Rétrospective : DISCOURS DU DOCTEUR ASAGYESFO KWAME NKRUMAH PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU GHANA AU SOMMET DE L’OUA LE 24 MAI 1963 (9IEME PARTIE)

« …Or, au lieu d’adopter une telle attitude, plusieurs Etats africains indépendants sont liés par des pactes militaires avec les anciennes puissances coloniales. La stabilité et la sécurité que de tels procédés cherchent à établir sont illusoires, car les puissances métropolitaines saisissent cette occasion pour appuyer leur domination néo-colonialiste en impliquant la puissance africaine dans une entente militaire. Nous avons vu de quelle façon les néo-colonialistes utilisent leur base pour se retrancher et même pour attaquer les Etats voisins indépendants. De telles bases sont des centres de tension et des points de danger potentiel de conflits militaires.

kwame nkrumah ghana ancien president

Elles menacent la sécurité non seulement du pays où elles sont situées, mais aussi des pays limitrophes. Comment pouvons-nous espérer faire de l’Afrique une zone franche dénucléarisée et libre de toute pression exercée par la guerre froide, lorsque notre continent est impliqué de cette façon dans les questions militaires ? Ce n’est qu’en équilibrant une force commune de défense par un désir commun de réaliser une Afrique libre de tout lien imposé par un diktat étranger ou une présence militaire et nucléaire.

Il faudra pour cela un commandement suprême africain dont l’autorité s’exerce sur tout le continent, tout particulièrement si l’on doit renoncer aux pactes militaires conclus avec les impérialistes. C’est le seul moyen de parvenir à briser ces liens directs entre le colonialisme du passé et le néo-colonialisme que ………… actuellement entre nous des dissensions. Nous n’avons pas l’intention de créer et nous ne concevons pas un commandement suprême africain conçu d’après les pouvoirs politiques qui régissent maintenant une grande partie du monde, mais par un instrument essentiel et indispensable à la stabilité et à la sécurité en Afrique.

Nous avons besoin d’une planification économique unifiée pour l’Afrique. Tant que la puissance économique de notre continent ne se trouve pas concentrée entre nos mains, les masses ne peuvent avoir aucun intérêt réel, aucune préoccupation réelle pour collaborer à la sauvegarde de notre sécurité, pour maintenir la stabilité de nos régimes, et pour mettre leur force au service de nos objectifs.

Avec le rassemblement de nos ressources, de nos énergies et de nos talents, nous avons les moyens, dès que nous en manifestons la volonté, de transformer les structures économiques de nos divers Etats et de les faire passer de la pauvreté dans l’abondance, de l’inégalité à la satisfaction des besoins de nos peuples. C’est seulement sur une base continentale que nous aurons la possibilité d’établir un plan pour la juste utilisation de toutes nos ressources et pour leur consécration à la pleine expansion de notre continent. Par quel autre moyen pourrons-nous conserver nos propres capitaux pour notre propre développement économique ?

Par quel autre moyen pourrons-nous créer un marché intérieur consacré aux services de nos propres industries ? Si nous appartenons à des zones économiques différentes, comment pourrons-nous abattre les barrières qui s’opposent au mouvement de devises et des échanges entre Etats africains et comment ceux qui sont économiquement plus forts parmi nous seront-ils en mesure d’aider les Etats les plus faibles et les moins développés ? Il est important de se rappeler qu’un financement et un développement indépendant sont irréalisables sans une monnaie indépendante. Un système monétaire qui est soutenu par les ressources d’un Etat étranger est ipso facto subordonné aux arrangements commerciaux et financiers de ce pays étranger… »

Youssouf Sissoko

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