Entre nous : Les pieds dans la termitière

Les affrontements du week-end dernier entre les éléments de la Plateforme et de la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma) se sont poursuivis en début de semaine, notamment le lundi 17 août. Le bilan semble lourd : 15 à 20 morts du côté de la Cma et 2 morts au niveau de la Plateforme, de nombreux blessés, des prisonniers et des véhicules détruits. Le fait notable de ces affrontements est la prise de la localité stratégique d’Anefis, dernier verrou avant Kidal par les combattants de la Plateforme.

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Des condamnations tombent pour fustiger ces premiers graves incidents depuis la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Une violation du cessez-le-feu et des arrangements sécuritaires et une remise en cause totale de l’accord ! De façon unanime, des voix exigent une enquête indépendante pour situer les responsabilités afin d’infliger une sanction exemplaire aux fauteurs de trouble.

Dans un communiqué, la Minusma a annoncé la mise en place d’une zone temporaire de sécurité de 20 km autour de la région pour protéger les populations civiles. Les termes dans lesquels ce communiqué a été rédigé laissent perplexe pour ce qui est de l’impartialité de la Mission de maintien de la paix des Nations Unies. Une impartialité fortement remise en cause par les populations maliennes.

De manière diplomatique, le gouvernement de Modibo Kéïta a exhorté dans un communiqué la Minusma « à rester dans son rôle de protection des populations, et de toutes les populations, dans toutes les zones exposées, à l’instar de Kidal, aux mêmes risques d’insécurité ». « En la matière, tout traitement inéquitable produira des effets pervers nuisibles à la recherche de la paix et de la concorde », précise le communiqué.

Entre les condamnations de principe et le jugement de l’opinion nationale  majoritairement convaincue de la justesse des combats du Gatia, le gouvernement se trouve dans un vrai dilemme. Malgré sa ferme condamnation et ses actions au niveau des instances internationales comme l’ONU et l’UA, il n’échappera pas aux récriminations de ceux qui ont toujours considéré le Gatia comme un supplétif de l’armée nationale, d’où cette appellation de ‘’milice progouvernementale’’.

Bamako est prêt à se démarquer de certaines décisions de la Minusma comme l’établissement d’une zone de sécurité autour de Kidal mais ne veut pas non plus de manifestation de rue contre la mission onusienne en ces moments de crispation sociale où tout peut déborder à tout moment. La réunion d’urgence tenue le 17 août dernier à la Primature et le communiqué du gouvernement constituent un signe manifeste de son impuissance face à une situation inquiétante entretenue par des acteurs qui se battent plus pour la sécurisation des couloirs de leur trafic que le recouvrement de l’intégrité territoriale.

La communauté internationale devrait comprendre que tout usage de la force contre le Gatia débouchera inéluctablement sur des marches de protestation contre ses bases à travers le pays. Ce qui n’arrange pas non plus le gouvernement de Modibo Kéïta.

L’une des conséquences des évènements d’Anéfis serait de retarder la mise en œuvre de l’accord. Les efforts qui devaient être déployés pour rapprocher les parties seront désormais consacrés à calmer la situation sur le terrain qui peut déborder à tout moment.

Après plusieurs défaites, les perroquets de la Cma toujours prompts à s’offrir des plateaux des Télévisions et des antennes des radios observent un silence qui en dit long sur la volonté de prendre leur revanche. L’Accord pour la paix et la réconciliation, signé le 15 mai et parachevé le 20 juin, risque de voler en éclats si les différents protagonistes dont les intérêts divergent ne clarifient pas leurs intentions réelles. La Plateforme, notamment le Gatia, n’acceptera pas de se soumettre à un accord dont la mise en œuvre risque de la reléguer au second plan.

Chiaka Doumbia

source : Le Challenger

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