En Centrafrique, au Mali, les comédiens ne baissent pas les bras

Ils sont venus de leurs pays déchirés, la Centrafrique et le Mali, surmontant les combats et les difficultés administratives pour présenter en France, ensemble, deux pièces destinées à financer la reconstruction de leurs centres culturels détruits.

 

artistes comediens

 

Une dizaine de comédiens du centre Linga Téré de Bangui ont décollé de l’aéroport de la capitale centrafricaine sous les tirs il y a deux semaines, ceux de la troupe BlonBa du Mali ont attendu deux mois leurs visas pour la France mais sont enfin là. De mars à avril, les deux troupes fouleront les planches du même théâtre, à Paris, en région parisienne, puis en province.

Pour le directeur du centre Linga Téré, Vincent Mambachaka, la cinquantaine énergique, il n’était « pas question de baisser les bras ». Il a suivi avec inquiétude par téléphone, depuis Paris, le transport de ses troupes et du matériel.

Lorsque la rébellion Séléka a pris Bangui en mars 2013, 400 jeunes sont venus se réfugier dans son centre culturel, dans le quartier populaire de Galabadja, dans le nord de la capitale.

– Pillé par les Séléka –

Le lieu proposait des formations pour les jeunes, possédait une station de radio, LingaFM, et une bibliothèque de 4.000 ouvrages. Il a accueilli, selon les époques, des artistes réfugiés originaires de RDCongo, du Tchad et du Rwanda.

Puis, le 26 mars 2013, « le centre a été détruit par les Séléka », la rébellion à dominante musulmane qui a commis partout d’innombrables exactions contre la population majoritairement chrétienne, raconte M. Mambachaka.

Des hommes en armes ont emporté caméras et matériel radio, la bibliothèque a été pillée, des livres brûlés.

« Richard Demarcy, mon ancien professeur à l’université Paris III, avec qui j’avais écrit la pièce qui nous a servi à construire Linga Téré, m’a appelé. Et nous avons pensé qu’il était possible de remonter cette pièce, +Songo, la rencontre+, pour nous permettre plus tard de rééquiper le centre », poursuit M. Mambachaka.

« Songo, la rencontre » est un conte écologique où interviennent chanteurs, musiciens et danseurs pygmées: deux bureaucrates bossus sont chargés d’annoncer aux habitants la prochaine destruction de la forêt, mais les esprits protecteurs des lieux veillent…

La présidente centrafricaine Catherine Samba Panza enverra un représentant au concert exceptionnel de soutien à la Centrafrique prévu le 10 mars au Théâtre de la Ville à Paris, dirigé par M. Demarcy.

Après la dévastation des Séléka, certains jeunes ont pu sauver du désastre quelques livres et un peu de matériel, et LingaFM a recommencé à émettre.

En Centrafrique déchirée par les haines confessionnelles, « il y a urgence à organiser une caravane culturelle de sensibilisation à la paix », car « la culture est la condition du politique », explique Vincent Mambachaka, qui veut « faire rire et réfléchir pour préparer le retour d’élections apaisées », prévues début 2015.

– ‘Dieu ne dort pas’ –

Si l’ambassade de France à Bangui a été coopérative, délivrant avec diligence autorisations et passeports, le processus a été plus laborieux à Bamako pour les comédiens maliens du centre BlonBa.

« Les procédures sont devenues au cours des ans de plus en plus aléatoires », déplore l’écrivain et co-fondateur du centre, Jean-Louis Sagot-Duvauroux, ancien séminariste tombé amoureux d’une Malienne. Mais les visas ont été délivrés et « les autorisations de travail ont finalement été signées ».

La troupe BlonBa anime depuis 1998 un des centres culturels les plus féconds du Mali. Créée par son directeur Alioune Ifra Ndiaye et M. Sagot-Duvauroux, la compagnie a tenu plus de 400 représentations en Afrique, Europe et Amérique du Nord.

Depuis 2004, BlonBa disposait à Bamako d’une des salles de spectacle les mieux équipées d’Afrique de l’Ouest et programmait régulièrement des artistes maliens et étrangers.

Tout récemment, « Tête d’Or » de Paul Claudel (1.000 spectateurs en quatre représentations) y montrait une métaphore des soubresauts politiques du Mali, avec son Etat défaillant et, face à cela, la tentation du coup de force.

Courant 2012, BlonBa a dû abandonner sa salle, ne pouvant plus payer le loyer. Les autorités maliennes ont mis à disposition un terrain mais les murs restent à bâtir.

Leur spectacle, « Ala tè sunogo » (Dieu ne dort pas), raconte leur vie, à travers l’itinéraire d’un jeune muet vivant dans la rue, dont le seul moyen d’expression est la danse et qui va intégrer un centre culturel. Mêlant danse et théâtre, la pièce montre comment une entreprise artistique harcelée par les impôts, la concurrence et une administration corrompue est acculée à la fermeture.

Des figures de la scène africaine, la comédienne Diarrah Sanogo, le danseur Souleymane Sanogo et le chorégraphe et danseur Tidani Ndiaye, entraînent les spectateurs dans ce kotéba, un genre théâtral traditionnel du Mali se présentant comme une farce sociale et politique chantée et dansée.

source : afp

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