Gestion de la crise au Mali : Les inquiétudes des projets (PAREM) en 1992 et du MOC de 2018

La première rébellion touarègue du Mali indépendante éclata, en 1962. Elle fut lancée par Alladi Ag Alla dont le père  Alla Ag Abacher et le frère aîné Mohamed Ag Alla qui étaient entrés en rébellion contre l’administration coloniale furent abattus, en 1954, par des patrouilles françaises.

Alladi Ag Alla, qui avait essuyé les propos insultants d’un goumier (soldat des troupes du désert) avait abattu ce dernier avec son propre fusil et avait proclamé un soulèvement contre l’autorité centrale. Son mouvement, spontané et mal structuré, ne dura guère. Mais dans son sillage il avait fait naître une rébellion politisée menée par Mohamed Ali Ansary et Zeid Ag Attaher.

Les deux (02) leaders escomptaient un appui français de leur mouvement en se déclarant partisans de la création d’une Organisation commune des régions sahariennes (OCRS). L’idée d’un tel ensemble avait été un moment caressée par l’administration coloniale et en France, où subsistaient des réseaux de nostalgiques qui pensaient que l’initiative était encore récupérable.

Les autorités de la République nouvellement indépendante du Mali prirent immédiatement très au sérieux les thèses du mouvement et ne doutèrent pas un instant de l’implication de la France. L’ancienne métropole avait en effet vu d’un très mauvais œil l’option socialiste  prise par le Mali qui s’était rapproché de l’Union Soviétique et de la Chine. Les nouvelles autorités de Bamako avaient poussé d’ailleurs l’expression de leur volonté d’émancipation jusqu’à battre leur propre monnaie: le franc malien fut créé, en 1961, en substitution au franc CFA qui avaient cours dans toutes les anciennes colonies françaises d’Afrique (exceptée la Guinée).

La vocation du Programme d’Appui à la réinsertion socio-économique des ex-combattants (PAREM) est assez clairement définie dans son intitulé. Le Programme doit assurer la prise en charge des 6 460 ex-combattants des MFUA et MPMGK qui n’ont trouvé dans les corps en uniforme de l’Etat et dans la fonction publique.

Cette opération se fait d’abord par le versement de primes de démobilisation (trois mois de solde), puis par l’aide au montage de projets, la formation à la gestion et le financement des projets. Les opérations de réinsertion sont financées par un Fonds spécial d’environ trois (03) millions de dollars US mis en place par les Nations unies et auquel ont contribué le Canada, la Norvège, les Pays-Bas et les Etats-Unis.

Dans son principe, le Programme est cohérent puisqu’il tend à faciliter  aux ex-combattants le retour à une vie productive normale. Mais comme toute tentative de démobilisation de personnes ne disposant pas de formation particulière et focalisés sur l’aspect financier de l’opération, l’exécution du PAREM se heurta à de graves déviations.

Pour de nombreux combattants, le financement de projets est perçu comme un dû, une seconde tranche de la prime de démobilisation, décaissable sur présentation formelle d’un projet. Ainsi s’expliquent la hâte dans la perception de la manne, la viabilité discutable de nombreux projets et les actions de revendication violente dans les régions de Gao et de Kidal devant ce qui a été ressenti comme des lenteurs administratives.

En outre, les commissions régionales chargées de l’encadrement administratif des opérations ont été rapidement prises en otage par les  ex-combattants qui se sont impliqués d         ans la répartition et l’affectation des fonds destinés au montage des projets.

Les accusations de favoritisme et de trafic d’influence foisonnent par conséquent et elles ne sont pas toutes sans fondement. Toute cette agitation est ressentie de manière négative par les populations locales qui perçoivent le PAREM surtout comme un élément perturbateur et un facteur possible de nouvelles tensions.

La manière précipitée dont sont montés nombre de projets peut laisser sceptique sur la pérennité de leur existence. Une tournée dans les régions de Kidal et de Tombouctou par une équipe de presse a montré la rareté des entreprises à hauteur d’hommes (comme le petit restaurant ouvert à Kidal par Rayakam Hamadi Ag Baye, ex-élément du MPA avec appui de seulement 280 000 F CFA). Par contre, l’ambition est synonyme de fragilité pour certains conglomérats hâtivement constitués et baptisés coopératives multifonctionnelles (aménagement de palmeraie-activités de transport-vente de céréales).

En outre, il est à relever que les bénéficiaires du PAREM se comportent en francs-tireurs économiques. On ne trouve pratiquement aucun projet qui essaie de se créer une synergie avec les activités des ONG par exemple.

Dernière remarque, il est improbable que trois régions économiquement convalescentes comme celles de Tombouctou, Gao et Kidal puissent offrir des marchés suffisants pour rentabiliser trois (03) millions de dollars injectés dans un délai très bref. Or l’écrasante majorité des projets a choisi de s’établir au Nord au risque de créer de dangereux doublons et de tourner à vide.

Au Mali, comme les hommes politiques demeurent les mêmes, depuis 1991, à nos jours, il en est de même pour  les noms donnés aux structures nouvellement créées. Celles-ci changent d’appellation dans un premier temps pour tromper la vigilance de la population.

Dans un second temps pour attirer l’attention des partenaires en vue d’éventuels  financements. D’où la création du MOC (Mécanisme opérationnel de coordination de l’accord (qui doit sécuriser les sites) pour une nouvelle réinsertion des ex-combattants dans l’armée et la fonction publique.

Or la base militaire du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) de Gao a été attaquée et infiltrée, en janvier 2017, par des kamikazes djihadistes tuant entre 100 et 110 personnes  et blessé de nombreuses autres personnes. (Pickup destinés au MOC de l’Accord d’Alger: contrat d’armement de gré à gré s’élevant à 108 milliards de francs CFA (plus de 150 millions d’euros).

La Rédaction

 

Source:  Inter De Bamako

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