A la loupe : La CMA fait de la résistance

Après avoir «consulté» ses bases, la Coordination des mouvements de l’Azawad veut remettre en cause certaines dispositions du projet d’accord pour la paix et la réconciliation. A cet effet, elle a sollicité la médiation pour revoir les points justement sur lesquels le gouvernement n’entend faire aucune concession.

Lundi dernier, à l’issue de leurs fameuses consultations avec leurs bases, les responsables de la Coordination des mouvements de l’Azawad ont saisi la médiation internationale conduite par l’Algérie pour une demande de révision du projet d’accord pour la paix et la réconciliation paraphé à Alger le 1er mars dernier. Dès le lendemain, des émissaires internationaux ont été envoyés à Kidal pour s’entendre dire que la CMA revient, sous la pression de ses bases, sur certains points du projet d’accord.

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Aux dires des responsables de la CMA, les bases exigeraient l’autonomie et un statut juridique pour l’Azawad. Effectivement, dès le 1er mars, date du paraphe du projet d’accord à Alger par le gouvernement malien, la médiation internationale et la plateforme des mouvements d’autodéfense, des manifestations ont eu lieu à Kidal et à Ménaka.

Etaient-ils déjà manipulés ? En tout cas ils ont étonné beaucoup de monde parce qu’ils manifestaient contre un document dont ils ignoraient encore le contenu. Il n’y avait pas encore eu de concertation entre les délégués et leurs bases, et celles-ci, en principe, ne savaient pas à quoi s’en tenir. Ensuite, ce qui a encore étonné plus d’un, c’est le fait que les délégués de la CMA se sont limités à Kidal pour faire leur compte-rendu.

En effet, puisqu’ils affirment représenter l’ensemble de l’Azawad –toutes les régions du nord et une bonne partie de la cinquième région, soit plus des deux tiers du territoire national-, il aurait été normal et plus crédible qu’ils fassent également la restitution à Tombouctou et à Gao.

Dans leurs rangs ils ont des sédentaires, mais, égarés, on voit mal ceux-ci fouler le sol tombouctien ou gaois même sous escorte onusienne. Les « azawadiens » se sont donc limités à Kidal où une bonne partie de la jeunesse s’est convaincue que l’indépendance était possible.

Et elle a effectivement mis la pression sur les délégués. Mais si elle s’est montrée particulièrement active, cette jeunesse est loin d’être majoritaire même à Kidal a fortiori dans tout le nord où les communautés touarègues, dans leur totalité, sont elles-mêmes largement minoritaires.

De plus, en janvier 2012, quand le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) a déclenché cette rébellion, elle n’a pas consulté les populations du nord. Quand le Mnla s’est allié avec les jihadistes, il n’a pas consulté la jeunesse du nord. Et s’il l’avait fait, il n’aurait pas été suivi.

La preuve en est qu’en fin mars-début avril 2012, quand avec les autres terroristes ils ont occupé le nord, plusieurs habitants de la région de Kidal ont fui pour se réfugier dans les pays voisins ou dans le sud du pays. Et même aujourd’hui, ils refusent de rentrer sachant que Kidal est encore sous le contrôle de la vermine.

En réalité, même sachant qu’ils n’ont plus tellement d’atouts et d’alliés au sein de la communauté internationale, laquelle a largement souscrit à l’accord paraphé le 1er mars à Alger même si le rôle de certains partenaires comme la France reste encore ambigu, les responsables des groupes rebelles terroristes continuent de faire du dilatoire.

En prêtant à leurs bases ces sollicitations, ils reviennent en réalité à leurs anciennes revendications : l’autonomie pour une Azawad juridiquement et politiquement définie, tremplin vers l’indépendance. Or, cette option fait partie des « lignes rouges » que le gouvernement malien n’entend pas franchir, fort du soutien de l’Organisation des Nations Unies et de certains pays qui ont prouvé leur véritable amitié pour le Mali.

En sachant que le gouvernement malien n’adhérera jamais à une option de statut spécial ne serait-ce que pour la seule région de Kidal, les responsables des mouvements rebelles terroristes n’ont-ils pas choisi la solution belliqueuse ? C’est à craindre parce qu’ils savent que la reconnaissance d’une Azawad autonome aboutira obligatoirement à une guerre civile.

Les mouvements populaires d’autodéfense n’ont été créés que dans ce sens, et juste avant le paraphe de l’accord à Alger, ils ont montré toute leur efficacité, ayant mis plusieurs fois en déroute les groupes rebelles terroristes dans maints endroits.

La communauté internationale pourrait éviter cette guerre civile qui s’annonce en prenant toutes ses responsabilités. Sachant que le gouvernement malien a fait toutes les concessions possibles, frisant très souvent la compromission, c’est à elle désormais qu’il revient d’agir, notamment en prenant les sanctions qui s’imposent contre les responsables de cette rébellion qui n’a que trop duré.

Quant au gouvernement, il est temps pour lui de sortir de certains compromis, par exemple en réactivant les mandats d’arrêt internationaux qu’il avait lancés contre certains chefs rebelles terroristes et en demandant aux pays qui se disent amis de coopérer.

 

Cheick TANDINA

Source: Le Prétoire

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