Les vieux démons du passe ont la vie dure : Le renouveau du Mali tant souhaité en passe d’être une lettre morte

La gouvernance d’IBK vient d’entamer sa troisième année.  Certes, le Mali renoue avec une certaine stabilité politique parce que, les Institutions de la République fonctionnent relativement bien. Cependant, l’impression générale ressentie au sein de la masse populaire est l’usure. Au nom de la résolution de la crise du septentrion, tous les autres dossiers brûlants de l’heure ont été relégués au second plan. Résultat, le pays avance à pas de tortue. Une situation qui nous inspira cette agréable métaphore citée par un ressortissant d’un des pays InfoSept sur les ondes d’une radio étrangère en parlant de la conjoncture en Afrique. «L’expression « tirer le diable par la queue » n’a certainement plus aucun secret pour les maliens. Car à force de tirer le diable par la queue, les maliens ont fini par la lui arracher. Pauvre Diable » !

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Certes, gouverner un pays venant tout droit d’une crise multidimensionnelle sans précédent n’est point facile mais, en homme politique éclairé et préparé maitrisant les arcanes du pouvoir qu’il est, le président IBK pouvait et aurait dû utiliser la majorité populaire qui l’a  porté au pouvoir par un large plébiscite. Une arme dont la bonne utilisation aurait pu conférer de la légitimité à toutes ses décisions au point de faire reculer tout obstacle ou toute volonté nuisible à l’Etat émanant d’une quelconque puissance étrangère. Les mêmes problèmes subsistant toujours avec les mêmes intensités : crise au septentrion malien, le chômage et la mauvaise qualité de l’école malienne, la faible industrialisation du pays entrainant la déliquescence de l’économie, entre autres….

 

Le mea culpa de la classe politique n’a pas eu lieu

La crise sécuritaire, institutionnelle et économique de 2012, outre son lot de pertes en vies humaines et matériels de tout genre pour le pays, est une mine de leçons inépuisables pour l’ensemble des maliens, mais d’abord et avant tout pour les politiques. Le coup d’Etat du 22 mars 2012 comme tout coup d’Etat n’a montré en réalité que la faillite de l’appareil étatique en place. C’est la classe dirigeante, en étroite collaboration avec les hommes politiques se cachant derrière l’impossible « démocratie consensuelle », qui a mis l’Etat malien à genoux. La rébellion touareg de janvier 2012, le coup d’Etat de Sanogo et ses acolytes ainsi que l’occupation jihadiste n’ont été que la triste conséquence de la corruption généralisée et du système de népotisme érigé en institution. Le Mali, naguère cité comme un exemple de démocratie en Afrique, n’était en fait qu’un château de cartes construit sur une dune de sables qui s’effondra au premier coup de vent. Pour un Mali nouveau, débarrassé de ses vieux démons, il fallait, à tout prix, tirer les leçons du passé. Mais hélas, au vu de la gouvernance actuelle, force est de reconnaitre que la classe politique dirigeante est en train de retomber dans ses travers au grand désarroi de la majorité des maliens fiers et patriotes qui ne demandent qu’une seule chose : une gouvernance saine et vertueuse dans le seul intérêt de la Nation.

 

Crise arabo-touareg : Au Mali, un Accord de paix en appelle toujours un autre

C’est en ces termes qu’on peut malheureusement interpréter le chapelet de rébellions arabo-touaregs au Mali, et ce, depuis l’aube des indépendances. La toute dernière rébellion aura été particulièrement violente à cause de ses liaisons dangereuses avec les groupuscules jihadistes. Elle aura été, elle aussi, sanctionnée par un énième accord. Même si le texte respecte les lignes rouges tracées par le Chef de l’Etat à savoir l’intégrité du territoire, la laïcité et la forme républicaine et unitaire, il porte néanmoins les prémices d’une partition camouflée du pays. Le seul principe ayant guidé les rédacteurs de cet accord semble être l’avènement de deux Mali, celui supposé du nord et du sud.  Grave amalgame qui ne pouvait être que prémédité par une médiation internationale à l’expertise rompue. Tout au long du document, l’expression « ressortissants du nord » ne semble renvoyer à dessein en  réalité et vu la mise en œuvre en cours qu’aux seuls rebelles de la CMA et sympathisants à peau blanche.

Le constat est amer et difficile à digérer mais il a le mérite d’éclairer l’avenir. Dans un Etat normal démocratique et républicain, la puissance publique ne négocie pas avec de groupes rebelles qui prennent les armes en alliance avec une « intelligence armée étrangère » pour revendiquer contre la mère patrie au lieu d’utiliser les voies légales et politiques. L’acte de rébellion est un crime au regard du Code pénal malien et passible de la peine de mort selon les articles 33, 34 et suivants qui dispose que : « Sera coupable de trahison et puni de mort, tout malien qui portera les armes contre le Mali ; tout malien qui entretiendra des intelligences avec une puissance étrangère en vue de l’engager à entreprendre des hostilités contre le Mali ou lui en fournira les moyens, soit en facilitant la pénétration des forces étrangères sur le territoire malien, soit en portant atteinte au moral, ou en ébranlant la fidélité des Armées de terre ou de l’air, soit de toute autre manière ; Tout Malien qui livrera à une puissance étrangère ou à ses agents des troupes maliennes, portion du territoire national, villes , forteresses, ouvrages, postes , magasins, arsenaux, matériels, munitions, bâtiments, ou appareils de navigation aérienne appartenant au Mali ou placés sous sa garde ; tout malien qui aura participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l’armée ayant pour but de nuire à la défense nationale… »

 

Le contexte particulier des signatures des Accords de paix au Mali

Paradoxe, dans toutes les grandes crises à travers le monde, le processus de négociation n’intervient après la lutte armée que lorsqu’une victoire certaine, claire et nette est observée sur le terrain. La particularité  des crises maliennes de rébellion est que l’Etat  négocie toujours précipitamment avant sa victoire militaire sur le terrain. Ce qui explique que nous nous trouvons à chaque fois dans l’obligation de « dealer » avec les groupes rebelles parce que la Communauté internationale, surtout la France, le veulent ainsi. L’Etat malien de 2012, qu’on le reconnaisse ou pas, doit sa survie aux forces françaises de l’opération Serval dont nous saluons toujours le sacrifice à l’image de Damien Boiteux mort au combat pour le Mali. Les groupes jihadistes guidés par leur rêve de création d’un émirat islamique dans le Sahel voulaient conquérir le plus de territoire possible.

 

La paupérisation sociale grandissante est une véritable menace pour l’Administration IBK

Le contraste entre les déclarations fortes et porteuses d’espoir du candidat IBK et le peu d’actions entreprises sur le terrain pour le changement ne fait que s’épaissir. Par rapport au processus de paix, le président a déclaré à maintes reprises qu’il ne négocierait jamais le couteau à la gorge avec un groupe armé ; que les pourparlers ne commenceraient qu’après le dépôt des armes par les rebelles. En plein processus de paix, les cas d’agression envers les populations civiles et les Forces Armées Maliennes déployés dans le septentrion se sont augmentés.

S’agissant de « la lutte implacable » contre « la corruption tolérance zéro » et le népotisme, il arguait à maintes reprises que la loi s’appliquerait à tous  et dans toute sa rigueur et que tous seront égaux devant la loi. Erreur d’appréciation, les rebelles jouissent presque tous d’une amnistie ; beaucoup de policiers continuent de rançonner les citoyens et les cas avérés de malversations financières perdurent. Les affaires de l’achat de l’avion présidentiel, du contrat d’armement et d’équipements militaires ou encore récemment l’affaire du Fonds d’Accès Universel prouvent à suffisance la mauvaise gouvernance. C’est pour toutes ces raisons que le marasme social ne fait que grandir. Autre anomalie de la gouvernance actuelle, c’est de voir une minorité minoritaire arriver à faire aboutir ses revendications farfelues au détriment des aspirations légitimes de l’écrasante majorité de la population. Sur plus de 15 millions d’habitants au Mali, les membres de la CMA et sympathisants ne représente que moins de 5000 partisans. Quel message envoie ainsi IBK au  jeune diplômé du Ganadougou, de Pélou ou encore de Logo Sabouciré qui verra qu’un autre jeune malien, beaucoup moins instruit et moins méritant que lui, aura un poste au sein de la fonction publique tout simplement parce que ce qu’il aura pris les armes ou qu’il serait issu d’une « minorité ethnique marginalisée » ? Que pensera le vaillant soldat malien qui verra le bourreau de son frère d’arme intégrer et réintégrer l’Armée Nationale à souhait et avec des galons dans un rang plus élevé que le sien ? Où sont donc la Justice, l’Equité et la Transparence qu’IBK avait promises à tous les fils du Mali ?

A l’entame de la troisième année de son premier quinquennat, force est de noter que la frustration sociale ne fait que prendre de l’ampleur au sein de la masse populaire. Et pour qu’il arrive au terme de son mandat, le président de la République a tout intérêt à réduire cette bulle en ébullition en équilibrant quelque peu la balance de part et d’autre.

 

IBK doit adopter une nouvelle politique basée sur la Transparence, l’Equité et la Justice

Un président de la République est semblable à un « Dieu » dans la mythologie grecque qui tient son pouvoir du soutien que lui voue son peuple. Si ce « Dieu-président » s’en détournait, il se retrouverait affaibli. Par contre, s’il s’en imprégnait et qu’il posait chaque acte de son pouvoir dans le souci exclusif de son peuple, son pouvoir demeurerait sans limite. C’est cette image que le président IBK doit comprendre et appliquer. La légitimité qui l’a porté au pouvoir est son arme infaillible. Volonté de partition du Mali, le supposé embargo militaire ne peuvent se mettre en travers de la force populaire. Qu’il fasse alors brandir et vibrer cette force populaire pour le plus grand bonheur du Mali et des maliens.

 

Aujourd’hui, devant la mal gouvernance généralisée, l’un des  motifs de satisfaction pour le peuple malien, ce sont les performances sportives de nos différentes équipes nationales de Basketball, de Football et de Handball dont le mérite premier revient à la Jeunesse malienne. Il va sans dire que si la classe politique dirigeante mouillait aussi le costard cravate autant que nos vaillants athlètes, le pays marcherait résolument vers le développement et l’émergence. Nos athlètes, malgré leur jeune âge, sont bel et bien aujourd’hui, un exemple à suivre pour l’élite au pouvoir : «  Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », une maxime bien connue et qui s’applique à merveille à nos jeunes hérauts. Il est peut-être grand temps que les rênes du pouvoir reviennent à la jeunesse, celle consciente et compétente.

Ahmed M. Thiam

source : [email protected]

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