Au Mali, “nouvelle vague d’exécutions de civils”, selon Human Rights Watch

Il y a actuellement une “hausse dramatique” du nombre de civils tués au Mali. Tel est le constat de Human Rights Watch qui publie ce mardi un rapport mettant en cause aussi bien les djihadistes que l’armée dans les violences qui ensanglantent le pays. L’organisation demande aux autorités maliennes d’enquêter et de punir les responsables de ces crimes.

Mon cœur battait la chamade. Je n’ai pas pu supporter de rester très longtemps”. Le témoin, anonyme, raconte ce qu’il a vu le 3 mars dernier, près du hameau de Danguèrè Wotoro, à environ 11 kilomètres de Diabaly, dans la région de Ségou, au centre du Mali. Ce jour-là, 35 cadavres calcinés sont découverts. “J’ai vu des traces de pneus et de moto, et le bouchon d’un bidon plastique de 20 litres qui sentait le gasoil frais, ajoute le témoin. Les corps étaient allongés en plusieurs groupes, sous des arbres, en plein soleil. La tête de certains semblait indiquer qu’ils avaient reçu une balle ; d’autres avaient la poitrine perforée. Leurs vêtements étaient brûlés et certains avaient les mains liées et les yeux bandés”.

“Fake news”

Selon Human Rights Watch, le massacre survenu le 2 mars est le fait de soldats maliens. 35 exécutions extrajudiciaires commises lors d’opérations antiterroristes. Le massacre du 2 mars à Danguèrè Wotoro est, selon HWR, “l’allégation la plus grave impliquant des membres de l’armée gouvernementale depuis 2012”.

Le ministère malien de la Défense a qualifié les accusations d’exécutions sommaires commises à Danguèrè Wotoro de “‘fake news’ […] dont l’objectif est de discréditer les FAMA (les forces armées malienne, NDLR”, précisant toutefois que l’État-major des Armées avait ouvert une enquête le 5 mars.

 

Dans son rapport publié ce mardi, Human Rights Watch multiplie, comme à son habitude, les témoignages.
Factuels, précis, ils permettent à l’ONG de donner un bilan précis des violences commises au Mali entre décembre 2021 et mars 2022. En quatre mois, 107 personnes ont été tuées. Des civils “exécutés sommairement” soit par l’armée, soit par des djihadistes, dans le centre et le sud-ouest du Mali. 71 des victimes auraient été tuées par des militaires, les 36 autres par des combattants islamistes.
Selon Human Rights Watch, les jihadistes seraient coupables, notamment, du massacre de 32 personnes début décembre entre Songho et Bandiagara, dans le centre du pays. 32 passagers d’un bus qui aurait été mitraillé avant de s’enflammer.

Des “hommes blancs

Plusieurs témoignages recueillis par Human Rights Watch évoquent également, sans davantage de précisions, la présence “d’hommes blancs” parlant une langue qui n’est pas le Français, sur les lieux de certaines exactions.
C’est le cas, par exemple, mi-janvier à Feto et Wouro Gnaga, dans la région de Ségou, dans le centre du Mali. Cinq civils, dont deux personnes âgées, sont tués. “Les témoins ont indiqué que jusqu’à dix soldats « blancs » d’une nationalité incertaine, qui se déplaçaient à moto, avaient pris part à l’opération et se trouvaient dans les environs du lieu où les meurtres avaient été perpétrés – meurtres qui, d’après les témoins avaient été commis par l’armée malienne”, peut-on lire dans le rapport de Human Rights Watch qui ne cite jamais le nom du groupe de sécurité privé russe Wagner.

 

Impunité

Voilà dix ans maintenant que le Mali est le théâtre de violences dont le bilan incertain s’élève à plusieurs milliers de morts mais aussi plus de 320 mille déplacés. “On constate une hausse dramatique du nombre de civils, y compris de suspects, tués par l’armée malienne et des groupes islamistes armés”, commente Corinne Dufka, la directrice de HRW pour le Sahel, évoquant un “mépris total pour la vie humaine, qui se traduit notamment par des crimes de guerre manifestes”.

 

L’ONG demande que des enquêtes soient ouvertes et que les responsables soient punis. “Plusieurs membres des groupes islamistes armés ont été poursuivis pour des délits pénaux, peut-on lire dans le rapport, mais pratiquement personne des forces gouvernementales ou progouvernementales n’a fait l’objet d’investigations, et encore moins n’a été tenu de rendre des comptes”.

Source: TV5

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