Au Radisson : comment est-ce possible ?

Tout d’abord, nous nous inclinons devant la mémoire des disparus et souhaitons prompt rétablissement aux blessés. Loin de nous, l’idée de créer ou de susciter une vaine polémique. Nous examinons juste la situation avec discernement, lucidité, responsabilité et détermination. Mieux vaut tirer les leçons de nos failles que de nous accorder sur un unanimisme suicidaire.

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Après l’attaque de l’hôtel le plus sécurisé du centre du Mali à Sévaré, nous avons cru que des dispositions avaient été prises pour que plus jamais un endroit hautement sécurisé ne fasse l’objet d’attaques. Et pourtant, l’hôtel Radisson, le plus sécurisé de Bamako, a été atteint avec des dizaines de morts. Toute action terroriste est opportuniste, enseigne-t-on dans les classes de stratégie. L’ennemi cherche la faille et s’engouffre. Nous devons analyser sereinement ce qui n’a pas marché.

Un ministre dépassé par l’enjeu

En voyant notre ministre Salif Traoré sur le terrain s’afficher avant la fin des opérations, on imagine tout le chemin que le Mali doit encore parcourir. Normalement, Salif Traoré devait rester au bureau, au calme, s’informer, instruire aux autres responsables de sécurité dans d’autres lieux de demeurer vigilants. L’agitation visible du ministre Salif Traoré à la télévision est la manifestation criarde de son manque de professionnalisme. Cher ministre, on n’intervient pas sur une radio surtout étrangère avant la fin des opérations. Que toutes les composantes de l’armée malienne soient déployées (armées, garde nationale, gendarmerie, police) est le signe évident d’un certain cafouillage ? Cher porte-galon colonel-major Salif Traoré.  Diantre. Que Dieu sauve le Mali !

Nos services de renseignement

Nous l’avons déjà dit et nous le répétons encore une fois aujourd’hui. Les têtes pensantes de notre Sécurité d’État doivent être changées. Moussa Diawara et son équipe ne peuvent relever les défis de renseignements auxquels le Mali fait face. Le renseignement, c’est l’intelligence pure. Il nous faut une tête bien faite, un administrateur hors normes de la trempe de feu Boré, par exemple, pour diriger la Sécurité d’État. Les renseignements ne s’improvisent pas. Un préfet qui a parcouru le Mali, discret, honnête  et patriote, doit être mis en selle.

Arrêtons avec nos complexes

Nous avons dit depuis des décennies que l’exemplarité doit venir d’en haut. Si les terroristes ont pu tromper la vigilance de nos soldats avec une voiture immatriculée CD, ce que objectivement le subconscient de nos hommes les y préparait. Souvenons-nous, IBK, alors Premier ministre, avait raccompagné le Premier ministre guinéen à l’aéroport Bamako-Sénou. Le chef d’escale d’air France, un respectable employé, voulut fouiller la valise de Sidya  Touré. IBK avait dit niet et le chef d’escale d’Air France avait dit sans fouille, pas de décollage d’avion. Sidya Touré, après un temps, était parvenu à calmer IBK et s’était prêté à l’examen de sa valise. Par la suite, IBK, dans une fureur malsaine, déclarait le chef d’escale persona no grata au Mali. Ce dernier fut aussitôt désigné chef d’escale à Lomé avec les félicitations de sa hiérarchie.

Si tous les diplomates et toutes les voitures diplomatiques étaient fouillés de fond en comble, ce qui s’est produit, ne se serait jamais produit. Ceux qui opposent leur immunité diplomatique pour ne pas être fouillés, ne sont pas passés par les détecteurs de métaux, doivent être tenus en respect et à pied au moins 50 mètres avant d’accéder à des locaux. L’espace d’empêcher toute entreprise diabolique. Que sait-on ?

Il est urgent que les policiers des aéroports, les agents devant toutes les institutions de la République fassent leur travail sans état d’âme. Ne  faire confiance à personne. Si l’on peut objectivement se fier à un président d’institution, quid de son entourage ?

Nous ne trompons pas d’amis, visons nos intérêts

Au Mali, nous aimons dire que nous sommes en grande majorité musulmans. Il se trouve que c’est l’Arabie Saoudite qui est la terre du prophète de l’islam Mohamed (PSL). Ce pays travaille en matière sécuritaire en étroite collaboration avec Israël. En clair, les enfants d’Ismaël et d’Isaac descendants d’Abraham travaillent de concert dans le domaine sécuritaire. Qu’est-ce qui peut empêcher nous autres Africains, Maliens, de demander à l’Israël son expertise en matière de protection des lieux ?

La République d’Égypte, arabe, musulmane, anciennement plusieurs fois en guerre contre l’État hébreu, coopère avec Israël aujourd’hui en matière sécuritaire. Sommes-nous ou voulons-nous être plus royalistes que le Roi ? Si l’on ne peut l’afficher publiquement, faute de maturité, expliquons-le clairement au peuple ou  faisons-le en sous-main. Ce n’est pas sorcier. Vingt instructeurs israéliens peuvent en trois mois de stage instruire à nos hommes toute leur expérience en matière de protection des lieux susceptibles d’attentat, acquise depuis 1948, date de création de l’État moderne d’Israël.

Il est temps de renforcer les patrouilles non pour racketter les populations, mais pour rendre les terroristes fébriles. Qu’ils sentent qu’ils peuvent en tous lieux et tous temps tomber sur un contrôle. Il est bel et bien possible d’infiltrer les hommes d’Amadou Koufa. Paroles de macinaké.

Félicitations à nos soldats et leurs partenaires pour leur professionnalisme. Espérons pour notre bien commun, un autre leadership capable de comprendre, d’analyser et d’anticiper. Pour le moment, notre élite de gouvernance est très loin d’être à hauteur de mission. Hélas !

Boubacar SOW

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Source: Le Reporter

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