« Coup d’État dans un coup d’Etat » : Le Vice-président de la Transition s’attribue les pleins pouvoirs

C’est  désormais un nouveau coup d’État  qui est consommé au Mali.  Les militaires proches de l’ex Comité National du Salut du Peuple (CNSP)  ont “démis de leurs prérogatives” ce mardi, 25 mai, le président et le Premier ministre de transition. Le vice-président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, l’a officiellement  confirmé à travers un communiqué lu dans la télévision d’Etat par un militaire en uniforme.

Il y a 9 mois, ce sont les colonels du CNSP  qui avaient débarqué le président IBK. Aujourd’hui, ces  mêmes colonels putschistes  ne sont pas satisfaits du rôle que le président et le PM de la Transition  leur assigne au sein du nouveau gouvernement : ils ont arrêté les principaux dirigeants civils qu’ils avaient eux-mêmes mis au pouvoir. Les deux hommes, Bah N’Daw et Moctar Ouane,  en compagnie du ministre de la Défense Souleymane Doucouré, ont ensuite été emmenés au camp de Kati, ville garnison-militaire  du Mali, à 15 kms   de la capitale.

Accusations de “sabotage” 

Ce mardi 25 mai, après plusieurs heures de silence, l’homme fort du pouvoir malien, le colonel Assimi Goïta, à la tête des putschistes de 2020, a indiqué avoir déchargé de leurs prérogatives le président et le Premier ministre en les accusant de tentative de “sabotage de la transition“. Il leur reproche d’avoir formé un nouveau gouvernement sans se concerter au préalable avec lui. Il dit s’être vu “dans l’obligation d’agir“. Et donc, de reprendre le pouvoir.

Assimi Goïta a aussi indiqué, dans une déclaration lue à la télévision publique par un collaborateur en uniforme, que “le processus de transition suivra son cours normal et que les élections prévues se tiendront courant 2022“.

Tentative  d’écarter la junte du gouvernement

Deux figures emblématiques de la junte avaient été écartées de deux ministères clés lors de l’annonce du nouveau gouvernement ce lundi 24 mai : la défense et la sécurité, postes qu’ils occupaient depuis le coup d’État. Ils y ont été remplacés par des généraux  censés  être plus neutres qui n’étaient pas en première ligne. Ce remaniement a été vécu comme un camouflet par les putschistes  qui entendaient bien rester aux commandes pendant trois ans et qui, de mauvaise grâce, avaient déjà dû s’engager à rendre le pouvoir dans les 18 mois. Les autorités provisoires civiles,  elles, voulaient montrer que la transition était en marche, que progressivement l’exécutif serait rendu aux mains des civils et le calendrier tenu. Mais était-ce vraiment cela ?

Soutien vain de la communauté internationale au président et son PM

Ce coup de force a été très vite condamné par la communauté internationale. Dès hier soir l’Union africaine, la Minusma, la France, l’Allemagne, l’Union européenne et les Etats-Unis ont publié un communiqué commun pour dire “leur soutien aux autorités de transition” et rejeter toute perspective de démission forcée.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit lundi soir “profondément préoccupé” par la détention des dirigeants maliens et a appelé “au calme“. Le médiateur de la Cédéao, la Communauté des Etats ouest-africain, est arrivée  ce mardi hier  à Bamako  pour négocier. Mais  les discussions  n’ont pas la chance d’aboutir.

Alors que peut faire la Communauté internationale contre les  putschistes  dès lors que la population malienne vaque normalement à ses préoccupations comme si ce qui est arrivé au Haut sommet de l’Etat n’est qu’un non évènement ? Les sanctions contre le Mali, pourquoi ? La même communauté internationale n’a-t-elle pas favorablement accueilli  le coup d’Etat du mois d’avril au Tchad ?  Un pays où le  coup d’Etat a permis une transmission dynastique du pouvoir dans une république dont  la constitution prévoyait le remplacement du président défunt par le président de l’Assemblée nationale pour assurer l’intérim à la tête de l’Etat ?

Aboubacar  B Fofana

Source: Le Pélican

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