Le terroristes Mohamed Aly Ag Wadoussène et Haïba Ag Acherif font-ils partie des prisonniers échangés contre Serge Lazarevic ? Les défenseurs des droits de l’homme confirment et accusent….le ministère de la Justice dément

Serge Lazarevic, dernier otage français dans le monde, a été libéré ce mardi 9 décembre 2014 au Niger. L’homme avait été enlevé le 24 novembre 2011 à Hombori au Nord du Mali. En échange de quoi a-t-il été libéré ? Les commentaires vont bon train. Certains expliquaient il y a 48h que l’otage Français allait être libéré en échange de terroristes emprisonnés à Bamako dont les dangereux Mohamed Aly Ag Wadoussène et son complice Haïba Ag Acherif, impliqués dans l’enlèvement du même otage français en 2011. D’autres médias ont confirmé ce mardi cette information.

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Des défenseurs des droits de l’homme ont même animé ce mardi soir une conférence de presse au siège de l’AMDH pour confirmer ladite information. La conférence a été animée par Me Moctar Mariko et Amadou B. Téguété de l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) et Mme Bintou Founé Samaké de Wildaf.

Dans un communiqué conjoint les défenseurs expliquent : « Libération de Mohamed Ali Ag Wadoussène et 3 autres : La paix et la réconciliation ne peuvent pas passer par la promotion de l’impunité ! Bamako, Paris : le 9 décembre 2014 : Les autorités maliennes viennent de libérer Mohamed Aly Ag Wadoussène, Haïba Ag Acherif présumes terroristes ainsi que Oussama Ben Gouzzi et Habib Ould Mahouloud, auteurs présumés de graves violations de droits humains au Mali, en échange de l’otage français Serge Lazarévic. Tout en saluant la libération de Serge Lazarevic, nos organisations restent indignées de la libération de 4 auteurs présumés de violations de droits humains et appellent les autorités maliennes à stopper l’hémorragie. A la veille de la journée commémorative de la déclaration universelle des droits de l’Homme et en pleine semaine des droits de l’Homme, les autorités ont procédé à leur énième libération des auteurs présumés des violations de droits humains. Mohamed Aly Ag Wadoussène, impliqué dans deux dossiers différents dont le premier est en phase de jugement et le second en instruction, est un déserteur de la garde nationale du Mali (contingent de 2009). Arrêté par la sécurité d’Etat le 10 décembre 2011 à Gao et mis sous mandat de dépôt en mars 2012, il est poursuivi pour terrorisme, association de malfaiteurs, prise d’otage et séquestration. Il est l’organisateur principal de l’enlèvement de deux français Serge Lazarévic et Philippe Verdon le 24 novembre 2011 à Hombori, dont le dernier a été assassiné en mars 2013. Le 16 juin 2014, il s’échappe de la Maison centrale d’Arrêt de Bamako avec Haïba AG Acherif. Lors de cette évasion il tue à bout portant le surveillant Adjudant Kola SOFARA dont la famille reçue par l’AMDH le 24 juin 2014 réclama l’ouverture d’une enquête afin defaire la lumière sur cet assassinat. Ainsi, une instruction a été aussitôt ouverte pour « évasion» et confiée au tribunal de première instance de la commune III. Le 24 juillet 2014, il est arrêté de nouveau par les forces de sécurité à Hamdallaye ACI. Il aurait été détenu depuis lors à la Sécurité d’Etat. Ce début de semaine, il a été libéré. Quelques jours plus tôt, le 4 décembre 2014, Haïfa Ag Achérif, Oussama Ben Gouzzi (tunisien) et Habib Ould Mahouloud (Sahara Occidental) ont été libérés par la cour d’appel. Maintenant qu’il n’y a plus d’otages, les autorités maliennes ont les mains libres pour s’engager résolument dans la lutte contre l’impunité et faire des victimes leurs priorités. Il faut arrêter de nouveau tous ces auteurs présumés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité et les juger pour ces faits. Si nous comprenons la nécessité de trouver des moyens pour libérer les otages nous considérons que ces solutions ne doivent pas violer les droits des victimes et le principe de la séparation des pouvoirs au Mali». 

Nous avons fait un recoupement auprès du ministère de la Justice pour savoir si effectivement Wadoussène et Haïba Ag Acherif font partie des prisonniers échangés. Le ministère de la Justice a démenti formellement la libération de Mohamed Aly Wadoussène et Haïba Ag Acherif. Selon notre source au ministère de la Justice, ce sont deux prisonniers qui ont été libérés. Sans nous communiquer leurs noms, notre interlocuteur explique avec certitude que Wadoussène et son complice Acherif ne font partie des prisonniers libérés. Toutefois il a précisé que Wadoussène et son complice ne sont plus détenus à la Maison centrale d’arrêt de Bamako depuis leur tentative d’évasion. Ils sont dans les mains de la Sécurité d’Etat.

Une version qui ne convainc pas les défenseurs des droits de l’homme. Pour le président de l’AMDH, Me Moctar Mariko « cela ne fait aucun doute, ce monsieur été libéré et ceux qui nous ont informés, ce sont ces mêmes qui nous avaient alertés par rapport à la libération de Houka Houka. Ce sont eux qui accompagnent les personnes jusqu’à leur libération. Le ministre de la Justice sait que le cas de Wadoussène heurte la sensibilité malienne, c’est pourquoi il tente de nier ».

Le secrétaire général de la même AMDH, Amadou B. Téguété de renchérir :« libérer Wadoussène à la veille du 10 décembre, journée internationale des droits de l’homme, c’est pour nous dire tout simplement que nous nous moquons des droits humains.  Mais nous allons nous mobiliser. Avec Houka Houka, on nous avait fait croire que c’était la raison d’Etat alors qu’aucune raison d’Etat ne peut encourager l’impunité ».

Mme Bintou Founé Samaké a souligné que la libération de Wadoussène est une violation des droits de l’homme qu’on ne peut expliquer. Selon elle, les autorités devraient donner les vraies informations par rapport à cette situation sinon l’EID n’a pas sa raison d’être.

A la conférence de presse des défenseurs des droits de l’homme était présent le frère de l’une des victimes de Wadoussène, Sidi Sofara, frère ainé de Kola Sofara, garde pénitentiaire tué le 16 juin 2014 lors de l’évasion du terroriste. Il a fait part de sa déception suite à la nouvelle de cette libération. « Je suis littéralement déçu par nos autorités. En apprenant la nouvelle, j’ai été foudroyé. C’est une indignité sans précédent. Une terrible indignité. Ça veut dire qu’un français vaut mieux qu’un Malien alors qu’on est tous des humains. On libère un grand terroriste pour sauver un français alors qu’il a tué un Malien », a-t-il expliqué.

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