali nouveau, un Mali fort avec de nouvelles idées et une nouvelle mentalité « .

Ambition séparatiste

Parlant de cette fameuse  » entité », le vice-président du mouvement indépendantiste kidalois veut tromper la vigilance des autorités gouvernementales en indiquant que sa naissance  » va motiver la jeunesse et donner de l’ardeur à tous pour le développement du pays « . Quel drôle de plaisanterie dans le discours ? Et M. Maïga d’ajouter que l’accord de paix est un bon document mais si l’idéologie – certainement celle du fédéralisme ou du moins de l’autonomie- pour laquelle les populations ont pris les armes n’est pas prise en compte, l’accord ne pourra pas produire une paix totale. Comme pour dire qu’ils n’ont jamais fait le deuil de leur ambition séparatiste. Laquelle reste enracinée dans leur subconscient et reste susceptibles de menacer la paix, bien partielle (non totale) dans ce cas.

Et le supposé ex-rebelle pardonné de dégainer :  » Le Mali a tenté sans succès de se fédérer avec le Sénégal, avec le Niger et le Burkina, alors pour pas avec nous ? Nous gardons le nom  »Azawad » pour amener les gens à reconnaître qu’il y a eu beaucoup de gâchis et d’erreurs…Nous avons été isolés, muselés et humiliés, il faut le dire comme tel. Celui qui ne vit pas avec nous ne peut pas comprendre ce que nous avons vécu « .

Délire verbal

Et le vice-président du MNLA d’ajouter que l’armée malienne à reconstruire doit comporter majoritairement des « Azawadiens ». Avant de sombrer quasiment dans un délire verbal assorti de menace :  » Les conséquences des mauvais choix stratégiques nous tomberont dessus et nous, autochtones de l’Azawad, ne l’accepterons pas « . Des propos à faire tressaillir de colère bien des corps des victimes des massacres d’Aguel hoc et d’ailleurs. Comment comprendre que Mahamadou Djéri Maïga et ses amis, qui ont hautement intérêt à implorer la clémence et le pardon de la nation, puissent emboucher de telles trompettes de la provocation et du défi ? Ce discours est-il celui qui va inciter les Maliens à pardonner tous les crimes que Djéri Maïga, Bilal Ag Cherif et autres ont commis contre le paisible peuple du Mali uni et indivisible à jamais ?

Remuer le contenu dans la plaie

Il est plus jamais temps que les désormais ex-rebelles cessent de remuer le couteau dans la plaie à peine cicatrisée des tueries, viols, vols, pillages et autres sévices qu’ils ont perpétrés contre les forces armées et les populations. Et la Médiation internationale, le chef de l’Etat, le gouvernement, garants de la mise en œuvre de l’Accord, sont interpellés pour faire en sorte que les ex-chefs rebelles adoptent un discours de repentance. C’est cela qui peut susciter la clémence et le pardon par rapport aux atrocités qu’ils ont commises avant de bénéficier récemment d’une nouvelle impunité qui ne dit pas son nom.

Dans tous les cas, comme on le voit, les «  frères ennemis d’hier » semblent encore s’inscrire dans la logique de narguer et d’insulter le passé. Ils peinent à revêtir le manteau du remords et de l’absolution de la République. Lesquels comportements faciliteraient leur réintégration rapide au sein du corps social. Par la volonté des uns et des autres de marquer un trait sur ce douloureux passé commun et renouer avec le salvateur vivre – ensemble dans la diversité enrichissante du Maliba.

             Bruno Djito SEGBEDJI

 

Ignorance

On savait le renégat, apatride et criminel de guerre non répenti Mahamadou Djéri Maïga porter sur le mensonge grotesque et l’amalgame comme beaucoup de ses compagnons du MNLA. Ce qu’on ignorait en revanche, c’est l’ampleur de son ignorance sur l’histoire récente du Mali.

Il a tout faux, en effet, quand il affirme que le Mali a échoué à réaliser une fédération avec le Niger et le Burkina Faso. Cela n’a existé que dans son esprit en proie à l’inculture. Il n’y a jamais eu  une tentative de fédération entre notre pays et ces deux voisins qui appartenaient plutôt au Conseil de l’Entente avec la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo. Une organisation initiée par Félix Houphouët-Boigny précisément pour faire pièce à la fédération du Mali groupant l’ex-Soudan français (le Mali actuel) et le Sénégal.

Quand on a la prétention de créer un Etat indépendant, le minimum est de savoir de quoi on parle. Pour ne pas se livrer en ridicule au public. Et avoir quelque chance d’être écouté.

 Source: L’Indépendant
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