SCIENCES HUMAINES: La cyberguerre aura-t-elle lieu ? (suite et fin)

Les conflits entre Etats ou organisations ont migré vers le domaine numérique, ouvrant un nouveau champ de bataille.

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La disponibilité abondante des ressources numériques se traduit par une multiplication des actes malveillants qui sont grandement facilités par l’existence de nombreuses failles informatiques et humaines.

Quant aux réseaux sociaux, ils fournissent une caisse de résonnance pour la désinformation et la propagande. Si l’ampleur de ces actions n’est pas marginale (l’attaque de déni de service sur l’Estonie, en 2007, a paralysé les activités bancaires et administratives pendant 24 heures, on estime que près de 46 000 robots relaient les messages du Kremlin sur les réseaux sociaux), leur impact direct sur la stabilité politique et le fonctionnement de la société reste relativement faible. Cela tient à la très grande hétérogénéité des réseaux et des systèmes d’échanges d’information, qui rend difficile et risquée la pénétration d’une cible jugée vitale par un défenseur. Ce caractère hétérogène permet également la résilience des réseaux.

Les attaques considérées comme potentiellement catastrophiques (contre des infrastructures critiques ou déstabilisant totalement un système politique) sont peu probables. Les effets d’une cyberattaque sont difficiles à anticiper: on ne peut pas user des armes numériques comme menace pour influencer le comportement de la cible. La difficulté à  imputer de manière absolue une agression à un auteur (problème de l’attribution).

– Souvent avancée comme un avantage pour l’attaquant-dépend en réalité de ses capacités à opérer discrètement: il aura intérêt à choisir une cible peu critique et à limiter ses effets. Comme l’a montré Thomas Rid, les opérations numériques appartiennent plutôt aux opérations clandestines (renseignement et opérations spéciales): des quantités très importantes de données technologiques sensibles ont été perdues lors des campagnes d’espionnage chinoises aux Etats-Unis, sans que cela opère de renversement majeur dans l’équilibre économique  ou militaire entre les deux pays.

En revanche, l’intégration des capacités numériques dans les forces armées de nombreux Etats leur permet de paralyser ou de perturber des adversaires dans le cadre d’opérations plus classiques, comme ce fut le cas lors du raid aérien des Israéliens contre la centrale nucléaire syrienne en construction de Deir Ez-Zor, en 2007.

 

Le dilemme de (cyber) sécurité

Les questions numériques relèvent désormais de la sécurité nationale pouvant créer ou accentuer des tensions politiques entre Etats. Cela s’accompagne du développement de dispositifs destinés à défendre les infrastructures considérées comme vitales.

Cependant, les révélations d’Edward Snowden, ou les tentatives d’intrusion sur les réseaux sensibles à des fins d’espionnage montrent l’intérêt défensif à pénétrer les systèmes de concurrents. L’incertitude stratégique qui en découle peut conduire à des erreurs d’interprétation ou de calculs quant aux intentions.

S’inscrivant dans un contexte d’accusations réciproques d’espionnage ou d’ingérence, cette situation est donc susceptible d’alimenter les tensions préexistantes. Ceci est aggravé par des doctrines de dissuasion insistant sur la nécessité de répondre par l’ensemble des moyens disponibles, dans un contexte où une attaque numérique «majeure» pourrait être considérée comme un acte de guerre.

Ainsi, la construction progressive du domaine numérique comme u espace de confrontation enclencherait des prophéties auto-réalisatrices. Comme dans d’autres domaines, l’interdépendance n’efface donc as les tensions entre Etats. A cette aune, l’intérêt commun, la préservation d’un espace ouvert d’échanges, peut ne pas peser lourd ace aux atteintes perçues à la souveraineté.

Stéphane Taillat

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