Alain Giresse, missionnaire du foot

En exil africain depuis plus de douze ans, le footballeur le plus populaire du Sud-Ouest reste amoureux de Toulouse et de Bordeaux, qui lui a tout donné en foot. Loin du tumulte médiatique français «où l’on aime dire tout et n’importe quoi», Gigi l’artiste préfère le silence et la sagesse pour continuer à exercer sa folle passion pour le ballon rond et la formation.

alain giresse entraîneur footballeur international français

 

Loin de tout, loin des siens, de tous ces supporters qui l’adulent encore, Alain Giresse vit un exil paisible en Afrique. Tiens, vendredi soir, il n’a pas perdu une miette de… TFC-Saint-Etienne, à la télé bien sûr, tranquille chez lui à Dakar. La ville et le Sénégal lui ont tendu les bras au début de l’année dernière à l’occasion du nouveau défi qu’il s’était fixé : entraîner, surtout tirer vers les sommets les «Lions» d’une équipe nationale que les Français découvriront sans doute bientôt à l’occasion d’un match amical (date à fixer).

Parler de Giresse, c’est mettre d’entrée de la noblesse dans le sport le plus populaire du monde. C’est forcément avoir en tête cette image du sportif fou de bonheur lorsqu’il inscrit le troisième but de l’équipe de France au cours du match le plus hystérique de son histoire, ce France-Allemagne de 1982 à Séville. Mais c’est aussi rendre hommage à l’une des figures sportives les plus attachantes d’un Sud-Ouest où, pour une fois, Toulouse et Bordeaux se la joueraient main dans la main. L’amitié, la générosité, le rapprochement des peuples… ces valeurs cardinales ont en réalité toujours été inscrites au cœur de la personnalité d’Alain Giresse. Lorsqu’il était encore en activité, il fallait voir comment le milieu de terrain de poche virevoltait balle au pied en s’arrachant à la puissance physique de ceux qui «mettaient la semelle», ceci pour parvenir à servir sur un plateau ses partenaires éblouis d’une pareille classe.

Altruiste, au point d’assumer une reconversion d’entraîneur rapidement orientée vers des pays africains en pleine progression (Maroc, Gabon, Mali et aujourd’hui le Sénégal) et dont «il faut tirer les joueurs par le haut», Alain Giresse symbolise avant tout l’image artistique du football, celle qui reste dans l’inconscient collectif sportif. «Oui, j’aime bien qu’on me parle de ça. Je vais vous dire honnêtement : il y a eu une déviation dans l’approche du jeu après 1998, le football est devenu plus engagé, il fallait absolument aller vers l’avant en oubliant les artistes du ballon qui font dans la création. Du coup, ils ont peu à peu disparu», explique-t-il tranquillement. «Bon, je pense que ça reviendra doucement, mais ça va prendre du temps…»

Le temps, Gigi l’a toujours pris, sans s’affoler, lui qui connut ses heures de gloire lorsque la trentaine commençait déjà à frissonner. Son club historique, les Girondins de Bordeaux, avaient alors réussi leur mue, celle qui allait leur permettre d’accrocher coup sur coup le titre en 1985 et 1986. Juste avant, il y avait eu le titre de champion d’Europe avec l’équipe de France des deux «Michel», Hidalgo et Platini. Ce dernier reste pour Alain Giresse l’exemple absolu du sportif accompli. «Il nous faisait pousser des ailes», confie-t-il.

«Le TFC joue bien au ballon»

Quand il décide de prendre sa retraite à 34 ans, puis de devenir entraîneur en 1995, c’est d’abord à Toulouse que Gigi décide de s’intéresser. Les Téfécistes végètent en 2e division et ce n’est pas vraiment du goût de leur coach qui, deux saisons plus tard, les propulse en 1ère division. Il récidivera dans cet exercice délicat l’année du millénaire et, comme la communauté d’amoureux du foot dans la Ville Rose – «il y en a, croyez-moi, et plus que vous ne pensez»- assistera impuissant à la liquéfaction budgétaire en fin de saison suivante… «Moi, je regarde le présent, et je vous dis que le TFC joue bien, parfois même très bien au ballon et que c’est impossible que l’équipe en reste là», souligne Alain Giresse.

À ceux qui espéreraient le retour de l’artiste sur les bords de Garonne, il tient alors à préciser : «Vous savez, mon emploi du temps est avant tout régi par ce qui se passe ici, au Sénégal. La France, je peux y revenir parfois, mais il n’y a rien d’obligé. Je sais que j’ai quelques amis ici à Toulouse.» Comme les organisateurs du prochain Mondialito, ce tournoi interentreprises cher à l’Etoile sportive de Saint-Simon et de son président Fred Buigues. Gigi est parrain de l’événement aux côtés de Bernard Lacombe, Marius Trésor et Patrick Battiston. Des noms à jamais gravés dans le marbre du football français.

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