La ville de Tunis : Le nouveau ‘’petit Paris’’ des Maliens

Environ 3OOO de nos compatriotes vivent en Tunisie. Cette estimation ne prend pas en compte d’autres milliers de Maliens, non-résidents, étudiants, candidats à l’immigration clandestine qui affluent chaque jour vers ce pays. Parmi lesquels, la majorité est en voyage sanitaire. La prouesse de la médecine tunisienne a fait de ce pays la destination favorite des Maliens. Enquête.

 

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« Bourguiba était un visionnaire, il a œuvré essentiellement pour avoir une masse laborieuse d’un peuple cultivé et bien soigné ». Ces propos sont d’un taximan, Mansour, qui pour le trajet d’environ 2KM de l’aéroport à l’avenue Mohamed V, exige des étrangers d’être payé en Euro, au lieu du dinar local que le compteur du taxi affiche. Arnaque. Plutôt pauvreté, rétorque-t-il. « Dans ma famille, on ne mange qu’une seule fois dans la journée, l’après révolution aura été fatidique pour le beau peuple tunisien », a-t-il martelé dans un français écorché de tous ses bons accents. Cette situation de pauvreté, qui n’était pas chronique est bien générale de nos jours, dans le pays de Bourguiba. Au point, qu’au niveau de l’Assemblée constituante, les autorités politiques et leur principale centrale syndicale, l’UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens) sont à couteaux tirés autour d’une loi des finances complémentaire de « contribution conjoncturelle et exceptionnelle » des salariés. Il s’agit d’un prélèvement d’environ 350 millions de dinars tunisiens sur les salaires. Une décision contestée par l’UGTT, dont les responsables avancent la détérioration du pouvoir d’achat des travailleurs. Un bras de fer identique à celui en cours au Mali entre le gouvernement et l’UNTM, sauf que la centrale syndicale malienne exige l’augmentation de la valeur indiciaire, contrairement à son homologue tunisienne, dont les militants sont délestés par l’Etat.

Même son de cloche chez le bas peuple. Dont l’activité principale au niveau des quartiers se concentre au niveau des cafeterias. A chaque point de café et à longueur de journée, des dizaines de jeunes (garçons et filles) occupent les sièges, histoire de fondre dans le « noir » le désastre quotidien. Là-bas aussi le torchon brûle, ardemment. Car depuis la semaine dernière, les tenanciers des cafeterias ont imposé à leur clientèle de ne plus dépasser plus de 30 mn avec la même commande. Le journal ‘’Tunis-Hebdo’’ écœuré par cette décision titrait dans sa parution du 25 aout dernier « Bois ton café et dégage ».

Malgré tout, la vie continue brillement dans la capitale tunisienne. La ville reste propre, ses habitants, tous bien habillés, à pas de course pullulent entre les arrêts de bus, de métro et sur les passages piétons. Sur toutes les grandes artères, le trafic est dense, des voitures de dernière marque et les grosses cylindrées se coincent, se klaxonnent et se dépassent. Les agences de banque en nombre suffisant et en sigles différents rivalisent les immeubles des cliniques et des grandes écoles privées. Sans aucun doute, Tunis amorce son émergence. Et la Tunisie garde sa réputation d’un pays de grands médecins de toutes les spécialités. Les différentes structures sanitaires sont dotées d’un plateau technique assez élargie.

Le point de chute sanitaire des Maliens !

« La médecine tunisienne est en avance de plus de trente ans sur celle du Mali », témoigne un Malien, ancien fonctionnaire international à la retraite. Qui soutient qu’à l’exception de la médecine des pays d’Amérique latine (Cuba, Vénézuela…), de nos jours les spécialistes tunisiens sont sensés connaitre mieux les maladies des patients africains que tout le monde. A l’en croire, c’est dans un hôpital français qu’on l’aurait annoncé l’état avancé de son cancer d’estomac avec un délai de survie fixé au maximum à 3 ans. «Depuis cette date, cela me fait maintenant plus de huit ans que je suis sous traitement d’un spécialiste tunisien. D’ailleurs mon mal présente peu de séquelles graves aujourd’hui », a-t-il précisé.

Sur les prouesses des ‘’toubibs’’ tunisiens des nationaux ne tarissent pas d’éloges. Comme cette dame, bien aisée, épouse d’un cadre de l’administration malienne. « Avec le soutien de mon mari, j’ai fait une intervention sur ma gorge qui était affectée d’un goitre infectée à l’intérieur, au Sénégal. Après cela je souffrais de douleurs atroces, qui passaient de mal en pis. Grâce à un médecin malien, j’ai pu avoir un rendez-vous avec un spécialiste tunisien. Qui a refait l’opération avec succès. Depuis lors, je me suis fixée comme objectif de faire un contrôle annuel de ma santé. Dieu merci, je me porte à merveille de nos jours, grâce aux conseils de ce médecin tunisien, très accueillant, bien courtois et assez disponible », indique-t-elle.

Comme elle, en moyenne, c’est une centaine de nos compatriotes qui fait le voyage tunisien à chaque vol de la compagnie ‘’Tunisair’’. Une plus-value pour cette compagnie nationale qui relie les deux capitales deux fois dans la semaine.

Un véritable réseau de sous-traitants :

Autant la médecine tunisienne fait des exploits auprès de nos compatriotes, autant des spécialistes tunisiens se distinguent dans leur domaine. C’est le cas pour cette dame, spécialiste en Gastro-Entérologie, Hépatologie, maladie hémorroïdaire et endoscopie digestive, répondant au nom de Dr Bouraoui Ben Ammar. Jeune et belle comme un bijou de Palais, elle jouit d’une grande popularité auprès des patients maliens, libyens et d’autres pays de notre sous-région. Très dévouée, toujours disponible au chevet de ses patients, elle maîtrise son domaine que ses clients soutiennent qu’elle fait zéro faute dans sa synthèse médicale. Le ‘’Saphir Médical’’, tel est le nom de cette structure médicale très réputée. Dans le domaine, elle n’est pas la seule, prise d’assaut par les patients de toutes les nationalités, même des pays occidentaux. Parmi les plus connues, il y’a, entre autres, ‘’Taoufique’’, ‘’Les berges du Lac’’, ‘’El Amen’’, ‘’Atlas-Médical’’…

Cependant, ce succès de la médecine tunisienne est écorché de nos jours par le coût qui apparaît exorbitant pour les Maliens. Au point que certains se retrouvent dépouillés de tous leurs sous avant la fin des traitements. Cela, pas à cause des honoraires médicaux, mais plutôt des autres facteurs qui rendent le séjour couteux pour nombre de nos compatriotes. Car, ce sont de véritables chaînes de courtage qui sont établis de Bamako à Tunis, où chaque maillon y tire son compte. Il s’agit de certains de nos médecins des grands hôpitaux qui délivrent le rapport médical pour une évacuation chez un spécialiste tunisien, tout en occultant son pourcentage sur le coût déterminé en connivence. Une fois à Tunis, les autres composantes de la chaine entrent en jeu, il s’agit des assistants médicaux, qui sont soient tunisiens ou Maliens. Sans fondement juridique, ils déterminent les centres de logements (généralement des hôtels trois étoiles), fixent les jours de rendez-vous avec les médecins et engagent la facture, bien salée, sans discussion. Gare aux patients de broncher. Au risque de voir recaler ses jours de rendez-vous et son séjour périlleux dans la capitale tunisienne.

« On multiplie par deux les montants de la facture, généralement le médecin traitant ne trouve qu’une portion congrue comme honoraires », soutient une patiente malienne, habituée de la ville. Laquelle soutiendra que c’est un véritable réseau d’arnaqueurs qui s’est établi entre le Mali et la Tunisie. Au compte desquels des concitoyens résidant en Tunisie, dont une dame M. K ont leur réputation sérieusement salie. En raison de leur agissement contre les patients malades.

Aussi, certains travailleurs de l’Ambassade du Mali à Tunis sont indexés comme de véritables bourreaux de leurs propres frères maliens. Faux ! Rétorque Mamadou Sow, chargé d’affaires de l’Ambassade du Mali à Tunis. « Il s’agit d’une calomnie fomentée par ces gens pour détourner les Maliens de leur représentation consulaire » renseigne-t-il. Avant de poursuivre que depuis leur arrivée au sein de cette représentation consulaire, ils ont pris à bras le corps les préoccupations des concitoyens maliens vivant à Tunis et d’autres régions du pays. « Nous tenons une réunion hebdomadaire pour faire l’état des lieux de la situation des Maliens résidant et non résidant en Tunisie, sous l’égide de l’ambassadeur lui-même », a-t-il renchéri. A ses dires, le nouvel ambassadeur et son staff, conscients de l’affluence de nos compatriotes vers les hôpitaux tunisiens, font quotidiennement un tour dans les différents centres de référence pour se rendre compte des conditions d’hospitalisation de nos concitoyens. Un acte hautement humanitaire sur fond diplomatique.

En somme, aux dires toujours du chargé des affaires de l’Ambassade du Mali à Tunis, nos compatriotes ne font l’objet d’aucune difficulté majeure et sont respectueux des lois du pays d’accueil. A titre d’exemple, ajoute-t-il parmi les 74 clandestins naufragés des eaux de Zarzis (région du sud tunisien), il n’y avait aucun Malien. Aussi bien dans le lot des dizaines de milliers de réfugiés venus de la Libye. Bon présage.

 

Moustapha Diawara, depuis Tunis

Source: Tjikan

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