Le conflit le plus sanglant d’Afrique

Il est des drames humanitaires qui n’attirent pas du tout l’intérêt des médias. C’est le cas de celui de la région du lac Tchad (Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun).

soldats Boko Haram nigeria

Depuis quelques années Boko Haram, affilié à l’Etat islamique, sème la terreur dans le nord-est du Nigeria. On se souvient des 276 jeunes filles enlevées par ce groupe djihadiste dans l’Etat de Borno. Aujourd’hui, plusieurs autres pays de la région sont également gravement touchés par les attaques menées par ce qui est devenu l’Etat islamique en Afrique occidentale (EIAO). Au Niger par exemple, la ville de Diffa (600 000 habitants) vit constamment sous la menace des islamistes. Beaucoup de ses résidents quittent la ville pour essayer d’échapper à ces attaques meurtrières. Selon l’UNICEF, depuis 2014-2015, les enfants sont de plus en plus utilisés comme chair à canon: l’institution onusienne estime qu’une attaque-suicide sur cinq au Nigeria et au Cameroun est perpétrée par des enfants, dont les trois quarts par des filles.

Le CICR évalue à 2,8 millions les personnes chassées de chez elles par le conflit qui oppose les forces gouvernementales nigérianes au groupe Boko Haram. Un communiqué du CICR évoque la situation en termes alarmistes: «Traumatisées par les horreurs qu’elles ont vécues, [ces personnes] essaient de survivre malgré tout. Les communautés d’accueil, qui doivent partager leurs maigres ressources avec les nouveaux arrivants, sont elles aussi mises à rude épreuve. La situation est critique: plus de 223 000 enfants souffrent de malnutrition sévère dans la région et environ 9,2 millions de personnes ont besoin d’une aide d’urgence.»

Dans ce contexte, le CICR a intensifié ses activités humanitaires dans la région. Le directeur des opérations signale «qu’il y a une grave pénurie de nourriture. (…) Les plus jeunes sont particulièrement touchés: pas un jour ne se passe sans qu’un enfant meure de malnutrition.»

Parmi les organisations présentes sur le terrain, le CICR et les Sociétés de Croix-Rouge locales ont distribué des vivres à plus de 300 000 personnes déplacées au Nigeria, au Cameroun et au Niger, tandis que 15 000 personnes déplacées ont reçu du matériel pour la construction d’abris d’urgence dans deux Etats du Nigeria, Borno et Adamawa. Les besoins médicaux sont également importants: 500 blessés de guerre ont été dénombrés dans les hôpitaux de Diffa (Niger) et de Maiduguri (Nigeria).

Le conflit entraîne aussi des arrestations de plus en plus nombreuses. Le CICR visite des détenus dans toute la région pour examiner leurs conditions de vie et le traitement qui leur est réservé. Il lutte aussi contre la malnutrition dans les prisons, car les autorités sont dépassées par les événements.

Au vu de l’énormité des besoins, tous ces efforts restent largement insuffisants. Hélas, la communauté internationale, tant au plan humanitaire que politique, demeure plutôt indifférente. Le rôle des médias serait crucial pour sensibiliser l’opinion et les gouvernements au conflit le plus sanglant d’Afrique.

 

Source : laliberte

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