… le président de la Fédération Malienne de Football, Boubacar Baba Diarra « Je suis prêt à engager des actions et des initiatives pour faire converger l’ensemble des acteurs du football dans la même direction. Nous n’avons et nous ne cultivons de haine contre quiconque »

Elu le 8 octobre 2013, Boubacar Baba Diarra a célébré le 8 octobre dernier, sa première année à la tête de la Fédération Malienne de Football. Dans cet entretien exclusif, il s’est dit satisfait et très fier des résultats obtenus avec la qualification des trois équipes nationales (cadets, juniors et seniors) aux différentes phases finales de la CAN en 2015. L’occasion était bonne pour lui de remercier et féliciter le capitaine des Aigles du Mali, Seydou Kéïta, qui a joué un grand rôle dans la qualification de la sélection nationale. S’agissant du climat du football malien, il déclare : « je suis prêt à engager des actions et des initiatives pour faire converger l’ensemble des acteurs du football malien dans la même direction. Nous n’avons et nous ne cultivons de haine contre quiconque ».

Boubacar Baba Diarra president femafoot

L’Indépendant Sports : Pouvez-vous faire le bilan de votre première année à la tête de la Fédération Malienne de Football ?

 Boubacar Baba Diarra : Je vous remercie de m’avoir donné cette opportunité pour faire le bilan de ma première année à la tête de la Fédération Malienne de Football. Faites-vous inviter à Hérémakono (propriété du Djoliba AC) à Djicoroni chez les Scorpions de l’AS Réal. Allez-y voir les Caïmans de Bamako à Sotuba après une escale à Niaréla, fief du club des Onze Créateurs. Vous pourrez admirer des installations sportives électrifiées qui donnent plus de temps de jeu aux clubs, une première dans le football malien.

Je pense que certains clubs ont aussi été heureux de voir leur pelouse gazonnée. C’est le cas du terrain municipal de l’US Kita, de l’AS Bakaridjan de Baraouéli, du terrain municipal de Kati et de celui de l’AS Sabana de Mopti. L’engazonnage est en cours sur les stades municipaux de Kidal, Gao et Tombouctou. Cela grâce au financement de la FIFA en réponse à la requête de la Fédération Malienne de Football.

S’agissant des résultats sportifs, je pense que le peuple malien tout entier vibre encore au rythme émotionnel des qualifications de nos trois équipes nationales de toutes les catégories (cadets, juniors et seniors) aux différentes phases finales de la CAN en 2015. A vous d’en juger.

A ces résultats, il faut ajouter l’amélioration des procédures administratives et financières de la fédération, assortie du tracé d’un nouvel organigramme fonctionnel, de l’élaboration d’un projet de manuel de procédures et de la création d’une régie de dépenses au secrétariat général.

 

Avez-vous été confronté à des difficultés ?

Etre élu à la tête de la Fédération Malienne de Football est certes un privilège parce que le Président incarne l’autorité de tout ce que le football unit au Mali. Il bénéficie de la confiance de la majorité des électeurs. En conséquence, il ne peut qu’être confronté à des difficultés.

En analysant sportivement ces difficultés, nous devons positivement les transformer en arme de bataille pour améliorer notre stratégie de conduite des affaires afin de performer nos résultats. Il y a aussi des difficultés d’ordre matériel et financier. C’est à nous encore d’initier des stratégies pour les surmonter.

En définitive, quand on gère des hommes on est toujours confronté à des difficultés qui peuvent souvent être liées à des incompatibilités d’humeurs.

 

Concrètement que proposez-vous aujourd’hui pour une bonne gestion du  football malien ?

Pour une bonne gestion du football, il convient de prendre une série de mesures dont le changement du mode électoral. L’actuelle pratique électorale est basée sur le mode du scrutin de listes. A notre avis, ce mode favorise l’arrivée au sommet de la pyramide du football à savoir le Comité exécutif de personnes n’ayant aucune connaissance du football et qui de ce fait apprennent à connaître le football à partir du sommet. Le choix d’un scrutin uninominal est meilleur. Celui-ci permettant l’élection d’un président à charge pour lui permettre de désigner les autres membres  du comité exécutif. Ce mode permet, à l’entame du mandat, de créer une dynamique de groupes et aussi de s’inscrire dans le sens d’une grande efficacité. Comme adjuvant à ce mode électoral, un cursus du membre du comité exécutif doit être défini et règlementé pour permettre l’avènement au sein de cette instance d’hommes et de femmes ayant une connaissance avérée du football et de son environnement grâce à une expérience cumulée par leur passage au sein de structures dirigeants de club, de District et de ligue de football.

 

Je pense aussi qu’un effort doit être fourni pour assurer une meilleure dotation factorielle des clubs afin de les ramener au même niveau que leurs adversaires des pays africains. De façon concrète, il s’agira de renforcer soit par les moyens de l’Etat (para-fiscalité) ou des instances du football (Sponsoring, appui de la CAF et de la FIFA), les capacités financières et infrastructurales des clubs maliens leur permettant de rivaliser avec leurs adversaires africains.

Le financement du football demeure une problématique que les responsables maliens (ceux des clubs, de la fédération et de l’Etat) ne sont pas encore arrivés à résoudre. Or, la résolution de cette problématique reste la clé de voute du développement du football malien qui recèle de ressources humaines et de talents qui font rêver beaucoup de pays.

Sur le plan du jeu, le football des jeunes mérite une prise en charge efficiente par les instances du football (clubs, ligues et bureau fédéral). Ce secteur a besoin de meilleure organisation dans des circuits officiels et professionnels mieux encadrés en abandonnant les circuits officieux et diffus. Le football des jeunes doit être considéré comme le socle du développement du football au Mali. C’est par ce biais que nous pourrons prétendre à des victoires sures et préparées.

Que répondez-vous aux fortes inquiétudes manifestées sur la division des acteurs du football malien ?

A notre avis, la division des acteurs du football malien dont vous faites allusion n’est pas fondée sur des raisons objectives. Je pense que l’alternance demeure l’essence du système de gouvernance que nous avons choisi et qui consiste à remettre en jeu le mandat tous les 4 ans. Et dans un tel jeu, il y aura toujours des gagnants et des perdants. A notre humble avis, si les gagnants et les perdants du jour étaient mus par l’amour commun du football et le souci du mieux-être du football malien, il ne devrait pas y avoir de division.

En principe, cette situation ne devrait pas perdurer eu égard à l’attitude et aux discours rassembleurs et de sagesse prônés par l’actuel Comité Exécutif, depuis sa mise en place. L’occasion est d’ailleurs bonne de rappeler  que l’espace du football malien est ouvert à tous et à toutes de bonne volonté attirée vers le même pôle que le Comité Exécutif  qui n’est autre que le développement du football malien. Nous n’avons et nous ne cultivons de haine contre quiconque. Le Comité Exécutif que nous avons l’honneur de diriger est composé d’hommes et de femmes de paix ayant le sens de la mesure, du pardon, de la tolérance et capables de cohabiter et de compagnonner avec qui qu’il soit.

S’il est vrai que nous sommes les enfants du même pays, mus par le même dessein, pourquoi ne nous entendons-nous pas ? Est-ce que les contradictions méritent d’être si persistantes ?

Sur ces questions, nous finissons par dire que le football malien, à son état actuel, a besoin de sérénité dans son environnement pour la finalisation, à hauteur de souhait, des actions entamées. Si le Comité Exécutif sortant a pu engranger des succès, c’est dû en partie au climat de paix et d’entente que tous les acteurs du football ont construit autour de lui.

Dès lors, pour le bonheur du football arrêtons d’inventer des crises  fictives.

 

Quelles pistes allez-vous suivre pour rassembler tout le monde ?

Personnellement, je n’ai aucune inquiétude quant à la supposée division  au sein du  football malien. En effet, une petite analyse vous permettra de percevoir pour cette question qu’il y a plus de sensation que de réalité. Les inquiétudes dont vous parlez se limitent entre individus, entre acteurs du football mais qui n’affectent pas le football, lui-même.

Tout ce qui se dit n’affecte que la personne et non ce que celle-ci fait. On cherche à salir la personne, mais on ne peut détruire le rôle positif  qu’elle joue dans le football. Cette attitude montre un manque d’humilité, de tolérance et de retenue. Somme toute, je suis prêt à engager des actions et des initiatives pour faire converger l’ensemble des acteurs du football dans la même direction à savoir le progrès du football malien.

Rien ne sera de trop pour arriver à cette fin. Nous n’avons pas d’autres choix que de nous retrouver et de nous unir. Car, dans un monde de globalisation, seule l’union fait la force. Le football est un bien commun à nous tous, et à ce titre, personne n’a le droit d’en priver quelqu’un.

Pour atteindre cet objectif et si nécessaire, le réseau des sages et des anciens joueurs sera mis à contribution pour rétablir à l’entente au sein de la famille.

 

Quel sentiment vous anime après la qualification des Aigles du Mali à la CAN 2015 ?

Un sentiment de satisfaction du devoir bien accompli surtout en liant cette qualification à celles des juniors et  des cadets. Cela témoigne de l’efficacité du management du Bureau fédéral et de la justesse de ses stratégies et choix techniques. Il faut cependant avoir le triomphe humble et  se projeter sur l’avenir proche à savoir les compétitions des phases finales. La satisfaction sera totale lorsqu’à la fin de ces phases finales, le Mali aura remporté au moins un trophée continental en brisant, de ce fait, le signe indien.

Le grand sentiment qui m’anime est celui de l’admiration et de la reconnaissance à l’endroit du capitaine Seydou Kéïta. Il a une grande part dans la qualification de l’équipe. De ma vision de responsable de l’équipe, je perçois le rôle combien important qu’il joue au sein du groupe de jeunes joueurs et auprès de l’encadrement technique. En bon ainé, il encadre les jeunes joueurs appelés en sélection dans leurs actes de tous les jours au moment des regroupements. Sur le terrain, tel un second entraîneur, il veille au respect de la discipline tactique et du positionnement des joueurs. Au cours des négociations entre joueurs et dirigeants, il a toujours joué le rôle de facilitateur et de modérateur.

J’ai eu à le côtoyer et à l’observer depuis 1995 lorsque j’étais le Président de la Commission Centrale des Jeunes de la Fédération Malienne de Football jusqu’à nos jours. Mon constat est qu’il a dédié sa vie au football malien, à la nation malienne tout court. De 1995 à 2014 à la force de ses jarrets et à la sueur de son front, Seydoublen a été dans tous les combats du football malien à travers sa participation aux multiples phases finales de CAN et de Coupe du Monde des cadets, juniors et séniors. Il mérite tout le respect et tous les honneurs de la nation malienne. Le plus grand honneur qu’on pourrait lui rendre un jour est de l’immortaliser. Pour ce faire, il serait opportun, pour les autorités maliennes, de penser à réaliser des infrastructures mémorielles du genre  »Père Lachaise » en France ou  »Arlington » aux USA afin de perpétuer la mémoire des fils du pays qui ont sacrifié leur vie au service de la nation malienne.

 

Quelles sont les perspectives pour la FEMAFFOT ?

La stratégie de développement que nous avons adoptée au niveau de la Fédération Malienne de Football est fondée sur le développement infrastructurel des clubs et des ligues ainsi que celui du football des jeunes.

Dans ce cadre, le mouvement d’engazonnage et d’électrification des terrains commencé va être poursuivi. Quatre clubs et deux ligues recevront les travaux d’infrastructures en 2015. Il faut ajouter à cela l’intervention de la FIFA pour l’engazonnage des stades de Tombouctou, Kidal et Gao.

Un quantum plus important de formation sera dispensé cette saison pour le renforcement de la capacité des acteurs du football, toutes catégories confondues. Un effort d’organisation sera entrepris pour écourter la saison sportive à travers l’élaboration d’un programme conséquent subissant moins d’aléas. L’effort entrepris sera poursuivi afin de permettre la qualification du Mali au CHAN du Rwanda et aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016.

L’assistance sera apportée aux clubs qualifiés aux compétitions internationales, autant que faire se peut, pour leur permettre d’intégrer les phases de poule et d’aller loin dans les compétitions. Le statut sera réélu pour le rendre intelligible à tous les acteurs et les textes de création et de gestion des clubs professionnels seront élaborés et approuvés par les instances du football.

 

Avez-vous un appel à lancer ?

Le seul appel que je pourrais lancer serait pour l’unité entre tous les acteurs du football malien. Je les voudrais tous unis et solidaires derrière les équipes nationales qualifiées aux différentes phases finales de CAN. Le football joue un grand rôle social qu’il faut toujours renforcer et raffermir au Mali. Le football doit bâtir une culture de paix et de tolérance pour rassembler les populations autour d’un objectif commun. Nous œuvrons pour que le football soit et demeure cet instrument au service du progrès et de la paix. Pour tout cela, contribuons au renforcement du binôme  »Paix et sport ».

Réalisé par Alou BADRAHAÏDARA

SOURCE: L’Indépendant  du   1 déc 2014.
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