De la ruine à la restauration : L’armée malienne se relève petit à petit de sa léthargie provoquée

Longtemps considérée comme faisant partie des plus fortes armées du continent, l’armée malienne sciemment démantelée regagne son éclat d’antan, mais non sans difficultés.

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L’armée malienne était déjà une coquille vide depuis les décennies 1990-2010 par une volonté politique des régimes qui se sont succédé pendant ce temps, de crainte de ne pas être déboulonnés. En effet, dans un souci permanent de garder sans scrupule leurs régimes respectifs, Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré, ont accepté d’amener la vaillante armée malienne à la déchéance et aussi à l’ornement qu’à un réel armement et une sincère mise en condition de celle-ci.
Il y a quatre ans, en mars 2012, face à l’avancée de la rébellion dans le Nord et aux défaites successives des Forces armées et de sécurité du Mali (Fama), la colère avait gagné l’armée malienne. Une armée forte se compose d’hommes sincèrement engagés et de matériels de combat adéquats et les régimes post-révolution n’en ont pas fait cure. Ils ont fait un maquillage de dossiers d’armements et d’armures. Faisant toujours croire que l’armée malienne est et serait toujours capable d’affronter quelque ennemi qu’il puisse être. En témoignent les parades militaires lors des fêtes d’armée et/ou d’indépendance, surtout en 2010.
L’armée n’était qu’un cocon vide
Cette fausse impression donnée à l’armée malienne voilait les capacités de celle-ci pour le Malien et lui donnait une sensation de réconfort. En réalité, ce n’était que mirage. Les malheureux événements de mars 2012 qui ont favorisé et abouti à l’envahissement des 2/3 du territoire national par des bandits armés, des narcotrafiquants et des jihadistes, ont mis à nu la faiblesse d’une armée bricolée.
L’épreuve a toujours mis le mensonge en déroute, le constat fut amer de voir la vaillante armée d’antan échouer à chaque fois qu’elle est en prise avec l’ennemi. La simple cause est que nos troupes n’étaient en réalité qu’un cocon vide en termes de matériels et d’équipements, malgré les différentes exhibitions qui lui étaient faites.
L’actuel président Ibrahim Boubacar Keïta a hérité en 2013 d’une armée décousue et dilapidée avec un pays qui était presque en déphasage avec les préoccupations des Maliens : la paix. «Qui veut la paix, prépare la guerre !», dit-on. La guerre ? C’est un coût. Les hommes, les moyens techniques, matériels et financiers sont indispensables à mettre sur pied pour une une armée capable et compétente.
IBK disait : «Aucun coût, aucun sacrifice ne sera de trop pour arriver à la paix». L’Etat malien, avec l’arrivée d’IBK, n’a lésiné sur aucun moyen pour mettre l’armée malienne dans les conditions nécessaires de sa fonction régalienne. Ainsi, pour ce faire, beaucoup d’investissements ont été faits par les hautes autorités maliennes.
La Loi d’orientation et de programmation militaire, une chance
Une armée émiettée mettra du temps pour se relever. L’Etat malien, à travers toutes les institutions de la République, s’atèle à redorer l’image de son armée en multipliant les efforts d’équipements et aussi de recrutements conséquents, sans partie pris, comme on le voyait avec les deux derniers pouvoirs élus. Les recrutements partisans ne sont plus d’actualité, car il faut un effectif capable et les autorités militaires, sur instruction du Chef suprême des armées, en ont fait un cheval de bataille.
Ainsi, La loi d’orientation et de programmation militaire promise par IBK est effective. S’agissant de celle-ci, c’est un énorme sacrifice financier que le Mali a consenti pour sa mise en œuvre qui s’étalera sur cinq ans (2015 2019). C’est la bagatelle de 1230 milliards de nos francs qui est prévue pour le secteur de la sécurité dans les cinq prochaines années, y compris l’année en cours, soit un peu plus de 20% du budget national.
Ces fonds sont répartis ainsi : 427,59 milliards Fcfa pour les investissements ; 442,57 milliards Fcfa pour le fonctionnement et 360,38 milliards Fcfa pour le personnel.
Il est prévu dans cette Loi dite d’orientation et de programmation militaire, le recrutement, dans les cinq ans à venir, de 10 000 hommes dans les divers corps de l’armée. Un recrutement qui coûtera plus de 42,98 milliards de Fcfa, y compris les PGA et la revalorisation indiciaire accordée par le gouvernement…

1230 milliards débloqués sur 5 ans
Ainsi, pour reconstruire cette armée, les autorités ont débloqué les 1230 milliards de Fcfa (environ 1,9 milliard d’Euros) sur la période 2015-2019 pour l’achat de matériels et le recrutement de 10 000 soldats. Elle en compte plus de 31 000 aujourd’hui. Plus de vingt milliards ont déjà été dépensés pour des véhicules blindés et semi-blindés Renault Trucks Defense et six hélicoptères Super Puma.
La restructuration de l’armée fut une réalité avec les grandes mesures prises par l’Etat afin de la doter de moyens colossaux pour faire face aux besoins de l’heure. Le pays fut enfoncé dans une guerre à lui imposée et tous les partenaires techniques et financiers ont fait aval de soutien inconditionnel au Mali, sous l’impulsion d’une diplomatie à hauteur de souhait.
Un exceptionnel dynamisme de nos autorités, avec une diplomatie sans faille, a permis d’acquérir un important arsenal de guerre pour l’armée malienne. En effet, six avions légers d’attaque A-29 Super Tucano ont été commandés au brésilien Embraer pour remplacer les vieux avions de chasse russes MiG-21, depuis longtemps hors d’usage. Ils auront pour mission principale la surveillance des frontières. «Pourquoi ne pas imaginer demain une armée malienne capable d’assurer, à elle seule, la sécurité de son territoire, voire participer à des missions de l’ONU dans la région, comme c’était le cas autrefois ?», espérait Tiéman Hubert Coulibaly, l’ex-ministre de la Défense.
En réalité, on est loin du compte. Les Fama sont surtout déployées autour de la boucle du Niger, près du centre de commandement opérationnel basé à Gao.  «Les Fama et leurs jeunes chefs montent en gamme ; ils mènent des opérations anti-jihadistes, parfois avec succès, comme on l’a vu récemment dans le Sud ou dans la région du Gourma», confirmait un responsable de l’état-major français.
La coopération militaire réussie
Depuis 2013, plus de 500 instructeurs européens, dont 250 militaires, forment chaque année quatre bataillons de 700 hommes à l’École militaire interarmes de Koulikoro ou au Prytanée militaire de Kati. «C’est de l’instruction tactique, précise l’un d’eux. Adopter les bons réflexes face au danger est extrêmement important, et les Maliens ont fait de gros progrès en matière d’anticipation».

Pour lutter contre les abus, des cours approfondis de droit humanitaire, de valeurs républicaines et d’éthique sont également dispensés. Aussi, les militaires maliens se plaignaient-ils de l’état de leurs accoutrements qui était vétuste. «Nous avons rendu à nos soldats une fierté, explique le Col Mamady Camara. Autrefois, ils avaient des tenues dépareillées ; aujourd’hui, ils en ont trois, dont une pour les cérémonies».
La crise multidimensionnelle, qui secoue le Mali depuis 2012, a entraîné le pays dans un spiral de crimes et d’attaques, tantôt des bandits armés jihadistes, tantôt des groupes rebelles signataires de l’accord d’Alger. Dans la perspective d’application de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, l’Etat a initié une patrouille mixte (Fama, Plateforme, Cma) et le MOC en est l’ultime illustration.
Quand les troupes sont contentes, elles obéissent !
Les militaires, qui s’apprêtent à assurer des patrouilles communes avec leurs anciens ennemis de la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma), notamment dans le Nord, espèrent retrouver ainsi la confiance de la population. Sur le terrain, la réputation de l’armée reste en effet assainie, malgré qu’elle soit toujours en convalescence.
La refonte de l’armée passe aussi par une amélioration du niveau de vie des militaires : depuis 2014, les salaires ont été revus à la hausse – autour de 15 %, selon le ministère de la Défense. Un soldat gagne désormais en moyenne entre 75 000 et 100 000 Fcfa, sans compter les primes de risque (1 200 Fcfa par jour sur le terrain), les aides au logement et une couverture sociale qui n’existait pas auparavant. De quoi redonner le moral aux troupes. «Et quand les troupes sont contentes, elles obéissent !», s’était réjoui l’ex-ministre Tiéman Hubert Coulibaly.
Toujours dans la vision de donner à notre armée toutes les commodités à pouvoir remplir ses fonctions régaliennes, le ministère de la Défense, à travers l’état-major général des armées, a entamé des recrutements et aussi entend acheter d’autres équipements neufs. L’Etat ne lésine pas sur les moyens pour restaurer la réputation de ses forces de défense.
La Patrie ou la mort, nous vaincrons
Pour l’heure, les Fama alignent donc un noyau totalement opérationnel d’environ 3 000 hommes structurés en quatre GTIA. L’ordre de bataille de ce “corps d’intervention” est le GTIA Waraba (Lions, opérationnel en juin 2013), le GTIA Elou (Éléphants, opérationnel en septembre 2013), le GTIA Sigui (Buffles, opérationnel en décembre 2013), le GTIA Balanzan (du nom d’un arbre sacré, opérationnel en mars 2014).
Pour afficher leur patriotisme, certains soldats de ce nouveau corps d’élite ont inscrit sur leur treillis : «La Patrie ou la mort, nous vaincrons». Un slogan rendu célèbre par un capitaine révolutionnaire devenu président, le Burkinabè Thomas Sankara.
Vu la dégradation de la situation sécuritaire et dans l’optique de prévenir les attaques terroristes souvent perpétrées dans les grandes villes maliennes, surtout à Bamako, la Capitale nationale, le gouvernement a décrété plusieurs fois l’état d’urgence. Ce qui fut à chaque fois applaudi par les citoyens qui savent que toutes ces actions sont entreprises pour leur sécurité.

L’état d’urgence hautement salué a fait ses preuves
Depuis l’attentat contre le Radisson Blu, les forces de police sont régulièrement mobilisées pour des opérations antiterroristes nocturnes dans la capitale. Depuis que l’état d’urgence a été décrété, à la suite de l’attentat contre le Radisson Blu, plus de 400 éléments des brigades territoriales, de la Brigade anti-criminalité (BAC), de la Brigade spéciale d’intervention (BSI) de la police et des Forces spéciales de la Garde nationale sont régulièrement mobilisés pour de telles interventions dans la seule localité de Bamako. La plupart d’entre eux ont été entraînés par l’Eucap Sahel-Mali.
Les agents du Groupement d’intervention de Gendarmerie mobile ont rejoint les structures sus-citées. Ils tiennent en laisse des chiens renifleurs «spécialement formés pour détecter certains matériels prohibés, comme des explosifs» dans l’objectif de démanteler des cellules dormantes et de déjouer la préparation d’éventuels attentats dans la capitale.
Ils patrouillent dans les six communes de la capitale, de 22 h 30 à 6 heures du matin, en sillonnant les rues. Ils contrôlent les gens, les véhicules et arrêtent les éventuels suspects…
«Nous avons mis en place, avec nos partenaires étrangers, un centre d’analyse et d’information qui regroupe tous les services de renseignements, explique le général de Brigade, Salif Traoré, le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile. Et le Comité interministériel de crise, chargé de la surveillance du territoire, peut, à tout moment, donner des renseignements aux forces sur le terrain». « Ils fouillent les boîtes à gants et les coffres pour vérifier qu’aucune arme n’y est cachée», commente l’un d’eux en saluant le passage d’une patrouille de la BSI.
Les consignes à respecter sont fermeté et courtoisie, car la police doit montrer une image positive. «Pour de telles opérations, les consignes à respecter sont fermeté et courtoisie, car la police doit montrer une image positive», déclare un agent sur le terrain. «Des agents peuvent aussi intervenir à l’improviste pour éviter les abus auxquels pourraient se livrer certains des nôtres», poursuit-il.
Parallèlement à la mise en place de ces patrouilles nocturnes, les autorités ont en effet jugé qu’il était indispensable d’établir un dispositif de lutte contre la corruption au sein des forces de sécurité. Depuis le début, les rondes de nuit organisées dans la capitale sont donc toujours doublées du ballet impromptu de la «police des polices».

La Forsat nuira aux terroristes
Les nombreux efforts consentis doivent leur initiative à l’adoption d’une Loi de programmation militaire par les hautes autorités sur cinq ans, 2014 à 2018. Ce qui dénote d’une volonté commune, à quelques exceptions près telles que les mauvaises volontés, d’arriver à une quiétude commune et une paix durable. «Nous comptons sur eux, ils sont l’espoir du Mali. Qu’ils sachent que nous ferons tout pour qu’ils soient dans les meilleures conditions pour servir ce pays», avait dit IBK s’agissant des Fama lors de fête de l’armée en 2014.
Avant de continuer « Sera adoptée une loi de programmation militaire 2014-2018, dont le début de mise en œuvre permettra de consacrer la montée en puissance de notre outil de défense sur les cinq prochaines années. La réforme structurelle est en œuvre. Je veillerai personnellement à sa conduite pour qu’elle atteigne son point d’achèvement ».
La décision a été prise de constituer une unité à part entière capable d’intervenir rapidement et partout sur le territoire en cas d’attaque terroriste. «Il nous fallait un mécanisme plus souple, plus réactif, qui permette d’assurer une meilleure coopération entre les différentes forces de sécurité», confie un conseiller du ministère.
Décision a donc été prise de s’appuyer sur les unités d’élite déjà existantes au sein de la police, de la gendarmerie et de la garde nationale le Groupe d’intervention de la police nationale (GIPN), le Peloton d’intervention de la gendarmerie nationale (PIGN) et les Forces spéciales de la garde nationale et de les rassembler au sein d’un dispositif commun exclusivement affecté à la lutte contre le terrorisme : la Force spéciale antiterroriste (Forsat).

Créée par arrêté ministériel le 22 mars 2016, cette dernière est composée de 60 policiers, 60 gendarmes et 60 gardes nationaux triés sur le volet. Postés dans leurs bases respectives à Bamako, ces policiers et soldats d’élite sont mobilisables vingt-quatre heures sur vingt-quatre par le ministre de la Sécurité, aux ordres duquel ils répondent directement en cas de crise. Un centre de commandement spécial a d’ailleurs été récemment installé au ministère pour diriger les opérations.
Les innovations tactiques importantes
Chaque bataillon regroupe de 700 à 720 hommes et de 60 à 80 véhicules. Il s’articule en un détachement commando (de la taille d’une section, 36 hommes), un escadron blindé (une cinquantaine d’hommes et jusqu’à une dizaine de BTR-60PB), trois compagnies d’infanterie (140 hommes avec plusieurs sections d’infanterie.
Et une autre section d’appui est dotée de canons sans-recul SPG9 ainsi que de mortiers de 60 mm M57 croates), d’une compagnie du génie, d’une batterie d’artillerie (avec des lance-roquettes monotube Grad-2M) et enfin, une compagnie de soutien et de logistique (80 hommes).
L’armement léger se compose, sans surprise, de différentes variantes de fusils d’assaut Kalachnikov (ex-Soviétiques, chinois, roumains), de mitrailleuses légères PKM, du versatile lance-roquettes antichar RPG-7…
Des innovations tactiques importantes sont à signaler par rapport à l’armée “An 2012”. D’une part, les GTIA alignent désormais des tireurs de précision armés de fusils semi-automatiques SVD Dragunov. Ces tireurs sont en mesure de mener des missions d’observation, de neutraliser des adversaires à des distances de 600 à 800 mètres.
D’autre part, ils comprennent trois équipes TACP (Tactical Air Control Party) de quatre hommes chacune (issus de l’armée de l’air malienne), dédiées au guidage des frappes aériennes. S’ils travaillent en priorité avec les Mi-24 nationaux, des exercices ont également été menés avec des Mirage 2000D français.
Des citoyens au chevet des Famas
L’armée malienne est aujourd’hui aguerrie pour affronter toutes éventualités malgré la complexité dans la lutte contre le terrorisme qui nécessite une coopération transfrontalière. La difficulté est que les Fama sont confrontées à une guerre asymétrique qui a ses principes. Les forces étatiques sont sous contraintes car elles se doivent de respecter les chartes et conventions des droits de l’homme. Une chose que les parties adverses (terroristes) ne considèrent point.

L’ardeur et la compétence des Forces armées seraient toujours actives, bénéficiant du concours de sa population et de son soutien. Ainsi, un vaste programme de médiatisation et de sensibilisation des citoyens est lancé depuis l’accession de l’actuel Chef suprême des armées, Ibrahim Boubacar Keïta, par le service de communication des armées (DIRPA).
De ce fait, le citoyen malien, plus que jamais, est déterminé à rester au chevet de son armée. L’Etat veille au grain afin que les hommes sur le terrain ne souffrent plus d’aucune négligence. Aussi, un des serments politiques du président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, était-il de protéger les Maliens et de faire du Mali un havre de quiétude et de paix. Pour atteindre cet objectif, les populations maliennes doivent jouer leur partition.
Au-delà des coopérations militaires sous-régionales, régionales et même internationale, le peuple malien doit soutenir son armée à travers des dénonciations vraies et fondées. Le renseignement est l’une des armes efficaces pour mener à bien la lutte contre le terrorisme. Les hautes autorités relèvent petit à petit le défi de la stabilité, malgré les attaques sporadiques et aucun sacrifice n’est de trop pour ce faire. Autant, aucune responsabilité ne sera indispensable pour cette avancée. En témoignent les nombreux changements au sein du gouvernement pendant ces derniers temps, procédés par le chef de l’Etat.
Sinaly M. DAOU
Source : L’Observatoire

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