Adji Sarr (Sénégal) : «Je ne veux rien d’autre qu’un procès»

Notre invitée Afrique est Adji Sarr, l’employée d’un salon de massage à Dakar qui a accusé il y a plus d’un an l’opposant politique Ousmane Sonko de viols répétés. Lui, encore sous contrôle judiciaire, dénonce un complot du régime pour l’écarter de la scène politique. La jeune femme, elle, revient à notre micro sur la manière dont elle a passé l’année qui vient de s’écouler, après sa plainte et l’arrestation du député, qui avaient provoqué de violentes émeutes à travers le pays.

RFI : Adji Sarr, bonjour, vous en êtes où dans la procédure judiciaire ?

Adji Sarr : Pour le moment, je ne sais rien du tout et je n’ai pas de réponse… J’attends. Personne ne me dit rien, c’est long. C’est comme si la justice avait peur du gars.

Pourquoi avoir porté plainte tardivement après plusieurs viols ?

Qui suis-je pour porter plainte contre Ousmane Sonko ? C’est ce que je pensais avant de porter plainte. Au début, je me disais que personne n’allait me croire. C’est au moment où j’en avais marre et où j’étais fatiguée que j’ai décidé de porter plainte.

Vous avez été insultée et menacée dans la presse et les réseaux sociaux. Comment avez-vous vécu cette période ?

Je ne dormais pas, je ne mangeais pas… J’avais tout le temps peur ; même en allant à la douche, je portais mes habits par peur d’être attaquée

Peur de quoi ?

J’avais peur des violences, tout le monde m’insultait et même ma propre famille avait peur de s’identifier à moi. Ma famille craignait de m’appeler au téléphone ou de venir me voir, de peur d’être tués après. Y’avait que moi et ma peur. J’avais peur de sortir et d’être reconnue… ce qui continue jusqu’à aujourd’hui.

Et aujourd’hui justement de quoi vous vivez ?

Je vis avec ma grande et ma petite soeur et avec une tante. Et il y a une association qui nous vient en aide ; bon, pour les protéger, je ne donne pas leur nom… Je suis tout le temps obligée de déménager. Ma tante qui est restauratrice m’appuie aussi… mais sinon personne d’autre ne m’aide et je dois déménager tout le temps.

Dans quelles conditions vous vivez ?

Je suis tout le temps entre le salon et ma chambre. Je ne peux pas aller sur le balcon, ni élever la voix pour ne pas réveiller les soupçons et pour que les gens ne m’embêtent pas. Je fais rien, à part prier.

Quelles sont séquelles de ce que vous avez vécu ?

Je prends des médocs pour dormir tout le temps, parfois je prends des médocs mais je ne dors pas. Je me drogue pour dormir. Tout le temps, j’ai peur que les gens viennent m’attaquer durant mon sommeil

Est-ce que vous avez une aide ?

Non, rien du tout. J’aimerais que quelqu’un m’aide pour que ça s’arrête parce que jusqu’à présent je ne dors pas. Dans ce pays, il n’y a que le pouvoir qui marche. Si tu n’as pas d’argent et si tu n’as pas de pouvoir, tu n’es pas considérée. La justice est à double vitesse…

Comment imaginez-vous votre futur au Sénégal ?

Je n’y pense même pas. Je pense partir et revenir en force pour régler beaucoup de choses. Au Sénégal, les femmes combattent les femmes. Ce que j’ai vécu, je ne veux plus qu’aucune femme ne le vive.

Ousmane Sonko a été élu à la tête de la mairie de Ziguinchor, qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas dormi, j’ai pleuré toute la nuit parce que c’est incroyable. Quelqu’un qu’on a accusé de viol et qui devient maire… alors qu’avant d’être accusé de viol, il n’était rien du tout seulement un simple député. On l’accuse de viol et il en a profité pour en faire un dossier politique ! Ce qui me fait le plus peur, c’est qu’il a de plus en plus de pouvoir.

Qu’est-ce que vous attendez de l’Etat sénégalais ?

Je ne veux rien d’autre qu’un procès. Toute personne qui veut me soutenir doit m’aider à ce qu’il y ait un procès pour que je puisse retrouver ma vie d’avant. J’en ai trop besoin !

Source : RFI

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