TRIBUNE « Je répond à l’appel du Mali »

L’humanité amorce une nouvelle étape de sa vie. Elle se réorganise avec comme principal outil d’action le numérique. Nous n’échappons pas à cette réorganisation. Même si pour l’instant, notre pays est plus impacté par son coté négatif.

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Cette réorganisation du monde se manifeste par l’interconnexion ; le réseau. Nous devons être de cette interconnexion, pour y prendre notre part de renouvellement et améliorer nos vies quotidiennes. Nous devrons être de cette interconnexion en tant qu’individu, en tant que famille, en tant que quartier, en qu’ami, en tant qu’entreprise, en tant que commune, en tant que pays. Pour être de cette conversation mondiale, il faut y apporter sa part de créativité, de culture, de production.
Pour l’instant, mon pays n’y est pas. Il la subit par une crise multidimensionnelle jamais connue depuis sa création. Depuis des années, notre infrastructure institutionnelle et sociale tente d’y apporter des solutions qui ne marchent pas. Je sais, de vive voix, que beaucoup d’hommes et de femmes honnêtes qui participent au pouvoir, s’interrogent sur la conduite du pays. J’y vois un double symptôme : l’urgente nécessité d’un changement de cap ; la possibilité de mettre en œuvre une vraie rénovation de notre vie politique tout en préservant la concorde entre nous tous.
Je suis un simple citoyen engagé dans le renouveau culturel que je crois indispensable. Je n’ai nullement l’intention de faire de la politique mon métier. Je ne suis pas candidat au pouvoir. Le temps venu, je dirai qui me semble porter le mieux ce en quoi je crois. Mais j’aime mon pays et j’ai beaucoup réfléchi à ce qui peut le faire sortir de l’ornière. J’en ai tiré trois conclusions claires et fermes.
Il faut changer de génération. Les vrais centres de pouvoir sont aujourd’hui principalement détenus par des hommes qui sont nés au temps de la colonie du Soudan français. Les réalités sociales qui les ont mis en mouvement ont radicalement changé. Cependant, la très large majorité d’entre eux continue à faire des propositions en phase avec cette réalité obsolète. Nous honorons leur âge et mes principes sont contre toute forme d’exclusion. Mais une nouvelle dynamique du Mali post-crise a besoin d’espérances fortes, de perspectives à la créativité de notre immense jeunesse et d’être en phase avec l’évolution du monde. Cette dynamique a une forte chance d’aboutir si elle est portée par des leaders dont les logiciels sont en phase avec les enjeux d’aujourd’hui et qui disposent d’énergie nécessaire à un lourd engagement.
Il faut changer de mentalité. Nous, les citoyens du Mali, portons une responsabilité directe dans la dépression que traverse notre pays. Nous nous sommes laissé aller à la banyengoya, ce vice de jaloux incapables de se donner de grandes ambitions et déterminés à empêcher les autres d’en avoir. Au lieu d’agir avec notre cerveau, nos bras, nos outils, nous nous réfugions trop souvent dans une interprétation magique et fausse de nos religions, espérant qu’en égorgeant un coq ou en multipliant les « Inch Allah », nous nous sortirons des problèmes comme par enchantement. Au lieu de travailler consciencieusement et rationnellement pour améliorer nos existences, nous comptons sur l’argent facile, notamment celui de la corruption que pourtant condamnent toutes les valeurs dont nous avons hérités. Résultat : la plupart des Maliens vivent dans des difficultés qui semblent sans issue.
Il faut changer de logiciel. Le copier-coller des institutions occidentales, les cortèges inutiles qui interdisent la circulation des simples citoyens ou les réunions interminables qui encombrent les programmes de l’ORTM ne nous apportent rien. Ça nous bloque. La nostalgie des temps passés aussi nous bloque. Le temps où toute la connaissance était stockée dans le cerveau des anciens du village a produit beaucoup de bonnes choses. Il est passé. Les Smartphones connectés ont changé la donne. Nous construire un imaginaire commun pour ces temps nouveaux, un imaginaire malien d’aujourd’hui est une urgence. C’est la tâche à laquelle professionnellement mes partenaires et moi, nous nous sommes consacrés depuis bientôt vingt ans. J’en ai expérimenté l’importance et l’efficacité.
Comme tout Malien qui choisit l’action, je me suis fait des ennemis, mais je me suis aussi découvert des amis. D’éminentes personnalités m’ont aidé et fait confiance. Ma reconnaissance leur est acquise et ne faiblira pas. Le souvenir de leurs bienfaits me rappelle que je suis Malien et que chez nous l’ingratitude est une tare. Je leur demande de me pardonner si mes options d’aujourd’hui, fruits de mon expérience et de mon analyse, ne correspondent pas à leurs projets. Je leur demande aussi d’accepter ces différences qui ne doivent pas ruiner nos liens. J’agirai avec détermination dans la direction que j’ai prise. On ne m’achètera pas. On ne m’intimidera pas. Mais je ferai le maximum pour que, le temps du changement venu, tous les Maliens honnêtes, tous les Maliens de valeur puissent prendre leur place dans le redressement de notre pays.
Le temps est à la polémique. Dans les grins. Sur le net. Lors de rassemblements de rue. J’admire le courage et le talent de beaucoup de ceux qui la mènent. Mais ce n’est pas la voie sur laquelle je m’engagerai. La nécessaire révolution de nos mœurs politiques gagnera à se faire dans le respect. Je me souviens trop des jours qui ont suivi le coup d’Etat de 2012, le chaos partout, les pillages à main armée en réponse aux pillages de la corruption. Le pays n’a pas besoin de ça. C’est pourquoi, avec de nombreux acteurs de la vie sociale, nous lançons le 21 octobre prochain le programme d’actions Wele Wele. « Ensemble, sérieux et responsables » est notre devise. Le changement est notre ambition. Nous ne faiblirons pas sur cet objectif, mais nous ferons tout pour qu’il réunisse le maximum de citoyennes et de citoyens de tous bords. Nous militerons pour le pardon des fautes qui ont entraîné le pays là où il est. Nous serons d’une intransigeance sans faille contre ceux qui, malgré ce pardon, tenteront de revenir aux désordres d’aujourd’hui.
Merci, mes frères, mes sœurs, de m’avoir lu et rendez-vous ensemble pour construire sans attendre le Mali de la horonya, cette vertu de loyauté, de liberté, de générosité, de courage qui a sa traduction dans toutes les langues de notre pays. Quels que soient nos patronymes et nos lignées, notre République nous invite à devenir ses hórons. Ne la décevons pas.
Alioune Ifra Ndiaye

 

Source: lesechos

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