Interview exclusive du lieutenant colonel Abass Dembélé

Le Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE est un des héros de la bataille de Konna au nord du Mali du 9 au 10 janvier 2013.
La bataille de Konna commence le 9 janvier 2013 avec l’attaque de cette ville par la plus grande concentration de forces djihadistes depuis le début du conflit du nord du Mali. Les premiers en face d’eux étaient naturellement les soldats maliens prêts à défendre leur patrie et leur honneur après l’occupation du nord de leur pays. Aussi les soldats maliens firent preuve d’un héroïsme extraordinaire encore méconnu par le grand public.
Oui, le Mali a aussi ses héros de la Bataille de Konna.


Ces fils de la nation nous ont rappelé à Konna la bravoure de nos ancêtres qui ont eu à bâtir de vastes empires au fil des siècles.
Afrique Info a rencontré un de ces héros très discrets en la personne du jeune Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE.
Rappelons que cet officier fut blessé dans l’après-midi du 10 janvier mais il refusa d’être évacué sur Bamako.
C’est d’ailleurs sur son projet de GCV que furent érigées les Forces Spéciales. Rappelons que les Forces Spéciales ont honoré le Mali en intervenant contre les terroristes à l’Hôtel Radisson Blu, à la Terrasse et partout sur le territoire national.

VOICI SON INTERVIEW

Afrique Info : Bonjour Mon Colonel. Nous vous remercions de nous accorder cette interview même si vous êtes très discret de nature.

Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE : Tout le plaisir est pour moi.

Afrique Info : Mon Colonel, nous savons que la bataille de Konna fut exceptionnellement dure quand on sait que les djihadistes y avaient mis tout leur poids dans l’optique d’une guerre-éclair. Pouvez-vous nous dire dans quel état d’esprit vous étiez au moment de l’attaque et nous tracer le déroulement de cette bataille de Konna ?
Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE : « Nous avions tellement
envie de nous battre » !!! L’attaque de Konna s’est déroulée du 9 au 10 janvier, soit 48 heures de combat éprouvant.

Vous savez qu’après la chute des régions Nord du Mali, les forces armées se sont réarticulées sur une ligne de démarcation passant sur les régions de Ségou et Sévaré avec des verrous sur les localités de Konna dans le fuseau Est et Dogofri dans le fuseau Ouest. Pendant les neuf mois d’occupation, les militaires préparaient la reconquête dans le cadre de l’opération ‘’BADENKO’’ commandée par le Colonel Didier DACKO à l’époque.
Au fait c’est l’aéroport de Sévare qui constituait l’objectif des groupes djihadistes d’où l’offensive sur Konna. Avec en prélude des tirs d’obus sur toutes les positions tenues par les militaires maliens, suivis de plusieurs tentatives d’incursion et d’assaut sur les mêmes positions sans succès.
Ces tirs qui ont cessé jusque tard dans la nuit, ont sérieusement
usée les forces amies. Celles-ci n’avaient pas eu le temps nécessaire pour se réapprovisionner, et quelques obus avaient impacté des dépôts logistiques.
Dans la même nuit, le commandant de l’Opération, le Général
DACKO, s’est porté sur les lieux accompagnés de ses officiers de renseignement et conduite, le Commandant Ibrahim SANOGO et le Lieutenant-Colonel Mamadou B. TRAORE. Ils nous ont apporté ce dont on avait exprimé et nous ont renouvelé la mission de ‘’Défendre Konna’’. Pendant ce briefing nocturne, plusieurs autres obus nous ont survolé sans danger.

A la reprise des combats, le 10 janvier à 08 heures, la foudroyante attaque des djihadistes n’avait de répondant que la détermination et l’abnégation du Soldat malien à en découdre avec la situation en lavant l’affront causé à Aguelhoc par l’exécution froide d’une centaine des leurs.

Retenez que nos autres vaillants Soldats poursuivaient leurs missions de défense aussi bien dans les secteurs de Badiangara, Koro et Bankas, pendant la bataille de Konna, pour éviter que les djihadistes ne profitent de la concentration des nos effort sur cette localité. Cette rude tâche était l’oeuvre du Colonel Elysé DAO qui commandait le GTIA de la Garde Nationale.
Les hommes qui ont eu cette belle chance de participer aux sanglants combats de Konna venaient d’horizons très différents, Kayes, Ségou, Sikasso, Kati, en un mot de toutes les régions du pays. Nous étions Soldats, Sous officiers et Officiers engagés pour une même cause.
A titre de rappel :
– les GCV (Groupement des Commandos Volontaires) étaient aux ordres du Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE.
– le Détachement de Sikasso était commandé par le Lieutenant Colonel Mamadou Massaoulen SAMAKE
– Le détachement de Gao aux ordres du Lieutenant Colonel Kassoum GOITA
– L’artillerie dirigée par le Capitaine Pascal BERTHE
– Dans le fuseau Ouest, le colonel Seydou SOGOBA assurait le commandement.
– Lieutenant Colonel Makan Alassane commandait la compagnie de renforts.

Afrique Info : Quel a été le comportement des soldats
maliens face aux djihadistes ?

Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE : Ils savaient tous qu’ils
allaient à la guerre et ils voulaient la faire avec bravoure à la manière de nos illustres ancêtres guerriers Tièba, Niamodi SISSOKO, Biton COULIBALY etc.
Pour illustrer leur comportement, j’aime toujours rappeler la citation du General Von Kluck « Que des hommes se fassent tuer à la guerre, c’est là une chose bien connue et escomptée dans chaque bataille… mais que des hommes ayant reculé pendant des jours, que des hommes couchés à terre et morts de fatigue puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c’est là une chose avec laquelle nous n’avons jamais appris à compter, une possibilité dont il n’a jamais été question dans nos écoles de guerre.» Les
soldats maliens se sont battus jusqu’au bout malgré un fort taux d’attrition et la supériorité numérique des assaillants.

Afrique Info : Pouvez-vous nous parler du bilan de l’attaque ?

Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE :A mon avis, le bilan est
à l’honneur du militaire malien du fait du renforcement du lien ‘’Armée – Nation’’, plus que jamais le peuple s’est rapproché de son armée. Cela est un aspect très important dans le contexte actuel marqué par la menace asymétrique, un ennemi non identifié et qui se confond dans la population,
alors c’est cette population qui est a même d’aider les forces armées et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme.
Sans cette guerre, nous militaires allaient toujours restés étouffés dans le ventre de ce cheval de bois qui n’allait s’ouvrir dans aucune Troie.
Alors qu’on se souvienne toujours du Soldat tombé sur le champ d’honneur quoique ce soit son boulot, sa destinée.
L’acceptation d’une telle destinée ne manque pas de grandeur
Afrique Info : Quel enseignement tirez-vous de la
bataille de Konna ?

Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE : Le Devoir du Soldat est de servir le Peuple avec abnégation, penser en premier lieu aux intérêts du Peuple, accepter sa responsabilité, son devoir et s’en acquitter avec une conscience exaltée. Voilà ce qui inspire les actes d’une Armée. Le soldat Malien est un homme courageux de nature. (Dans nos traditions séculaires, pour donner un de leurs fils à l’armée nos ancêtres donnaient le plus vaillant pour l’honneur de la famille, du village).

Afrique Info : Merci Mon Colonel pour cette interview. Toute l’Afrique est fière de vous. Vous êtes un modèle pour la jeunesse africaine.

Lieutenant-Colonel Abass DEMBELE : Merci. Tout le plaisir
est pour moi.

Interview réalisée par Abdoulaye Simpara

 

Source: Afrique Info

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *