Côte d’Ivoire │ « L’impunité risque d’être un vecteur clé de nouvelles violences » (Amnesty International)

« … Les jeunes agresseurs étaient armés de gourdins et de machettes. Ils ont commencé à attaquer les femmes qui marchaient les mains nues pour les disperser… Ils s’exprimaient en langue nationale Dioula en disant, après avoir aussi pillé, incendié et volé les produits de nos magasins et maquis, ‘venez on va partir’. Il y a eu des affrontements entre eux et les autres jeunes qui étaient venus spontanément pour protéger nos magasins. »

Interdiction des manifestations et arrestations arbitraires
Ces violences à Divo et Bonoua se sont déroulées dans un contexte de vive tension politique dans le pays à deux mois de l’élection présidentielle. Ce contexte est aussi caractérisé par des menaces verbales entre partisans de l’opposition et du pouvoir notées sur les réseaux sociaux, une série d’arrestations arbitraires et l’interdiction jusqu’au 15 septembre des manifestations sur la voie publique.

L’interdiction des manifestations annoncée le 19 août par le Conseil des ministres est contraire au droit de réunion pacifique garanti par les normes internationales relatives aux droits humains. Elle semble être politiquement motivée afin d’empêcher les opposants à la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat d’exercer leur droit à la liberté d’expression.

Le 15 août, Pulchérie Edith Gbalet, coordinatrice de l’ONG Alternatives Citoyennes (ACI), qui avait appelé à manifester contre le projet de candidature à un troisième mandat, ses deux collaborateurs Djehi Bi Cyrille et Gbaou Gedeon Junior qui lui rendaient une visite privée ont été interpellés par des hommes armés dans un hôtel où elle séjournait. Ils ont été placés sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) le 19 août. Ils sont poursuivis pour les faits d’atteinte à l’ordre public, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l’autorité de l’Etat, destruction volontaire de biens publics et provocation à un attroupement.

Yao Kouamé, ancien président de la jeunesse du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, opposition) à Bassam a été appréhendé le 16 août à son domicile par des hommes encagoulés. Il a été mis sous mandat de dépôt cette semaine et écroué à la MACA pour atteinte à la sûreté de l’Etat et trouble à l’ordre public. Selon son conseil, les autorités n’ont pas respecté la procédure. Yao Kouamé a été interrogé en absence d’un avocat, son téléphone fouillé sous la contrainte, et les délais de garde à vue non respectés.
« En arrêtant de façon arbitraire des voix dissidentes, les autorités restreignent abusivement la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Toutes les personnes arbitrairement détenues doivent être immédiatement libérées, » a déclaré Samira Daoud.

« L’interdiction des manifestations sur la voie publique décidée par les autorités est une attaque de plus contre les voix dissidentes. La liberté de manifester pacifiquement est un droit. »

Complément d’information
Le 22 août dernier, le président Alassane Ouattara a été officiellement investi candidat de son parti à l’élection présidentielle du 31 octobre prochain. La justice ivoirienne a décidé, le 25 août, la radiation définitive des listes électorales de l’ancien président Laurent Gbagbo du FPI (opposition) dont la candidature a été évoquée par son camp. Guillaume Soro, ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale, et candidat déclaré à l’élection présidentielle a été condamné in absentia le 28 avril à 20 ans de prison pour recel de détournement de deniers publics et blanchiment de capitaux par le tribunal correctionnel d’Abidjan.

 

Source : Amnesty International

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