Alger : Un accord (bis) imposé à l’Etat !

Les Maliens ont appris la signature (le vendredi dernier à Alger) de deux nouveaux documents entre les groupes armés de Kidal et la délégation gouvernementale, sous (l’instigation ?) de la médiation internationale dont le chef de file est le ministre algérien des Affaires étrangères.

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Deux documents, dont on ignore tout (excepté les intitulés), sont venus s’ajouter à l’accord controversé, signé le 15 mai 2015 à Bamako. Le gouvernement du Mali, qui avait crié partout son opposition à toute réouverture des négociations sur l’accord d’Alger, a finalement cédé face à la pression algérienne et onusienne. De toute évidence, ces nouveaux documents lui ont été dictés et imposés. Pauvre Mali !

 

Dans un communiqué diffusé le 4 juin, le gouvernement a essayé de prendre de court l’opinion nationale en l’informant des discussions à Alger, mais également pour l’assurer de sa volonté de rester fidèle à l’accord d’Alger. « Les consultations en cours n’impliquent nullement une réouverture des négociations sur l’Accord pour la paix et la réconciliation, signé à Bamako le 15 mai 2015 et entré en vigueur le même jour », précise le communiqué du gouvernement. Volonté délibérée de cacher la réalité ? Tout porte à le croire.

En fait, on se souvient que les groupes armés de Kidal avaient refusé de parapher l’accord d’Alger tant qu’il ne prenait pas en compte ses amendements. Ils ont tenu parole. Et la médiation internationale s’est dédite, en acceptant d’ouvrir des discussions seulement sur les amendements de la CMA. Avant de parapher l’accord d’Alger, le 14 mai dernier, des promesses leur auraient été faites à la fois par l’Algérie et la Minusma, mais aussi par le gouvernement du Mali (lire notre article publié en avril 2015).

A Alger, le gouvernement indique que les consultations se sont tenues sur deux documents « entre parties prenantes maliennes, en vue du parachèvement du processus de signature et de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali ».

Le premier est intitulé « Relevé de conclusions des consultations préparatoires à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger ».

Le second document porte sur « les arrangements sécuritaires pour une cessation des hostilités sur le terrain, en vue de créer les meilleures conditions de mise en œuvre de l’Accord ».

C’est en substance l’information donnée par le gouvernement malien au moment où tous les regards sont tournés vers Alger. Vingt-quatre heures après, les Maliens apprennent (sans autre forme de procès) que le gouvernement a signé avec la CMA ces documents sans au préalable consulté le peuple malien. Pis, le premier document ne prendrait en compte que les exigences (sous forme d’amendements) de la CMA. Celle-ci dit même que ces amendements font suite aux consultations qu’elle a organisées avec sa (base ?) à Kidal (les 12 et 13 mars 2015). Il s’agit entre autres d’exigences portant sur l’appellation de l’Azawad et des dispositions sécuritaires concernant Kidal. Pour le reste, l’on ignore le contenu du nouveau document et de cet accord (bis) signé le 5 juin 2015 (encore) à Alger. Un document qui comporterait au total 13 amendements de la CMA.

Quant au second document, il attrait comme son intitulé l’indique, à des problèmes sécuritaires et particulièrement de Ménaka où il est question que le Groupe d’autodéfense Touareg Imghads et alliés (GATIA) se retire de la ville sur demande de la CMA, chassée à la suite d’une cinglante défaite. Un délai de 72 heures a même été fixé à ce mouvement pour s’exécuter…

La Minusma et l’Algérie sont, depuis cette défaite, à pied d’œuvre pour laver l’affront de la CMA en voulant éjecter hors de Ménaka les éléments de Gatia, soutenus par les populations. Sans succès ! Elles ont choisi de passer à la vitesse supérieure en y associant à cette décision le gouvernement du Mali. Ce document confie la sécurité de Ménaka à la Minusma. Pendant ce temps, l’armée malienne, elle, sera cantonnée. Et la CMA va se positionner à une vingtaine de kilomètres de Ménaka.

En clair, l’Algérie et ses complices ont décidé de mettre Ménaka sous surveillance de la CMA. Sinon qu’est-ce qui explique cet arrangement (qui profite seulement aux rebelles) sécuritaire au moment où on est rentré dans la mise en œuvre de l’accord signé le 15 mai ? Il s’agit tout simplement de renforcer la CMA dans ses convictions, qu’elle détient un territoire au même titre que le gouvernement du Mali. Pendant ce temps, la CMA continue d’occuper des villes maliennes, notamment Kidal, Ber, le nord du Faguibine dans le cercle de Goundam…, au vu et au su de la Minusma et de la France (à travers sa fameuse opération Barkhane) et de la communauté internationale.

Pour seule consolation, la plateforme des mouvements armés, favorable au Mali, a refusé de signer ces documents. Dans une déclaration publiée à Alger, elle réaffirme sa volonté de ne signer quoique ce soit sans au préalable consulter les populations et les notabilités de Ménaka. Pour l’instant, ce refus de Gatia de quitter Ménaka est largement partagé par l’opinion malienne.

En attendant, des interrogations se posent sur l’attitude des autorités maliennes qui ont accepté d’abandonner une partie du territoire, sous la pression d’une médiation visiblement partiale. Aussi, quel est le contenu du premier document signé à Alger ? Mystère. Mais jusqu’à quand ?

Idrissa Maïga

source : L Aube

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