La Libye, nouveau front de «l’Etat islamique»

Afrique du NordL’Egypte frappe un fief de Daech, après qu’une vidéo montre la décapitation de 21 otages coptes. Le «califat» prolifère dans le chaos.

avion drone chasse combat aerien otan

Il n’aura pas fallu attendre. Les avions de combat égyptiens ont frappé ce lundi en Libye des positions du groupe «Etat islamique» (Daech) dans son bastion de Derna, après la diffusion dimanche soir d’une vidéo abominable revendiquant la décapitation de 21 Egyptiens coptes (chrétiens), de simples travailleurs migrants.

C’est par le sang, comme à son habitude, que Daech a signé son entrée en jeu dans le chaos libyen, où des dizaines de milices lourdement armées font leur loi, tandis qu’un bras de fer politico-militaire oppose deux gouvernements rivaux, à Tripoli et Tobrouk.

Et cela, très exactement quatre ans après le commencement de la révolte en 2011 qui avait débouché sur la chute de Muammar Kadhafi.Daech s’insinue dans ce vide de pouvoir, tentant d’élargir son soi-disant «califat» loin de la Syrie et de l’Irak. Y parvient-il? Est-ce un nouveau front qui s’ouvre? Ou s’agit-il des mêmes djihadistes libyens qu’avant, mais sous l’appellation – effrayante – de «Daech»?

Le bastion de Derna

Premier indice: «Les forces armées ont mené des frappes aériennes ciblées contre des camps (ndlr: d’entraînement) et des lieux de rassemblement ou des dépôts d’armes de Daech en Libye», précisait hier l’armée égyptienne.La ville de Derna, 100 000 habitants, est tombée sous le contrôle d’une milice qui a prêté allégeance fin octobre au fameux «Etat islamique».

Appelé jadis «Conseil consultatif de la jeunesse islamique», le groupe est devenu la «wilayat Barqa» de Daech, c’est-à-dire sa branche en Cyrénaïque, province orientale du pays.Selon des estimations avancées par la chaîne CNN, la milice compterait 800 djihadistes, dont 300 de retour du Moyen-Orient, qui étaient membres de la brigade Al-Battar déployée à Deir Ezzor en Syrie puis à Mossoul en Irak.

Pour faciliter la prise de Derna, le «calife» Al-Baghdadi y aurait envoyé en septembre un de ses lieutenants, Abu Nabil al-Anbari.Depuis décembre, ce groupe aurait déployé une demi-douzaine de camps autour de la ville et un centre d’entraînement sur la Montagne Verte, pour les djihadistes venus de toute l’Afrique du Nord, croit-on au Pentagone.

Visiblement, ce n’est pas la seule milice affiliée à Daech. A Syrte, ville natale de l’ancien dictateur Kadhafi, des cellules de «l’Etat islamique» ont investi ces derniers jours les bâtiments de la radio et diffusé des discours du calife autoproclamé Al-Baghdadi. C’est aussi à Syrte qu’avaient été capturés en décembre et janvier les 21 otages coptes décapités.

Leurs bourreaux se présentent comme la branche de Daech dans la «wilayat Tarabulus», la région de Tripolitaine, qui couvre une large bande côtière depuis la Cyrénaïque à l’est jusqu’à la frontière tunisienne à l’ouest.Est-ce là le même groupe qui, le 27 janvier à Tripoli, perpétrait un attentat suicide à l’hôtel Corinthia, le meilleur de la capitale, faisant neuf morts, dont cinq étrangers? L’attaque, en tout cas, est survenue au moment même où se tenaient à Genève d’improbables pourparlers de paix sur la Libye.

Jeux d’influence islamistes

Si l’on ajoute à cela que diverses sources parlent d’une «wilayat Fezzan» de Daech dans le sud-ouest désertique de la Libye, il semble bien que le «califat» est en pleine expansion. Ou du moins, que sa «marque de fabrique» tente de nombreux groupes djihadistes qui se font franchiser.

Si Tripoli a protesté contre les frappes égyptiennes, c’est qu’il s’agit d’un pouvoir porté par des milices islamistes, dont le groupe Fajr Libya, «Aube de la Libye», qui a refusé de reconnaître le gouvernement élu en juin dernier. Ce dernier s’est réfugié à Tobrouk, près de l’Egypte. Mais aussi dangereusement proche de Derna… la «capitale» libyenne de Daech. (24 heures)

 

Source: 24heures.ch

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