Tunisie : le signal positif envoyé au tourisme par le retour d’easyJet

En réinvestissant le ciel tunisien, la compagnie aérienne low cost réveille l’un des principaux marchés émetteurs du tourisme du pays, celui des Britanniques.

Dans quelques mois, les avions de la compagnie low cost survoleront à nouveau le ciel tunisien, plus de quatre ans après l’attentat terroriste de Sousse du 26 juin 2015 qui avait fait 38 victimes, dont 30 Britanniques. Le drame était survenu trois mois après la mise en service de la première ligne d’easyJet dans le pays, entre l’aéroport londonien de Stansted et Monastir. La reprise, qui intervient en même temps que 19 autres liaisons, est donc prévue pour le 2 mai 2020. Deux vols hebdomadaires partiront de Gatwick, et atterriront à l’aéroport de Enfidha-Hammamet, les mercredis et samedis. Une liaison en concurrence avec celle proposée par TUI Airways, autre compagnie aérienne anglaise. « Nous sommes heureux de pouvoir mettre à la disposition de nos clients un réseau aussi incomparable et aussi inégalé qui, avec l’annonce d’aujourd’hui, s’est enrichi de deux destinations : Enfidha, en Tunisie, et Tirana, en Albanie », a déclaré le directeur national d’easyJet Royaume-Uni Ali Gayward, dont les propos ont été rapportés par le site d’informations Kapitalis. « Ces nouvelles offres présentent à notre clientèle des vacances d’été à des prix imbattables. »

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Un bon point pour le tourisme tunisien

Il s’agit aussi d’une aubaine pour les millions de touristes qui font leur retour en Tunisie. Depuis quelque temps déjà, les chiffres du secteur sont à la hausse. Selon le ministère du Tourisme et de l’Artisanat, au 10 septembre dernier, près de 6,6 millions de visiteurs sont venus en Tunisie depuis le début de l’année, soit une hausse de 14,9 % par rapport à l’année précédente. Les recettes touristiques atteignent quant à elles près de 4 milliards de dinars (1,2 milliard d’euros), en augmentation de 46 %. De bons points donc pour le secteur, qui a pris de plein fouet les répercussions des attentats perpétrés sur son sol, à Tunis ou à Sousse. Sur la seule année 2015, le pays avait en effet perdu deux millions de touristes, soit un quart de la fréquentation habituelle. Un manque à gagner de taille, dans ce pays où le tourisme fait vivre 470 000 personnes.

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… qui doit se réorganiser…

Avec 9 millions de touristes attendus cette année, la Tunisie renoue donc peu à peu avec un des piliers de son économie. Mais si le pays veut véritablement jouir des fruits du tourisme, il devra aussi revoir son modèle. « Le revenu moyen par chambre, en 2018, est trois fois inférieur en Tunisie qu’au Maroc […] Un tiers de l’offre touristique n’est pas viable économiquement », estimait la STB, l’une des principales banques tunisiennes à l’AFP. Car les touristes étrangers – venus le plus souvent pour profiter des offres « all inclusive » qui comprennent l’hébergement, les repas, et les boissons – ne dépensent pas, ou peu, à l’extérieur. Seule une partie des Tunisiens, promoteurs immobiliers et propriétaires de structures hôtelières, profiterait donc de cette manne financière. Et depuis le boom touristique du début des années 2000, les structures, trop nombreuses, ont vieilli et sont endettées.

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… dans un contexte économique global délicat

Aujourd’hui, les dettes dans le secteur du tourisme représentent le double de la moyenne dans les autres secteurs, estime la Banque centrale de Tunisie (BCT). Selon un rapport de 2017, elles s’élèvent à 1,47 milliard d’euros, soit plus que les recettes annuelles du tourisme, selon les chiffres de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT). Il y a donc urgence à renouveler le modèle. Une ambition que s’était donnée René Trabelsi, alors ministre du Tourisme il y a encore quelques mois. « Je veux faire découvrir la richesse historique, ce patrimoine exceptionnel qu’on trouve à l’intérieur du pays. Il y a un potentiel énorme, avait-il déclaré au Point Afrique. Désormais, on met en avant un tourisme durable et alternatif », avait-il dit.

En tout cas, il y a lieu de retenir que les aspirations touristiques du gouvernement s’opèrent dans un contexte économique global délicat. Selon des chiffres révélés par l’Institut national de la statistique (INS) fin novembre, le déficit de la balance commerciale s’est creusé, pour atteindre un montant de 17 799,3 millions de dinars, contre 17 329,9 millions de dinars au cours de la même période de 2018. Le taux de couverture des importations par les exportations a quant à lui enregistré une progression de 1,2 point par rapport aux onze premiers mois de 2018, pour se situer à 69,4 % contre 68,2 %. Ce déficit s’explique, selon l’INS, par la situation observée avec un certain nombre de pays tels que l’Algérie, l’Italie, la Turquie et la Russie. En revanche, la balance commerciale a enregistré un excédent avec d’autres pays, principalement avec la France, la Libye et le Maroc.

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